Matthieu, chapitre 14

Ici le chapitre central, avec d’un côté (les 13 premiers chapitres) une vie publique ascendante, de plus en plus miraculeuse, de guérison en guérison — la Loi détricotée, précisée — jusqu’à la multiplication des pains, et de l’autre côté (les 13 chapitres suivants) la marche jusqu’à la Croix, qui commence par la mort de Jean, et ces paroles de Jésus marchant sur l’eau (l’eau c’est-à-dire la Mort) : “N’ayez pas peur !” / “Viens!”.

…et la fille d’Hérodiade dansa. Ô Dieu parfait, comme elle danse, celle-là… — Seigneur, comme elle dansait !
Qu’y a-t-il dans la fille que la mère utilise ? Dans cette danse, sous ces falbalas de chair et d’or, rubis en serti mystérieux, égouttements spermacétiques, abîmes velus, qu’y a-t-il dans cette danse surexcitée qui sera aussi (et tout autant) sur ce plateau d’argent, dans la tête du dernier prophète, aux yeux révulsés, et à la langue bleue et tirée, entre les dents malades, l’organe de la parole… ? Qu’y a-t-il qu’il n’y avait pas déjà dans les tables de la loi, quand elles furent brisées ! D’où vient, d’apprendre, une telle incapacité ? Qu’en fera l’histoire ? Quel genre de jointure est-ce là, ce quatorzième chapitre ?

Jésus se retire dans une barque, dans un endroit désert : à nouveau… Et de nouveau triste! Tout puissant et, pourtant, refusant que l’amour soit en nous un caractère obligé. Le refusant par amour. Nous devons être libres : il le sait… Si la grâce n’est pas une supposition, elle n’en demeure pas moins proposition. Il propose, et pour cela il devra mourir : il le sait… C’est inévitable désormais. La tête sur ce plat d’argent, c’est la sienne. C’est l’amour incompris, incomplet. Toutes les têtes coupées seront les siennes à jamais.

La certitude de la mort lui donne une force nouvelle. Les disciples plongent les mains dans les panières d’osier, et y découvrent une chair abondante, nacrée. C’est la muqueuse sacrée du poisson de l’Apocalypse. Seront nourris les pauvres. Sera étanchée leur soif. Et il en restera : douze paniers ! Je suis riche de ce que j’ai bien voulu donner. Tout ce qui n’est pas partagé est perdu. Dans le tombeau j’emporte ce qu’au nom de la Parole en moi j’ai cédé.

Est-ce un fantôme, cette ombre à la surface des eaux ? Est-on forcément une ombre au-delà de la mort ? Non, c’est Jésus, Jésus le glouton. C’est sa chair. Ce sont ses yeux. C’est son corps d’homme. “N’ayez pas peur…” / “Viens !” Pierre, d’abord, avance. Il ne flotte pas, car pour cela il faudrait être léger. Il marche, vraiment, sur la mort. Il s’appuie dessus en regardant, devant lui, l’Amour. Seulement la peur vient. La pesanteur… “Seigneur, sauve-moi !” Et le Seigneur entend ce cri. Il fallait que Pierre crie, de même qu’il fallait que le Seigneur lui vienne en aide. L’Eglise aussi, dont l’apôtre est la première pierre, aura peur. Elle aussi criera, doutera, et sera sauvée par le Fils de l’Homme, qui est le Fils de Dieu.

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