Genèse, chapitre 28

Barreaux horizontaux, nombreux, au milieu d’infinies tiges verticales, jumelles et infiniment séparées, ouvertes, reliées. Le bois craque. Voilà comment je l’imagine l’échelle de Jacob : avec du lierre, du goémon la bave aux lèvres, de la mousse sanguine, de l’écume acide, bourrée de sel rose, en cristaux comme des lames de sabre. J’imagine les anges hagards, dégringolés comme les graines d’un tilleul, ou bien montant comme autant de sachets de thé passés à la flamme, le jour de la fête des lanternes. C’est un rêve. C’est un délire. Pourtant c’est la vérité. Ce n’est pas, ce ne peut être une échelle en bois sec et des anges amicaux et éthérés. Rien de ce qui est vrai ne ressemblerait ainsi à ce qui est imaginé, imaginaire. Jacob ne sait plus mentir. Ce n’est pas son désir qui parle. C’est la vie, et la vie circule dans un faisceau d’écorce, de pluie, de sang et de pierre. Elle négocie ses éléments. Elle tergiverse vers le Royaume. C’est cela l’échelle de Jacob : une tergiversation paradisiaque.

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Guillaume Sire
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