Famille

De même que la vocation d’une famille est de donner aux enfants la vie et l’équilibre (on oublie parfois l’équilibre), de même la vocation d’une famille est de donner à l’être-ensemble la vie et l’équilibre. “L’individu” est par nature déséquilibré. Il ne penche que vers lui-même. L’enfant, les parents penchent vers un autre. C’est à ce penchant que tient l’ensemble. Il est la sub-stance dynamique de l’être-ensemble.

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Sous l’or et l’heure

Au chemin sous l’azur, à l’intérieur, c’était un nid
De pierre. C’était sous le foin la flamme et le vaisseau
Des années, la zone des entrailles et la terre,
Et le lait
Versé dans la cendre, c’était sous l’or et l’heure
La caresse du fer.

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Le rendez-vous manqué

Les rubans de sa robe autour de son chemin se sont entortillés comme quelques brins de vent
A midi dans l’été.
Au village on prétend qu’elle a manqué un rendez-vous
Avec un prince il y a mille ans
Au-delà de ces meules blondes qu’elle n’a jamais dépassées.
Depuis elle n’a cessé de vieillir,
Et de plus en plus belle elle a de moins en moins parlé.
Aujourd’hui, ce matin,
Je l’ai vue s’éloigner vers les meules,
Cette très vieille dame à la main d’un prénom.
Dans sa robe à colifichets comme une renoncule
Portée
Sur le dos, dans la poussière, sous la chapelle des ronces.
“J’ai rendez-vous” disait-elle, et elle emportait un bouquet.

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Saumons

Les volontaires de l’eau,
Vieillards décharnés par le courant venus mourir
Dans leur naissance,
Venus mourir
Entiers.

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Vingt ans

Il y a eu des navires sous la quille et l’ombre et l’Afrique,
Il y a eu des erreurs en forme de voyages,
Et des amis — et nous buvions du vin !
Et la nuit était prise et le jour avait faim.
J’ai eu vingt ans, mon amour, dis-moi si tu t’en souviens.

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La fin de l’avenir

Les fraises ont disparu sous l’encens et la peur,
Il y avait autrefois des parfums à cet endroit,
La légèreté, le printemps,
Où désormais il y a la suie et quand on la gratte un miroir sans tain,
Involontaire.
Il y avait la Croix, il y a eu l’Enfer,
Où désormais il y a les mors de l’administration qui sont la vraie sauvagerie,
La pure absence,
Qui sont le diable dans son enveloppe glaciale et méthodique.

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On l’aura tant brisée

C’était à l’âme un lieu de rassemblement,
Moins qu’un rempart au coeur, une résistance qui cédait et cédait encore
— On l’aura tant brisée ;
C’était dans un instant les griffes de l’espace,
C’était la nuit les réverbères, étoiles empaquetées,
C’était l’odeur du pain,
La chaleur sous la terre d’où monte la rosée,
C’était le feu l’hiver,
Tout ce qui n’a pas lieu, tout ce qui est léger,
C’était les dents d’Orphée dans le bois du violon,
Et l’aube, et l’arme,
Et la vigie sans grâce
Et l’encre encore en sang quand le livre est posé,
C’était l’été dernier qui n’est déjà plus rien,
Je ne suis pas certain d’y avoir même été,
C’était cela je crois, tu vois c’était beaucoup,
La vie,
Quand tu vivais.

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