Matthieu, chapitre 6

La Charité est moins un mouvement de soi vers l’autre, qu’un appel de l’autre à soi, et un mouvement de Dieu, à travers soi, vers l’autre : “tu aimeras ton prochain comme toi-même”. L’acte d’Amour n’est pas acte pour soi, mais VERS soi-même, PAR la grâce de l’autre. Toujours cet aller-retour, et cette synthèse qu’aucun système philosophique n’a réussi, entre le social et le psychologique, le collectif et l’intime. Toujours cette suture, qui est le stigmate du Christ, sa porte étroite, son ombre bienfaisante.

Jésus brise le contre-don. Il brise le désir mimétique. Cette main gauche, comme elle est douce et secrète ! et comme elle brûle ! comme elle réclame !

Prier c’est se fondre à cette suture. Prier c’est habiter ce stigmate.

Le Notre Père est un miracle en soi. Un don du ciel. C’est la sublimation de cette suture, le noeud du particulier et de l’universel fait clef de voûte. L’Homme désire être entrepris comme une chose, il le veut, sans pour cela nier sa volonté ou son désir. Il veut les accorder à la Volonté du Seigneur, qui est la Justice, et à son Désir, qui est l’Amour.

Dieu rend tout, tout de suite, immédiatement. La relation à Dieu, pourvu qu’elle soit pleinement consentie, est im-médiate. Et elle est relation à l’autre, sans mimétisme…

Les mites ce sont les comparaisons. Les voleurs sont les comparateurs. Elles raisonnent. Ils comparaissent. Rien, sur terre, n’est jamais assez, pour celui qui voudrait tout amasser, tout posséder… Tout est déjà acquis à celui qui voudrait tout donner, tout pardonner. Comme disait ma grand-mère près de sa cuisinière au charbon, en nous servant des dents de loup tièdes et des gâteaux au vin : “on est riche de ce qu’on donne”. Ou bien : “tout ce qui n’est pas partagé est perdu”.

La lampe du corps : ce qui est beau est juste et vrai. Jésus appelle l’artiste à la sainteté, et nous recommande d’aller vers l’artiste, car lui aussi est un berger, responsable, sur Terre, de ce qui est. L’artiste, à sa façon, est un prêtre, un confesseur, un prophète. Il manipule des échelles.

Puis, Jésus condamne la bourgeoisie, c’est-à-dire l’attitude qui consiste à faire de l’Argent un but, c’est-à-dire encore l’attitude qui consiste à chercher avant la Justice et la Vérité, la sécurité voire le confort. On ne s’agenouille pas devant un moyen. L’Argent ne veut rien, il ne peut rien, ce n’est pas un langage, ce n’est pas une logique. C’est une règle. Il régule. On ne s’agenouille pas devant une règle, parce qu’on ne confond pas Salut et régulation.

La vie est plus que la nourriture, le corps davantage que le vêtement. Jésus exhorte à la confiance. Il est venu rétablir l’alliance. Pour cela, il faudra défaire l’argument réglementaire des Pharisiens, et transformer le cul-de-sac de la mort, en voie d’accès vers le Salut.

Mais la Souffrance, la résoudra-t-il ? Empêchera-t-il la peine, la peine inévitable, d’envenimer chaque jour ? En faisant du bourgeois un saint, transformera-t-il l’inquiétude en sécurité ? Non. Le saint est inquiet. Le pauvre continuera de s’inquiéter. Jésus est sur Terre pour dévoiler le miracle de la Vie ; pas pour faire des tours de magie.

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Guillaume Sire
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