Le langage signifie la distance entre les choses et nous-mêmes

“La poésie nous alimente tout ensemble et nous annihile, nous donne la parole et nous condamne au silence. Elle est la perception, nécessairement momentanée (nous ne résisterions pas davantage), du monde sans mesure que nous avons quitté un jour et auquel nous retournons en mourant. Le langage enfonce ses racines au coeur de ce monde mais transforme ses actions et ses réactions en signes et en symboles. Le langage est la conséquence (ou la cause) de notre exil hors de l’univers : il signifie la distance entre les choses et nous-mêmes.” Octavio Paz, Le singe grammairien, 1972

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Joug

Tu emporteras mon visage
Après les lacis de pierre aux prairies foudroyées
Tu porteras mon nom
Tu seras mes mains ma voix
Non pas ma vie mémorisée mais ta mémoire vivante
Une clef
Et la concession sans limite de mes actes manqués
Comme tu as supporté mon corps
Mon fils ma vie tu porteras mon âme
Surtout rappelle-toi combien je t’ai aimé

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Le juste retour des choses

En écrivant je veux moins donner que rendre. Moins parler qu’écouter. Moins créer que montrer.

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Modernité

Un jour il faudra quand même expliquer clairement pourquoi le tournant scotiste puis nominaliste a été une catastrophe. Dont résultent en vrac : un rapport quantitatif aux êtres, une physique basée sur des construits mal fondés comme la force ou la chaleur, le principe de complétude, l’horloge mécanique, la judiciarisation de tout partout, l’art abstrait, la musique atonale et sérielle, Derrida et la clique, l’athéisme barbare, le rationalisme invertébré, le transhumanisme, les gender studies… Un jour il faudra comprendre que ce n’est pas le sens des choses qui dépend des mots qu’on emploie, mais le sens des mots qui dépend des choses dont on parle. Eh oui ! Revenir à l’analogie ! Au thomisme !

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Horeb

Le buisson brûlait
Ses petites feuilles en fer à cheval ses épines blanches et dorées
Son tronc comme de la peau sa tiare ses hanches
Intact
Pourtant il brûlait
Moïse Moïse
Retire les sandales à tes pieds
Je suis le Dieu de ton père
La flamme sur l’autel
L’eau sure dans la pierre
Moïse
Je suis celui qui est
Va
Tu vaincras Pharaon
Retourne aux temples impies sous la faux d’Anubis
Devant les femmes aux boucles noires au goût d’ambre et de miel
Vois comme leur chair s’emmêle au lapis-lazuli
Va
Préviens mon peuple et conduis-le ici

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Confession

Je ne suis pas ponctuel, je ne suis pas organisé, je ne gagnerai jamais grand chose, mais je suis sensible, j’entends, je déploie, j’essaye, je dessine, je bois du vin, je me bagarre, je lis, je gueule, je réagis, je gratte les murs, je crois en Dieu, j’apprends par cœur les démonstrations d’Euclide, je peux parler trois heures de Rembrandt ou de la constante de Néper mais pas un mot d’anglais international, je déteste Luther, le nominalisme, les trottinettes, moi j’aime Euripide, Shakespeare, la mousse dans la forêt, le Stade Toulousain, Rachmaninov, le thym, Claudel, l’œil idiot des béliers, les chapelles romanes, Montherlant, les cerises en juin, l’autoroute l’hiver, Conques, Octavio Paz. Ma chair est infectée. Je suis la dalle froide des cimetières et je suis la vengeance, parce que tous les artistes finissent par se venger.

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Corazine

Sous la chair dorée de Corazine on trouvait
Des plis nauséabonds aux scories infectées
On trouvait l’envie d’être un autre
Et dieu qu’on admirait le pouvoir de la force quand la force parlait
Parce qu’à Corazine on croyait que le sens des choses vient des mots qu’on choisit
Quand c’est le sens des mots qui dépend
Des choses qu’on évoque

Mes frères
Seul le péché est univoque

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