Matthieu, chapitre 9

Les pauvres ne sont pas toujours ceux que l’on croit. La vraie pauvreté, c’est le manque d’amour. La vraie pauvreté est dans la recherche de ce qui est faux. Plus on cherche ce qui est faux, plus on manque d’amour, plus on est pauvre. J’imagine Matthieu en banquier d’aujourd’hui, le gars au comptoir, avec du gel dans les cheveux, l’air crétin, obsédé par les RTT, le guide “Nouvelles frontières” et le programme TV. Les gens de culture le méprisent. Même les mendiants le méprisent. Les artistes le méprisent. Et tout à coup c’est à lui que Jésus va faire don de l’Évangile, avant tous les autres. C’est à lui qu’il va confier la place de choix, le premier rang devant les siècles. Lui plutôt que les Pharisiens. Lui plutôt qu’un pauvre officiel, un clochard céleste. Lui le type sans histoire, qui collabore avec le pouvoir passivement, et ne cherche qu’une chose, c’est à ne pas avoir d’ennuis. Jésus le montre du doigt, comme dans le tableau du Caravage, avec ce geste que Caravage a copié sur la Sixtine de Michel-Ange : la main tendue de Dieu vers Adam. Voici le Fils de l’Homme. Voici l’Évangéliste. Et voici entre eux, ce geste plein d’amour, cette proposition folle, immense, d’un nouveau testament, absolument positif : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même, et ainsi tu aimeras Dieu.”

Longue méditation sur le vêtement et les outres de vin. Sans doute faut-il comprendre ici, tout de suite après la désignation de l’évangéliste, la nécessité d’un nouvel écrin pour le nouveau testament. Jésus n’est pas un prophète, il n’est pas Jean. Il est dieu. Il ressuscitera. Malgré cela, il faut la couture. Il faudra Pascal, en tout cas il nous le faudra à nous, Français, il nous faudra rester juifs…

Guérison d’une femme : On peut aimer Jésus en douce. On peut s’approcher de son manteau par-dessous, ou à côté de ce qui est officiel. On peut dîner avec lui à l’heure du petit-déjeuner, n’importe où sur Terre. L’Homme est sauvé à chaque instant. Nous sommes tous appelés. Il faut vouloir toucher son manteau. Ne pas forcément le toucher, mais vouloir le toucher, tendre la main, risquer d’être piétiné…

Les notables aussi sont “pauvres”. Nous sommes tous appelés, parce que nous sommes tous pauvres. Méfiez vous des apparences : “elle n’est pas morte, elle dort…”

L’âme de Matthieu, sans doute, était comme cela : “elle n’est pas morte, elle dort…” Jésus l’a réveillée. L’âme de la femme hémophile n’était pas morte non plus, elle saignait. Jésus l’a guérie. Notre âme n’est pas morte. Elle ne sera jamais morte. Mais elle est menacée. Elle a besoin que nous la menions vers Lui (la femme) et que nous le menions vers elle (la fille du notable). Ainsi Jésus nous donnera la vue, car nous sommes aveugles, et nous donnera la Parole, car sans lui nous sommes des muets possédés.

Le rôle du prêtre (ouvriers de la moisson) est d’assurer ce mouvement des brebis vers le berger, et du berger vers les brebis. Il rassemble le troupeau. Il amplifie la Parole. Pour cela, il effectue des branchements, il dispose des chaînes hi-fi, des écrans géants, etc., pour proclamer “La Bonne Nouvelle du Royaume”.

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