Le merle

Un merle au corps comme un ballon d’eau tiède se tenait dans la main repliée d’une forêt,
Entre ses doigts tournés vers le ciel,
Fils d’une nuit jaune et noire.
Le vent autour de lui soulevait l’ombre des houx,
Chinoise qui a des perles à ses oreilles,
Et poussait les œillets sous l’aisselle des ronces
Et le tissu des araignées par la rosée saisi,
Pour y cacher, déjà,
La lumière qui au monde rendrait sa forme et aux étoiles l’avait prise.

L’oiseau sous le réseau des ormes
Sautillait,
Et dans l’ornière gelée, blessé — une douleur énorme ;
D’un fruit cherchait la pulpe à recueillir
(Les fruits ont un cœur) :
Dans ce qui pourrissait un souvenir de fleur.
Mais le froid augmenta ;
La forêt sous la glace avait des airs de jardin ;
Hiver d’avril :
Perséphone ce matin avait écrit à son amant.

De ce meurtre je me souviens ;
C’était le jour mais la campagne n’y tenait pas,
Comme si dans la nuit elle avait égaré un joyau qu’elle ne s’était pas résolue à cesser de chercher ;
Il est perdu pourtant — il a toujours été perdu !
La Nature avait faim, qui n’aura jamais soif
(Qu’arrêta le dieu Pan où les arbres s’écroulent ?).
Je me souviens du merle au miroir d’une flaque ;
A la surface le sang faisait près de son bec
Comme à la caroncule des embranchements rouges
Et les cils fixés à la paupière bougeaient, mais la terre et la nuit
— et la nuit ! — vivaient.

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Guillaume Sire
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