A propos du Cyclope d’Euripide

Le Polyphème d’Euripide est le premier athée de la littérature, et sa pièce Le Cyclope la première fable contre le nihilisme, sa bêtise, ses dangers. Si j’avais le temps, j’expliquerais pourquoi Euripide dans Le Cyclope et Dostoïevski dans Les Possédés disent à peu près la même chose.

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A propos des paysages chez Paul Gadenne

Toujours chez Gadenne, les paysages (ou la maison chez les Stirl) signifient quelque chose et s’ouvrent vers des doubles-fonds sans fin, à des profondeurs insondables et garnies de lignes de fuite. Toujours ces reprises dans le décor, ces soubassements dans le langage, ces méprises dans le paysage, qui correspondent aux abîmes intérieurs, aux failles des personnages. C’est là dans Siloé ou dans L’Invitation que poussent en même temps, comme si elles étaient la même chose dans deux états différents, les racines noires de l’amour et de la maladie.

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Jeûne

Dans l’horreur fascinée au mitan des symboles
Dans l’enfer à peu près
A la glace rompue des hémistiches
J’ai moins connu l’étoile que le sein rond et froid de ce qui est parfait
Auquel j’ai bu l’espoir d’un frère aperçu sous la griffe d’un aulne
Ou d’un autre ou d’un mot ou d’un dieu défaillant
Moins l’infiniment singulier qu’une singulière infinité
Et j’étais tout parce que précisément j’avais tout refusé
Comprenant cette secrète nécessité qui du point de vue de l’être voudrait que nous nous transformions en cela même auquel nous avons renoncé
Je suis ce que je donne
Sous le couvercle de la tombe j’ai ce que j’ai donné
Ma tristesse hélas oh et des silences faux et mes enfants leurs joies irregardables
Calice cœur sacré demi-jour Seigneur pont défait
Que n’ai-je en mon sang entré un peu du Tien
Et toi mon cœur toi mauvais sang vin mauvais
Que n’as-tu tes battements configurés à l’intérieur des Siens
Qu’ai-je sauvé enfin qui était mort
Quand l’ombre sous le fer l’ombre rouge la vision rougeoyante
L’ombre inamovible cette ombre-là
A souhaité dévorer la proie

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De la charité bien comprise

L’évangile du jour (Luc, 16 : 19-31) a l’air de dire que si les riches ne donnent pas d’argent aux pauvres ils brûleront en enfer. Le riche a de l’argent. Le pauvre n’en a pas. Le riche est à l’intérieur. Le pauvre à l’extérieur, il a froid, les chiens lèchent ses ulcères. Dans l’Éternité, le riche est en enfer, car il n’a pas donné d’argent au pauvre dans le Temps. Et le pauvre est au paradis, car il est innocent, il était pauvre.

Facile d’écouter cet évangile quand on n’a pas, ou peu, d’argent. Facile de regarder du coin de l’œil celui qui de toute évidence en a beaucoup (belles montre, chemise, chaussures, voiture, etc.).

Mais qu’est-ce que la richesse au juste ? De quoi suis-je riche ? Est-ce que je le partage ? Le chrétien en général ne croit pas que l’argent soit la vraie richesse. Ainsi quand il le donne, il donne ce qui selon lui n’est pas essentiel. Mais ce n’est pas là la Charité véritable. La générosité n’est pas systématiquement la Charité véritable, parce que la Charité véritable consiste à donner ce qui est essentiel, comme la femme pauvre (Marc 12, 41-44). Il faut donner ce qui nous coûte.

Si l’on connaît la vérité, la garder pour soi, c’est se comporter comme l’homme riche. Si l’on sait où se trouve la beauté, ne pas la montrer, c’est se comporter comme l’homme riche. Il faut sortir, trouver Lazare, et le conduire à la vérité, à la beauté — voilà ce qui est bon. Il ne faut pas craindre ses ulcères, toute sa misère. Cette misère n’est pas absence d’argent, mais absence de lumière. Il faut lui porter la lumière, le conduire jusqu’à la lumière.

L’évangile du jour ne nous demande pas de donner de l’argent, mais ce qu’on a de plus cher. Or celui qui n’a rien de plus précieux que son argent, celui-là est un homme pauvre, et il ressemble davantage à Lazare couvert d’ulcères qu’à l’homme riche. Il est à la fois pauvre et innocent, il ne sait rien, puisque rien ne compte à ses yeux sinon l’argent. Celui qui n’a pas d’argent mais qui a l’amour, et qui connaît l’amour, celui-là est un homme riche, et s’il ne va pas trouver le pauvre, ce pauvre-là qui a l’argent, pour lui donner l’amour, s’il ne va pas le trouver malgré les ulcères qui le dégoûtent (les signes de l’argent, la maison à colonnes, la voiture invraisemblable… voilà les ulcères), il n’aura pas été à la hauteur de cet amour qui lui a été donné.

De quoi sont pauvres ceux-là en particulier qui sont pauvres à ma porte ? De quoi sont-ils exclus précisément parce que cette porte fermée devant eux est la mienne ? Quels sont ces ulcères qui me dégoûtent mais qui attirent les chiens au point qu’ils les lèchent ?

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Ecclésiaste 10:11

“Si le serpent mord faute d’enchantement, il n’y a point d’avantage pour l’enchanteur.”

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Le septième jour

Quand le manteau du Ciel fut partagé
La couleur jaune l’été
L’hiver l’haleine des rochers
Un glissement sucré
Par-dessus l’horreur
L’horreur nécessaire
Et sans joie
Le trille visqueux du désir
Le mensonge des fleurs
Leur mensonge administratif
Quand son manteau fut partagé
Aucun doute
Dieu dormait

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René Char — Fureur et mystère, 1962

“Tes dix-huit ans réfractaires à l’amitié, à la malveillance, à la sottise des poètes de Paris ainsi qu’au ronronnement d’abeille stérile de ta famille ardennaise un peu folle, tu as bien fait de les éparpiller aux vents du large, de les jeter sous le couteau de leur précoce guillotine. Tu as eu raison d’abandonner le boulevard des paresseux, les estaminets des pisse-lyres, pour l’enfer des bêtes, pour le commerce des rusés et le bonjour des simples.

Cet élan absurde du corps et de l’âme, ce boulet de canon qui atteint sa cible en la faisant éclater, oui, c’est bien là la vie d’un homme ! On ne peut pas, au sortir de l’enfance, indéfiniment étrangler son prochain. Si les volcans changent peu de place, leur lave parcourt le grand vide du monde et lui apporte des vertus qui chantent dans ses plaies.

Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud ! Nous sommes quelques-uns à croire sans preuve le bonheur possible avec toi.”

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