Matthieu, chapitre 15

Pharisaïsme : tendance dans un système éthique à substituer la règle au principe qui en a motivé l’édiction. Le diable est une méthode. “Vous avez fait de la loi une occasion de chute” (Malachie 2:8). A un certain degré, l’hygiène morale détourne de Dieu, et ce alors même qu’elle prétend être à son service. Là est le mode d’existence préféré du Mal. Sa proie n’est pas tentée de faire le contraire du Bien. Cela arrive, bien entendu, par exemple lorsque quelqu’un est tenté d’assassiner quelqu’un d’autre pour assouvir son désir mimétique, mais le piège serait facile à déjouer si la ficelle était aussi évidente. Le Mal fond sur celui qui cherche à faire ce qui est bien. Celui-là édicte des règles visant à garder le cap. Dieu lui inspire ces règles, et le Mal (le malin !) l’encourage à les respecter. Ainsi est institué un ordre terrestre analogue à l’ordre divin. “Les anges ont les mains propres : lave-toi les mains“. Puis le Mal commande à sa proie d’aimer cet ordre, et la proie sent que cela est bien, et à vrai dire elle n’a pas tort à ce stade. Elle a même l’impression d’avoir découvert une recette pour accéder au Royaume : c’est bien le saint qui lui sert de modèle mimétique. La voie est “toute tracée” comme on dit. Hélas, voilà que l’être humain trop enthousiaste face à la règle qu’il a lui-même édictée, l’aime au point de l’adorer, et divinise, de fait, l’ordre qu’elle institue, sans plus adorer véritablement le Dieu qui pourtant le lui a inspiré. Au nom de cet ordre idolâtré, il condamne ses frères humains. Et les assassinera s’il le faut. “Lave-toi les mains — Pourquoi ? — Car sinon je te lapiderai. — Pourquoi ? — Parce que tu ne les auras pas lavées.

*

Beauté de cette femme priant pour sauver sa fille. Je l’imagine dans son sac à patates, les cheveux collés aux joues par les larmes, ongles sales, paupières violacées, elle rampe sous la ténèbre, elle supplie le Nom de Dieu — et cherche sous la table les miettes de la grâce qu’elle s’empressera aussitôt collectées d’apporter à son petit. Dieu est miséricorde. Aucune règle n’existe qui ne devra être transgressée pour faire l’aumône à une mère implorant pour sa fille. C’est cette transgression, rien d’autre, que l’éthique chrétienne commande d’imiter.

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Guillaume Sire
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