Qu’est-ce que la sagesse ?

« Qu’est que la sagesse ? Un état d’équilibre intérieur entre la matière et l’esprit, les passions et l’amour, le conformisme et la liberté, le moi et l’âme. Mais, pour que cet équilibre puisse se réaliser, il faut une espèce de miracle : que, par la grâce d’une alchimie surnaturelle, des éléments impondérables acquièrent assez de densité et d’attraction pour contrebalancer l’épaisse énergie des instincts de l’orgueil. »

Gustave Thibon, L’ignorance étoilée, Paris, Fayard, 1974, p. 63.

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Impression

L’autoroute un soir en hiver, d’Albi vers Toulouse, la nuit déjà, la pluie, les voitures assez proches, trop proches, beaucoup de pluie, les yeux rouges des phares, les arbres flous, les essuie-glaces… une impression mélancolique de déjà-vu. Et une espèce de panique morale.

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Infini (quantité) / Eternité (qualité)

L’infini a trait au quantifiable quand l’éternité, au contraire, a trait au qualifiable : seule une quantité peut être infinie, seule une qualité peut être éternelle.

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La mort est éternelle

A propos de la mort une seule chose est sûre : l’espace et le temps tels que nous les connaissons n’y existent pas. Elle n’efface pas autrement dit les limites du temps et de l’espace, mais le temps et l’espace eux-mêmes. Lumière ou néant, cela personne ne le sait avec certitude ; éternité ça oui : temps absorbé, espace dissipé. La mort est éternelle, et l’infini son exact opposé. Dans les légendes d’autrefois, les mauvais princes quand ils mouraient se voyaient condamnés à errer sous forme de fantôme. Privés d’éternité, il leur fallait endurer un espace et un temps infinis ainsi qu’une punition qui n’a peut-être l’air de rien si on y passe vite mais qui à la longue est la véritable raison pour laquelle nous devrions les plaindre : privés de l’expérience de la mort, ils ne sauront jamais ce qu’il y a après la mort. C’est là l’enfer. C’est là la véritable damnation. Or aujourd’hui il semblerait que le sort de ces fantômes soit très enviable. La punition des contes pour enfant n’est rien de moins pour Google que l’objectif à atteindre. Il faut être drôlement sûr que ce qu’il y a après la mort n’est pas souhaitable pour souhaiter en priver les êtres.

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La tentation d’Adam

Imaginez un type sec au premier matin du monde, entouré d’animaux. Imaginez-le Adam sous un ricin dans sa fièvre onomastique, un crayon à la main en guise de sceptre, pour pas dire autre chose… satisfait, fantasque au dernier degré — il nomme et règne en prétendant régner : « Je suis celui qui dit ! A mon commandement, planètes, océans… Je dis cela qui est ! »

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Michel Serres

Ça me fait de la peine tout de même que Michel Serres — dont les volumes d’autrefois (les cinq Hermès surtout, ah et le discours de réception adressé à René Girard !) étaient intelligents et très précis au fond et imprécis et parfaits, et poétiques dans la forme ; ça me fait de la peine, je disais, que Michel Serres soit maintenant aussi crétin. Il ne s’aperçoit pas, cacochyme, que Petite Poucette, comme il dit, ce crétin, est à la psychologie collective ce que Little Boy fut au bien commun. Le mal s’est féminisé voilà, une hirondelle aussi peut tuer ; au lieu de couper les yeux des enfants il habite dans leurs bouches, à la place du langage et de l’amour des parents, dans un nid de boue, un cancer graisseux sur la conscience. Il tue l’âme à l’intérieur, et rien n’entend — la mémoire etc. C’est le drame des gens comme Michel Serres (et Victor Cousin à l’époque, hein mon cher, mon révéré Victor Cousin !) de passer à côté de ce qui est peut-être la seule vraie preuve qu’un philosophe est un philosophe, parce que c’est la seule vraie preuve que cet homme-là est plus libre que les autres : avoir compris, sentir, trouver… savoir quand s’arrêter.

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Halle aux grains

Le canal est sa ceinture, la cathédrale son contrepoint. J’habite près d’ici chez un ancien loueur de greniers. Les charrettes autrefois avançaient dans cette espèce de cour argentine où donne ma fenêtre, désorientée plein sud, et dont une glycine a envahi les murs orange. C’est un morceau du centre ville après les boulevards : une excroissance. Les clochards ariégeois et les commerçants échangent leurs procédés sous l’oeil invincible de Saint-Aubin, gros temple rouge au profil anglican. Les tatoueurs, leur magie noire… Les soixante-huitardes et leurs chiens aveugles… Les héros controuvés, écrivains, coiffeurs, fromagers sioux… La Halle aux Grains depuis quatre ans est mon manège et ma yourte et parfois hein c’est ma pyramide d’Égypte.

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