Gestell

Deux écrans avaient remplacé les yeux, à l’intérieur desquels des écrans remplaçaient les pupilles dans lesquels se trouvaient des écrans, et encore des écrans, des écrans en profondeur, diffusant la même image noire, verte et blanche provenant de la caméra accrochée au fond d’une gorge en plastique, depuis laquelle jaillissait une langue d’huile cerclée de canines d’aluminium recomposé et de molaires en carton compressé. La bête — appelée Gestell — était soutenue par des câbles en polypropylène alvéolaire qui lui donnaient de la mobilité mais semblaient aussi la maintenir — fausse liberté : l’extase du tournebroche. Elle poussait des cris électroniques, inopérants, secouée irrégulièrement par des impulsions de courant alternatif ; douze millions de volts lui exorbitaient le corps. Ici et là, des chairs humaines pendouillaient, des lambeaux de jungle, fleurs gâchées, des os cassés, des grains de souffre et des utérus de cochons remplis de soude et de jaune d’œuf, des hérésies moléculaires, d’immondes tentatives génétiques, d’immondes simulations. Les restes d’œuvres d’art s’accrochaient aux lames de carbone et aux touches empoisonnées du clavier que le Gestell portait sur le dos. A la place du sexe, une icône sainte avait été recyclée en circuit imprimé et couverte de diodes luminescentes. La bête se nourrissait exclusivement des lettres de l’alphabet et déféquait un code binaire sans odeur et liquide : des milliards de litres de rien.

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Guillaume Sire
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