Rendez-vous

Il ne faut pas s’abandonner, car “s’abandonner” suppose que l’on s’appartient. Il faut se rendre.

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Carpe Diem

Zone tranquille, sablonneuse de cette journée… Sans navire d’abord, j’ai eu faim, j’ai cherché. Vivant, je vivais. Maintenant je suis au bord tranquille et sablonneux de cette journée. Là-bas, une sirène est morte — dans sa bouche du sable — elle commence à empester.

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Dépôt lapidaire

Mémoire : dépôt lapidaire de la conscience, gargouilles de mes actes manqués, moisissures sur le marbre qui sans doute ont à voir avec le désir. Gorgone, ma mère… Et la morale : la maladie de la pierre… Le soleil autrement aurait tout repris. Il aurait tout lavé, s’il n’y avait eu dans l’herbe, devant les fenêtres de l’hôpital, ces blocs sinistres et irrésolus.

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La mort de Sénèque

Je n’aime pas Sénèque, ce Bouddha maigre… La description que Tacite donne de sa mort est ridicule. On lui coupe les veines du poignet, ça ne fonctionne pas, puis celles des jambes et des jarrets, toujours pas, il prend du poison donné par Statius Annaeus, ça ne fonctionne pas non plus, la mort ne veut pas venir, parce que la mort ce n’est pas “une chose” qu’on consomme. Il comprend, le pauvre, tout ensanglanté, séparé de sa femme qui finalement ne sera pas tuée, que la vie n’est pas l’inverse de la mort. Vivre, ce n’est pas “ne pas mourir jusqu’au jour où…” Vivre c’est vivre. La mort, pour la vie, est une question. En voulant consommer la mort, je refuse de poser cette question. Je l’évite, comme si je séchais l’examen après avoir suivi les cours sans en manquer un seul. La philosophie n’est pas là pour ça, ni la religion. Tout au plus, elles sont là pour aider à formuler la question, mais surtout pas y répondre. Seule la mort y répondra. Ceux qui veulent éviter de poser la question, ou croient pouvoir y répondre depuis la vie, en se donnant la mort, sont des idiots, rien de plus. Sénèque était un idiot qui, comme tous les idiots, refusait d’être inquiet, et cherchait l’approbation des autres et de lui-même. Il voulait être rassuré. Les stoïciens n’ont jamais cherché autre chose il me semble : toute leur philosophie est une tentative pour être rassuré.

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Nuit…

La chair des cavernes.

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L’étant est l’étant

La forêt est au supplice : sous le bois, dans la légère pugnacité des ombres, il n’y a pas l’hiver ou le printemps mais le charnier des anges. La nature n’était pas cet arbre, ces feuilles, la tempête sous le bosquet ou les voiles roses et mousseux de l’été. Ce n’était pas non plus le délire militant de Lucrèce. La nature est la nature, comme l’étant est l’étant. Si on ouvre au couteau des pierres, on n’y trouvera pas l’essaim doré du jour, n’en déplaise au synode, ou une volée de coccinelles, mais la pierre seulement. “Tu es pierre et sur cette…” Le Royaume est parmi nous.

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Orphée

Si Orphée ne s’était pas retourné, le monde était sauvé. La mort n’existait plus. Seulement voilà, Orphée s’est retourné. Il a voulu préserver la mort. Nous voulons la garder, la sauver. Nous la servons. Même au sommet de l’amour, nous lui restons fidèles… En fait, c’est elle que nous aimons. Nous adorons son mystère au lieu d’adhérer à l’évidence de la vie. C’est cela qu’il faut comprendre quand Orphée se retourne. Il n’a pas manqué de confiance en lui-même, ou en la vie, ou en l’amour. Il a eu trop confiance en la mort. Il savait qu’elle était là, et le sachant il s’est assuré qu’elle y soit. C’est sa confiance en la mort qui a sauvé la mort.

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