Matthieu, chapitre 18

Rester dans l’enfance : sous la suture des ronces, avant les fleurs blanches et grasses du Temps, les promesses fausses de l’Espace, avant les hymnes, la justification des guerres. Demeurer dans l’étonnement, où est la Vérité, et dans l’humilité, où est la Justice. Accepter comme les enfants l’acceptent de ne pas tout comprendre, et peut-être même de ne rien comprendre. Ne pas nommer la souffrance. Dépendre.

Si les enfants sont capables d’assimiler une nouvelle langue aussi vite, c’est parce que les mots viennent à eux comme ils sont. Ils ne comparent pas. Ils ne procèdent pas à une analyse comparative, ou à des analogies lexicales. Leur grammaire est intuitive, leur intuition pure. Ils se donnent à la langue pour qu’elle se donne à eux. Comme eux, comme ça, nous devons nous donner à la Parole.

*

La brebis égarée n’est pas dans un trou comme on la représente parfois, parmi de grandes pierres aiguisées. Elle n’est pas très éloignée du troupeau, et n’est ni maigre ni sale. Parfois même elle se trouve avec les autres brebis, au milieu d’elles, et leur ressemble absolument. Mais elle est égarée, éclatée, divertie ; et plus elle bêle, juge et raisonne, plus elle s’égare. C’est elle que le Père veut retrouver. Jésus vient moins pour le clochard céleste et le vagabond sur la montagne, que pour le concessionnaire automobile et le banquier.

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Guillaume Sire
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