Matthieu, chapitre 21

L’évangile ici devient plus politique que jamais, et pourtant la politique, on le comprend tout de suite, sera spectatrice. Elle assistera. Elle subira ou fera subir, mais demeurera impuissante, ce qui étymologiquement est un contre-sens. La politique ne pourra ni n’empêchera rien. La foule grossit. Jésus chasse les marchands du temple, et les vendeurs de colombes : les capitalistes, les mystagogues et les menteurs, les instrumenteurs de la paix. Voyez ces plumes à leur entour, voyez ces pièces d’argent qui roulent devant le marbre abîmé de l’autel ! On l’accueille à grands cris de joie : Hosanna ! Tout se met en place pour le sacrifice. Jésus est “manifestement autre” : il sera loué puis tué. Personne, cependant, n’a envisagé la résurrection. À ce stade personne, pas même Pierre, ne peut imaginer ce qui va se passer.

Des courants électriques traversent la foule. Le collectif s’exalte. La poussière s’élève en nuages d’ocre à travers les barres du soleil. Il y a les apôtres. Marie aussi est là : dans son affirmation sans faille. Bientôt, il n’y aura plus qu’elle. Jésus, pour l’instant, affirme son autorité. Elle s’exerce sur les hommes comme sur les choses : le figuier qui ne lui donne pas de fruit n’en produira plus. L’homme qui ne se tournera pas vers l’Esprit ne produira jamais rien de véritable, ni dans ce temps ni dans l’autre. Et la montagne, si c’est là une bonne chose, se déplacera.

Jérusalem est un oiseau blessé qui tressaille. Elle a faim. Elle brûle. Elle est joyeuse. En disant la parabole des métayers révoltés, sans doute Jésus pense-t-il à Joseph : au “me voici” inoubliable que celui-ci dit à Jacob-Israël et à l’accueil que lui firent ses frères quand leur père le dépêcha vers eux. Jésus sait aussi que cette joie des rameaux est passagère et que de nombreux disciples lui tourneront le dos dans quelques jours, comme ils ont fait avec Jean. Comme ils feront toujours. Ceux-là (les convertis d’un temps) ont moins d’excuse que les autres. Quant à ceux qui d’abord ont renâclé, mais ont finalement ouvert leur coeur et répondu à l’Esprit, le Royaume des cieux leur appartient. Tant mieux s’ils ont renâclé, car au moins leur mouvement vers Dieu fut sincère. Jésus n’a jamais reproché à qui que ce soit de s’être éloigné du Père : l’important est d’y revenir.

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