[Aux gréements compliqués, aux voiles, et dans les voiles aux oscillations harmonieuses, à la musique froide et salée !]
J’ouvrirai devant moi l’opercule du Temps, vieille membrane toujours renouvelée;
Je déhousserai les ronces;
Je briserai sur ma langue les cristaux — les cristaux sanguinolents des idoles administratives;
Je Lui ferai Sa place, sa petite place parfaite et éternelle, dans le matin, dans l’eau dure, j’accepterai qu’Il s’éloigne — une petite place parfaite et sourde;
J’écarterai la société, ses colonnes baveuses, son crissement, sa peau jaune, ses perce-oreille, sa glu protocolaire et ses chevaux — et ses chevaux de frise poisseux,
Je déterrerai le futur (pour cela j’appuierai ma face sur le sable);
J’écrirai des phrases à pattes d’ours qui valseront parmi les siècles, dans le lait, dans la gloire gloussante des poètes; des phrases qui, arrachées aux plaies de mon enfance, auront d’abord émis un bruit de fil de cuisine et d’osselets qu’on écrase;
S’il le faut, je terrasserai.
S’il le faut, j’affouillerai.
Sinon, j’improviserai.
Je lacerai la nuit, je ferai taire les lames, et je me réfugierai dans d’antiques préoccupations, celles-là même qui affligèrent Achille et à quoi les nominalistes ont cru remédier— comme s’il avait été possible d’éteindre un volcan en lui trouvant un nom!
Autour de Ses églises, je cimenterai d’odieuses lamentations.
Je serai le premier né perclus de douleur mais vaillant, empêché mais prompt, défait mais implacable, un séraphin à trois ailes, armé jusqu’à l’enfer.
Pour que la foule ne L’écrase pas, c’est à moi de reculer, de m’agenouiller, de m’allonger — à moi d’être écrasé.
Pour que la foule ne L’écrase pas, il faudra laisser faire.