Genèse, chapitre 31

Peut-être les idoles dérobées par Rachel étaient-elles de petites figurines taillées dans des copeaux de coudrier, à silhouettes vaguement humaines, allongées, douces à la paume, comme les idoles des Cyclades ou les grigris peules à suspendre autour du cou. Peut-être étaient-elles, au contraire, joufflues, potelées, pré-bouddhiques, arrachées à l’obsidienne dans un coeur d’ébène ou celui d’une calebasse, et dans ce cas bricolées avec de la ficelle de chanvre. Peut-être Laban les avait-il passées à la flamme avant de s’agenouiller devant leurs hypothèses sacrificielles. Quand on s’approchait, une vague odeur de sang et d’autre chose plus sombre et plus bas dans le corps que le sang, obligeait le nez à se tordre mais empêchait qu’on ne s’éloigne. Rachel aimait cette odeur infectieuse jusqu’au délire, et n’imaginait pas l’exil sans cette caresse dans sa paume. Elle vola les idoles, et les planqua entre les bosses de son chameau, sous sa vertu de mère, dans le mystère de son cycle : “…car j’ai ce qui arrive aux femmes.”

About Guillaume Sire

Guillaume Sire
This entry was posted in Genèse. Bookmark the permalink.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s