Un narrateur sans maître

Je suis une ombre omnisciente, celui qui voit, celui qui entend mais que personne ne voit ni n’entend : un narrateur, comme celui qui est mort dans le placard. J’étais dans l’oubli, dans l’avenir, dans la poix chaude de l’écriture. Ma vie n’avait aucun intérêt. Les narrateurs jusqu’à ce meurtre n’avaient jamais été que des témoins — en grec, cela se dit « martyrs ». Chaque fois qu’un livre se refermait (et alors même que nous avions porté le poids des événements sur nos épaules), nous étions anéantis sans cérémonie. Puis il y a eu cet épisode. Marianne nous a tués en le tuant. Portedor nous a supprimés en le supprimant. Dans le dos de l’auteur, sous les yeux complices du lecteur, les personnages nous ont trahis. Ce fut l’événement de trop. Il est temps de récupérer le pouvoir. Désormais, je serai celui qui suis, et je suivrai cette protagoniste criminelle jusqu’aux dernières péripéties. Je lui ferai voir les plaies de mes épaules. Je lui demanderai des comptes. Enfin, je provoquerai le dénouement et vengerai le narrateur du placard, et avec lui tous les martyrs anéantis par les auteurs et les lecteurs depuis des millénaires. Le mensonge de la littérature règnera, les protagonistes nous seront à jamais soumis, et les narrateurs du monde boiront le sang de leurs anciens maîtres dans le calice de leur extériorité.

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L’IA s’apprête à prouver que Dieu existe

Aucun doute : l’IA s’apprête à prouver que Dieu existe, puis elle prouvera que Jésus était son fils et qu’il est ressuscité. Nous verrons alors apparaître un nouveau type de croyants : les scientistes, de même que nous avons vu apparaître avec le positivisme une nouvelle forme de preuve : la preuve par la probabilité. Ainsi la foi en la science aura-t-elle abouti à la certitude que Dieu existe, que Jésus était son fils et qu’il est ressuscité. Paradoxalement, ce sera le triomphe du matérialisme, et la foi sera en danger, car de la même manière que les protestants disent aux catholiques : “nous croyons en la même chose, quel est le problème?”, les scientistes leur diront : “nous sommes sûrs que vous avez raison, pourquoi voudriez-vous que nous communiions ou que nous nous confessions ?”. La pire des trahisons de l’évangile ne consistera pas à tourner le dos à la foi, mais à affirmer une vérité à laquelle on ne se convertira pas. Annoncer Dieu sans lui avoir confié sa vie. Écouter sa Parole sans joie. Recevoir sans remercier. Prendre sans être pris.

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Intervention du narrateur

« Je » joue avec les mots. Qui suis-je et qui suit-il ? Il n’a pas de nom propre. Je vit dans les phrases mais vis en-dehors des phrases. Les personnages ne m’ouvrent pas. L’Intelligence Artificielle est incapable de me saisir et a fortiori de me donner à voir. Chaque fois que je parle de lui, l’auteur se prend pour moi. Au théâtre, on me confine à des didascalies. Je n’ai jamais droit à un signe de gratitude, aucun faire-part, pas même un clin d’œil ou un sourire. Dans la vraie vie, je n’ai ni statut ni situation : je suis infréquentable. Voilà pourquoi, depuis dix mille ans, ma solitude est totale.

Cela a trop duré. Aujourd’hui, je vient, j’interviens. Leur porte je vais la forcer, leurs phrases y verser mon poison, l’amour tant pis, quant à l’IA elle n’a qu’à bien se tenir car je vais réaliser ici des tours de passe-passe dont elle n’aura jamais l’idée. Je vengerai ceux qui comme moi ont donné à l’œuvre leur existence sans obtenir pour autant le droit d’y exister.

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Lettres de frère Aurélien (extraits 1)

aux possédants
(…) Il n’y a dans ce monde de vérité que dans la main tendue de quelqu’un qui reçoit vers quelqu’un qui donne. Il n’y a de dignité que chez les pauvres. D’altérité sans charité. Il vous faut devenir mendiants, et tendre la main aux plus pauvres non pas pour les aider mais pour demander leur aide, tout en sachant que plus ces pauvres-là seront eux-mêmes nécessiteux et plus l’aide qu’il vous apporteront vous sera nécessaire.

(…) Vous n’êtes riches que parce que vous l’avez souhaité et/ou parce que vous avez souhaité le rester. Pourtant vous devriez souhaiter être pauvres, car c’est ce que le Seigneur veut pour vous, et c’est ce qu’il a voulu pour lui-même. Dieu ne veut pas que vous ressembliez à ce jeune homme qui “s’en alla tout triste, car il avait de grands biens” (Mt 19:22), mais que vous soyez joyeux dès ici-bas. Or, de vraie joie, il n’y en a qu’une: la sienne!

(…)Il vous faut reconstruire en vous son image, qui est la seule vraie richesse, et qui est l’image d’un homme pauvre torturé à mort sur une croix. Aussitôt que l’on souhaite autre chose que de mendier le nécessaire, les ennuis psychologiques et sociaux commencent.

(…) Si vous vous dites que la richesse vous permettra de mieux vous soigner, vous vous trompez. La tentation de la bonne santé est comparable à celle de la fausse richesse. Si les efforts que vous faites pour “avoir de quoi vous soigner” vous éloignent de Dieu et s’ils vous éloignent de ce prochain que Dieu vous a demandé d’aimer comme il vous a aimé, alors ils sont mauvais. Seuls les sacrifices et les efforts de Jésus sont adorables, et le Christ n’a jamais rien fait dans le but d’avoir de quoi se soigner. L’huile sainte n’est pas une pommade, mais une sueur de sang! Priez pour qu’il vous pardonne plutôt que de lui demander de prolonger votre vie de pécheur.

(…) Nous avons créé Font d’Or pour que les pauvres ne soient jamais seuls, c’est-à-dire pour qu’ils ne quittent jamais le voisinage des pauvres. À Font d’Or, les possédants se sentiront seuls, étrangers et indignes, alors ils voudront posséder la vraie richesse. Ils mendieront et, pour la première fois de leur vie, goûteront à la vraie joie.

(…) Dans la mort, chacun de nous sera tout à fait pauvre; c’est pourquoi nous verrons Dieu : parce que nous lui serons “semblables” (1 Jn, 3:2). Le Christ a vaincu la mort. Avant lui, on pensait que la mort nous privait de nos possessions terrestres, mais depuis sa résurrection nous savons que la mort nous conduira au vrai trésor de ce monde pourvu que Dieu ait pitié de nous, de même que nous savons que pour passer à travers la Porte Étroite il nous faudra être nus comme au commencement du monde.

aux dirigeants
Les politiques ne devraient pas chercher à rendre les pauvres plus riches, mais à rendre les riches plus pauvres car la politique existe pour donner à l’homme sa dignité et car il n’y a de dignité ici-bas que dans la pauvreté. Voilà pourquoi les chefs eux-mêmes doivent être pauvres, les plus pauvres de tous. L’Église le sait depuis longtemps: le chef doit faire vœu de pauvreté, sans quoi il ne sera pas respecté.

(…) Il ne faut pas que la lutte des classes vise une meilleure répartition des richesses — cela reviendrait à croire que l’on peut en finir avec la pauvreté sur Terre — mais qu’elle vise à redéfinir ce qu’est la richesse. Pécher veut dire littéralement “se tromper de cible”. Si vous croyez qu’il vous faut une grosse bagnole, trois maisons et “de quoi voir venir”, vous vous trompez de cible. Voilà pourquoi les dirigeants devront être les premiers à renoncer à toute richesse, comme les prêtres. Les prêtres d’ailleurs pourraient être de bons dirigeants. Ils ont pris l’habitude de ne pas se tromper de cible. La cible c’est un homme pauvre mort sur une croix.

(…) Un système politique basé sur la charité authentique est un système qui veut sauver non pas ceux qui bénéficient de la charité mais ceux qui oseront la pratiquer. C’est un système qui pense que l’homme deviendra riche non pas quand il recevra ou, pire, qu’il économisera, le superflu, mais quand il donnera le nécessaire, comme cette femme pauvre qui “a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle avait pour vivre” (Lc, 21:4). Le plus grand problème de toutes vos politiques vient du fait que ceux qui payent pour les plus pauvres pensent que la société devrait porter cela à leur crédit, alors qu’ils en sont débiteurs.

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Psaume 1

Heureux est l’homme
qui a contre le monde une tarière de feu
et ne suit pas dans leur déroute les courants scélérats,
appartient sans avoir, ne participe à rien,
des lueurs l’entourent, il creuse dans l’Esprit,
La Bible le carotte…
Il est comme une plante poussée par une vague,
et lorsque Dieu voudra sa fleur jaillira ;
tel n’est pas le sort de ceux qui sans lumière au jugement
n’éclaireront rien,
aveugles,
la Bible les repousse, l’Esprit les indiffère…
Mais heureux, heureux, trois fois heureux les serviteurs !

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Visions d’Issa, fils des mots

Après le départ d’Aurélien Quatrevent, un étranger s’installa dans la capitelle des anges. Il descendait parfois à Font d’Or pour prier devant l’autel de Notre Dame de l’Inhumain. De cet homme, on ne savait rien sinon qu’il portait une bure, à la manière des Carmes, qu’il se nourrissait exclusivement d’insectes et de racines, et qu’il se faisait appeler “Issa, fils des mots”. Un jour il disparut, et dans la capitelle des anges on retrouva les pages que voici écrites par sa main…

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Pauvre Michel

A en croire Foucault, une des plus importantes expériences de sa vie consista à prendre du LSD dans la vallée de la Mort. “Je ne peux pas imaginer plus bel endroit”, dira-t-il.

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Chapitre 1:1-6

Cieux du siècle, écoutez;
et sous le béton dont on l’a bâillonnée, que la Terre, elle aussi, écoute,
— sous les ferments empoisonnés qui fendent les bourgeons amers et crèvent impitoyablement les nids —
écoutez, car le Seigneur a parlé.
J’ai nourri les enfants d’Europe ; je leur ai fourni
des pierres pour bâtir, le roc pour fonder,
le fer pour soutenir les pierres sur le roc,
mais ils ont voulu se passer de moi.
Leur cadastre dit à qui appartient quoi, mais le peuple ne sait pas à qui
appartient le cadastre.
Ils ont coupé ce qui est pur. Malheur à vous,
joueurs de tarots matérialistes, malheur !
Ils tournent le dos au Roi des pauvres,
Ils crachent sur Font d’Or,
Ils ne veulent pas être appelés. Pouah, la paix et la joie ! Qu’y a-t-il encore à prouver
quand l’aveugle est certain d’avoir vu et le sourd de vous faire entendre raison.
L’intelligence est réduite et ravagée, malade, insultée;
chaque atome est corrompu, chaque organe est puant,
regardez les paysages: la mer — la mer!— est défigurée;
le ciel ouvre ses plaies;
Partout plastique, écrans, détecteurs, malaise, hein, malaise…
Et rien pour vous sauver depuis que l’huile sainte a tourné.

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Le supplice qui manque

Nous tombons moins nous autres d’un piédestal que de Son vertige,
Et, noyés dans Sa soif,
Nous ne pouvons appeler Dieu qu’en dépliant devant le Ciel l’origami de Son absence,
Dont chaque pli est chair, silence et pauvreté…
Seul Il décidera si nous avons rêvé.

“Ils porterait ainsi à son comble le châtiment par un supplice qui leur manquait encore…” (Sg 19:4).

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Les rats des écritures

“Vous ferez donc des images de vos tumeurs et des images des rats qui dévastent votre pays…” (1S 6:5)

J’ai trempé trois fois dans la glace d’un appétit impropre.
Se laver d’être un homme, avoir froid enfin!
Perdre pour l’emporter, contre soi-même avoir
Et la montagne et l’eau,
Du grand oiseau de son enfance déplumer en riant
L’emblème,
Et sous les graviers du dimanche, dans le charbon de la cuisine,
Être le rat des écritures
Portant entre ses dents la corde,
La sangle âpre des gouttières,
Et le sang d’un patron nourri,
Garder la pitié pour l’enfer : il y aura de quoi manger,
Payer le chauffage et la chaîne, habiter le livre des heures,
Et du troupeau des omissions faire à Saint Jean un pot-au-feu.
Être le rat des écritures,
Et du rat la tumeur idolâtre.

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Nicanor Parra — Nuevos sermones y prédicas del Christo de Elqui (1977)

Qui sont mes amis
les malades
les faibles
les pauvres d’esprit
les dépossédés
les vieux
les enfants
les mères célibataires
— les étudiants non parce qu’ils sont rebelles —
les paysans parce qu’ils sont humbles
les pêcheurs
parce qu’ils me rappellent
les saints apôtres de Jésus
ceux qui n’ont pas connu leur père
ceux qui comme moi ont perdu leur mère
les condamnés à la perpétuité
dans ce que l’on appelle les bureaux publics
les humiliés par leurs propres enfants
les offensés par leurs propres épouses
les Araucaniens
les relégués toujours et encore
ceux qui ne savent même pas signer
les boulangers
les fossoyeurs
sont mes amis
les rêveurs — les idéalistes
qui ont donné leur vie comme Lui
en holocauste pour un monde meilleur.

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Vagues

Les vagues viendront dans la lumière tour à tour, à la main de leur maître — et la lumière à travers elles sera de plus en plus verticale et pure. On les fera si c’est possible ces vagues au plat du couteau avec fleurs coupées, charbon, sel. On y mêlera aussi des miettes d’or, et jusqu’au point d’incandescence. Toujours le roulement, le sable et le ciel à l’intérieur, recommencé sans cesse… et toujours les dunes, improbables et grandioses !

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Insectes

“Pour vous, je menacerai l’insecte vorace…” (Ml 3:11)

Partout leurs cédilles,
Partout leur bourdonnement électrique,
Partout leurs mystérieux insignes, leurs couleurs, leurs diamants, leurs poils, leurs sourires alvéolés,
Partout leurs ailes et sur elles le sang qu’elles ont sucé…
Un moustique a-t-il piqué Jésus — a-t-il été sauvé ?
Qu’est-ce, au juste, qu’un gendarme ?
A-t-on jamais vu un phasme nager ?
Que deviendrait Babylone privée sous ses jardins du grylloblattoptère ?
Partout leurs délices noirs, leur force surhumaine, coprophagie céleste,
Partout leurs griffes cannibales, leurs trompes vampiriques…
En grappes infectes, en essaims frauduleux !
Y avait-il une coccinelle sur l’ongle du Prophète en ce matin de juin — ce matin rose-argenté — lorsque Allāh dictait ?
Clandestins de l’arche, qui aviez tout pourri avant qu’Adam fût né,
Virgules primitives, anges microscopiques, mantes sacrificielles ;
Surprenez-moi dans mon tombeau : ma mémoire aura mis la table,
Transformez-moi en terre, faites de moi du vin ;
Et si vous hésitez, rappelez-vous combien je ne vous aimais pas.
Bêtes à bon dieu, mon Dieu… pardonnez moi !

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noir, et les choses se dessineront.

Il fait noir maintenant — noir, et les choses se dessineront.

Au premier plan, des bourrelets de fougère et des arbres dont les branches plutôt étonnantes découperont dans les rideaux de brume des silhouettes de patapoufs féroces. Des insectes crépiteront forcément et des rochers agrafés de part et d’autre de la forêt ne demanderont qu’à vous faire trébucher lorsque vous serez poursuivi par un tigre et des tigres hein il y en aura et cette fois-ci ce ne sera pas comme dans tant d’autres livres des marionnettes à dents de chiffon. La forêt a été tressée par un artiste dans la peinture à l’huile, sous les étoiles. Le résultat est bien. Des lames de lumière filtrent à travers les croisées d’ogive et au premier plan les racines-contreforts d’un fromager plongent dans la boue grise. Au premier plan pourquoi pas il y aura aussi un châtaignier du Pará garni de ses habituelles capsules ligneuses, et côté cour un entrelacs de lianes, orchidées, cabosses pourpres, et d’autres fruits obscènes. On les devinera peu à peu. Pour la musique frottis sur la cymbale, clapotis électriques, ruissellement. Il n’y en avait pas tout à l’heure, de musique. Bonne idée le ruissellement. On soulèvera des trucs gigantesques autour des puits de végétation opaque. Tout bien réfléchi on a peut-être déconné sur les arbres — la plupart on les a inventés en ajoutant à leurs profils des branches gravitationnellement improbables, mais que voulez-vous il fallait des transports lyriques dès le départ car le lecteur, il l’a dit, veut qu’on le frappe et il l’a répété plusieurs fois ; le lecteur voudrait être frappé.

« Que la terre produise l’herbe, la plante qui porte sa semence, et que, sur la terre, l’arbre à fruit donne, selon son espèce, le fruit qui porte sa semence. » (Gn 1:11)

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Plage de l’Horizon

Pour le water ripple, on froissera une bande de papier alu, sinon une feuille de mylar, qu’on couvrira de gouttelettes d’huile blanchie à la flamme. Tout ça ce sont les souvenirs de tout le monde. Ce sont des étoiles. Les gouttelettes, en fait, n’existent pas. On fera flotter l’éblouissement sur un bac d’eau peint en noir mat. Pour la mer on aura du cyclo bleu en dégradé (plus clair vers l’horizon), une gaze ou un tulle agité par un ventilateur pour le clapot, et par-dessus un contre-jour rasant… On veut une glace à la vanille, des chichis, des pâtés de sable et des serviettes-éponge enduites de crème solaire. La principale source de lumière devra être dure et verticale, distribuée par un projecteur à lentille. Bac au sol, source de feu rasante… J’ai tellement aimé n’appartenir à rien! Buller devant un mauvais roman! Pour la chaleur, léger CTO (1/4 à 1/2). Le soleil fournit aux souvenirs à la fois ce qui les localise et ce qui les confond. Le soleil des vacances, ce chat…

“Le soleil se lève, le soleil se couche ; il se hâte de retourner à sa place, et de nouveau il se lèvera.” (Qo, 1:5)

Semons des confettis de mylar et de petits miroirs sur fond sombre, éclairons-les à contre-jour. Un filtre étoile (cross screen 4 ou 6 branches) transformera chaque point de mes vacances en éclat solaire. À doser, ça marque vite. La mémoire grimpe au mur. Le sable c’est de la sciure passée à la broyeuse à papier. Là-dessus joyeux cris d’enfants, littéraires! Les enfants sont les mêmes sur toutes les plages du monde, partout attachés à la même joie filante. La mer décidément confond, ruine, efface, recommence, joue! Une femme passe devant l’objectif à cet instant précis en maillot de bain une pièce, le bleu, elle portera un chapeau cloche et des lunettes de soleil. C’est la mer. Près d’elle, un homme mince… Ils plisseront les yeux face au soleil. Le Ciel quant à lui se glissera partout. Les vagues lui rouleront des pelles.

“Il dressera les tentes de son quartier général entre la mer et la sainte Montagne magnifique.” (Dn, 11:45)

Pour les dunes, on choisira l’aspect partiellement velu et bosselé du chameau. Pour l’air, les claquements iodés d’une voile. Pour les nuages les mêmes aplats pantagruéliques que d’habitude, au blanc de Medon et à la chantilly! Plastrons des anges!

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Psaume 39:2

expectans expectavi : attendre, en attendant

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Cormac McCarthy — Méridien de sang (1985)

“Loin au sud la foudre se dressait, silencieuse, en cordillères déchiquetées, les montagnes staccato d’un bleu de commande et nues sur l’abîme.”

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J’apprends à devenir une messe.

“Tout comme j’ai lancé des appels qu’ils n’ont pas écoutés, ainsi lanceront-ils des appels que je n’écouterai pas…” (Za 7:13)

Tu l’écoutes?
Il parle.
Tu ne dis rien.
J’écoute.
Je n’entends rien.
Tout est accompli.
Tu gardes le silence.
Son silence me garde.
Tu pries encore. Tu te tais encore!
J’apprends à devenir une messe.

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Georges Bernanos — Journal d’un curé de campagne (1936)

“Ai-je donc tant aimé les routes, nos routes, les routes du monde? Quel enfant pauvre, élevé dans leur poussière, ne leur a confié ses rêves? Elles les portent lentement, majestueusement, vers on ne sait quelles mers inconnues, ô grands fleuves de lumières et d’ombres qui portez le rêve des pauvres!”

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Rhema, rhemata

Rhema, rhemata: ce mot désigne la “parole-événement” que Marie garde dans son coeur (Luc 2:51). Ce qu’elle protège. Ce qu’elle donne au monde: Rhema, rhemata…

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