Genèse, chapitre 21

Hagar marchait dans le désert avec à son sein bleui l’enfant Ismaël, et contre son ventre une outre en peau de chèvre : un litre d’eau, deux peut-être, quelques gouttes de lait amer — l’hypothèse insondable de l’avenir.
Sur sa nuque pesait le soleil tragique de l’Ancien Monde — l’astre du Premier Cataclysme, lueur de l’Étoile Effondrée.
Elle marche. Qu’elle est belle mon dieu sous ses boucles sales, et vivante autour de ses yeux noirs… mais qu’elle est pauvre ! Qu’elle est faible !
Elle doute. Elle refuse de mourir. Elle doute donc elle refuse de mourir. Et elle ne veut pas que son fils meure, c’est-à-dire qu’elle ne veut pas se transformer en fantôme. Elle ne veut pas que son fils devienne une certitude. Elle veut participer avec lui du mystère de Dieu. Elle veut boire l’eau de ce mystère, pour donner à Ismaël le lait qu’à travers elle cette eau produira. À travers elle, c’est-à-dire à travers son doute, à travers son désespoir…
L’outre est vide, le cuir a séché… Au sein dur comme une pierre, l’enfant ne respire presque plus. Alors Hagar jette Ismaël l’archer — elle le projette — sous un arbre du Beer-Shéva et s’assoit à la distance d’une portée d’arc. Elle tire la nappe de Dieu. Elle invoque l’arbre de vie. Elle refuse, elle existe… “Je ne veux pas le voir mourir !” L’enfant pleure. Dieu est Amour. “Ne crains pas…” Ismaël vivra !

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Guillaume Sire
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