Genèse, chapitre 12

Abram et Saraï doivent créer ensemble un lien qui ressemble à celui qui unit Dieu à chaque être humain. Il s’agit de placer le curseur anthropologique à un stade qui ne sera pas une confusion, ou un mensonge, parce qu’il faut craindre la confusion et le mensonge, mais qui ne sera pas non plus une fusion idiote ou un renoncement involontaire, car l’amour suppose la liberté, il suppose le libre-arbitre — l’adhésion. L’individu est aimé par Dieu en tant qu’il est individuel et volontaire. De même le couple, s’il est fondé sur l’amour : l’homme aime la femme individuelle et volontaire, il lui offre son individualité et sa volonté. La femme aime l’homme individuel et volontaire, elle lui offre son individualité et sa volonté. Ensemble, ils composent un être singulier. Ils sont davantage à deux qu’ils n’étaient un et un.

Dieu (l’amour) ne demande pas une refondation, mais un enracinement.

Dans ces multiples enracinements et déracinements, dans cet aller-retour entre le politique (le palais Pharaon) et l’intime (la maison d’Abram), le chez soi (“ton pays”) et l’ailleurs (Canaan), la richesse (“petit et gros bétail, etc.”) et la pauvreté (“famine”), Abram cherche à fixer et stabiliser quelque chose. Il cherche à édifier un chemin vers Dieu. Ce quelque chose, ce chemin, a un nom : LA FAMILLE. Ce qu’Abram cherche à fixer et stabiliser, anthropologiquement et métaphysiquement, c’est la famille, qui sera l’isotope de l’amour, la première Église, le premier lien sur terre, le premier acte d’imitation de Jésus Christ. Abram fonde, et pour fonder il écoute la volonté de Dieu, qui vient vers lui, et donne libre cours à la sienne, qui va vers Dieu. Pour fonder, il trouve un équilibre entre peur et tendresse: peur de décevoir celui dont on est aimé, et qu’on aime, tendresse face à lui, y compris devant ce qui relève de l’inexplicable (L’homme ne s’explique pas l’amour de Dieu, Dieu ne s’explique pas le péché de l’homme. L’homme rend grâce à Dieu, Dieu pardonne à l’homme). Cet amour d’Abram pour Dieu ressemble à celui de Dieu pour Abram, car il n’y a qu’un seul amour, de même qu’il n’y a qu’un seul Dieu, et que ce Dieu, précisément, c’est l’amour.

Ce lien ne sera jamais celui qui unit Abram et/ou Saraï au Pharaon. La Genèse nous prévient : l’état n’est pas la famille. La nation non plus. Il n’y a pas d’amour de la patrie. Et il faudra quitter sa patrie aussitôt que l’amour l’aura exigé. Il n’y a de famille qu’en Dieu. Il n’y a de famille que par amour. La famille, c’est la réalisation sur terre, par quelques uns et quelques autres, du lien qui, au ciel, c’est-à-dire dans la volonté de Dieu, unit tous à chacun.

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