Station

J’avais vu cet oiseau près de l’horrible grange
Picorer l’or, le feu, les gaz, l’azur, le sang,
Et traîner dans son aile une paillette orange ;
Et le trouvai plus tard, déjà adolescent,

Près du marais sans âme où je t’ai rencontrée
Ce jour, le premier jour, celui que les suivants,
Pâles et faux, ne parvinrent à effacer ;
Et l’ai trouvé encore, âgé de cent-quatre ans.

Seul cet oiseau dormait sous le réseau des ormes
Lorsque à mon œil eut pris l’infection du lait ;
A-t-on jamais pitié d’un petit corps sans forme
Et sans voix, ni chaleur ? — que d’attendre fut laid !

Advertisements

About Guillaume Sire

Guillaume Sire
This entry was posted in Poésie. Bookmark the permalink.

One Response to Station

  1. Aiguille Verte says:

    Discrète audace, comme celle de Violette Maurice dans “Incandescence” , que de revenir à l’alexandrin, à la forme du sonnet. “Les mètres, ce bétail des dieux”, leur cadence, les règles, reviendront, comme les liturgies. C’est peut-être l’une des rares formes (et force) de subversion dans un monde qui, à force de déconstruire, a tout détruit. Comme je parlais de Ionesco avec notre ami Pasdepseudo, j’ai relu quelques unes de ses “Notes et contre-notes” (1966),où il écrit ceci: ” Si avant-garde il y a, elle ne peut être valable que si elle n’est pas une mode. Elle ne peut être que découverte instinctive, puis prise de conscience de modèles oubliés qui demandent, à chaque instant, d’être de nouveau découverts et rajeunis”.

    Like

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s