Matthieu, chapitre 19

Laissez leurs cris de joie, leur maladresse, leurs pas trop énergiques et soudain hésitants venir à lui. Laissez toute cette incivilité, toute cette fraîcheur encombrante venir à lui. Jésus n’est pas un sujet pour savants. Ce n’est pas un objet pour bibliophiles. Pas une archive. Laissez venir à lui les ballons, les questions embarrassantes, les yeux écarquillés, les joues roses. Lui-même n’a-t-il pas été un enfant. Il a joué au ballon. Il avait des joues roses moelleuses. C’est ainsi qu’il est venu vers nous. C’est ainsi, avec ce coeur-là, le coeur anarchiste et débordant des enfants, que nous devons aller vers lui. Au diable les prêtres qui se plaignent des saute-mouton dans le déambulatoire. Tant pis pour l’orgueil du fidèle crétin. Et tant mieux si les enfants les dérangent. Tant mieux s’ils tirent la nappe de l’autel. La religion sans ce chapitre aurait pu être une affaire d’adultes, cependant Jésus avait tout prévu. Ce passage là est fait pour nous déranger pendant des siècles. Pour nous houspiller. Et ce faisant nous rappeler ce que nous sommes, ce que nous devrions être, ce qu’est la vie quand on est parfaitement curieux, disponible et immoral, parfaitement voué à l’amour qu’on voudra bien nous porter, et nous rappeler ce que Lui-même, un temps, a été.

*

Le jeune homme riche n’est pas forcément riche d’argent. Je connais un écrivain brillant, à qui je demandai un jour tandis qu’il me parlait de l’Évangile et de sa foi : “pourquoi ne demandes-tu pas le baptême ?”, et qui me répondit : “Si je deviens catholique, je n’écrirai plus. Voilà pourquoi.” Nous avons tous nos pauvres, notre vanité à nourrir. Mais les riches, les riches d’argent, ceux qui se vautrent dans le confort, en ont peut-être davantage.

*

Le poète ne réussira jamais, c’est son drame, à procéder au “renouvellement de toutes choses”. Ce renouvellement aura lieu ; seulement la lumière ne provient pas du scribe qu’elle éclaire. Si le poète comprend ça, il participera peut-être à ce renouvellement, étant renouvelé lui-même.

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Guillaume Sire
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