Le mystère impossible

Dans un monde qui a transformé l’union des corps en un objet de consommation (Youporn, etc.) ; dans un monde qui a transformé l’union du corps à lui-même — et l’idée d’une communion du corps et de l’esprit — en un objet de consommation (les courses Ironman, les salles de sport, le transhumanisme) ; dans un monde qui a séparé de force le signifiant du signifié ; un monde où “l’irrationnel” est devenu la cible des railleries ou au mieux le sujet de certains films d’horreur ; dans un tel monde, comment voulez-vous que le Mystère de l’Incarnation soit encore accessible ?

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Fin de partie

Dans la fontaine sans feu dans l’heure dans l’idée
Tout à entretenir son ennui
Le diable c’est-à-dire l’administration jouait aux dés
Et Dieu pris dans la zone et roi du premier jour
Par principe je crois plutôt que par amour
N’a pas voulu jouer
Résultat le temps l’horreur l’argent et les catégories
Sans le feu la fumée
L’urgence la pédagogie et les formulaires sont nés
Et pire le pire de toute cette histoire
La liberté

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America

Lecture du roman My Absolute Darling. Souvenirs de Lolita. Il existe un intérêt pour l’inceste chez certains des meilleurs auteurs américains qui serait impensable, ou en tout cas pas comme ça, chez nous. Une espèce de tension entre morale protestante et sauvagerie inca, les indiens sniffeurs de colle dans des parcs, le soleil rouge, les forêts humides et noires mais sans mystère, contrairement aux forêts allemandes qui sinon leur ressembleraient, et un ennui comme il n’en existe pas ailleurs qu’en Amérique. Un ennui mortel.  C’est peut-être aussi le sucre qui leur est monté au cerveau, “l’enthousiasme crétin” comme dit Houellebecq : Oh my God ! Quoi qu’il en soit l’inceste prend sous leurs plumes d’aigles biberonnés au mazout un tour littéraire, et la morale, l’éthique protestante soudain se plie, les mots se fracturent, surtout les épithètes, livrés à travers ces histoires sordides et, semble-t-il, banales, à une tectonique dont le résultat sur le lecteur est ambigu. C’est cette ambigüité il me semble qui est l’âme de la littérature nord-américaine.

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Réciprocité

Nous sommes tous la charité de quelqu’un d’autre.

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Le marchand d’or

C’était dans une ville électrique avec des zones vagues, à l’intérieur de la nuit sous la torpeur peut-être d’un store :
La boutique d’un fameux marchand d’or.
J’entre, j’essaye, je n’ai plus rien depuis longtemps.
Un comptoir a retranché l’éclairage sur lequel dort un insecte à forme humaine.
J’ignorais que les insectes pouvaient dormir ou que les hommes dans le sommeil pouvaient leur ressembler.
Le marchand a un corps glacial avec des antennes visqueuses et des espèces de poils,
Des dents molles, et il dort, il dort !
C’était dans ce faux cauchemar, hier, donc, chez ce fameux marchand d’or,
Sans ouvrir les yeux ni bouger les lèvres il a fini par me parler : “Je te signalerai.”
Et moi je n’avais rien, mon âme, j’étais sans souvenir.
“Je te signalerai.”
C’était dans une ville électrique hier où déjà plus rien n’existait.
“Tu m’appartiens, j’ai acheté ta vie.”

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Sous le langage

L’aiguillon sans couleur est entré lentement
Dans la Terre
Où la lumière depuis l’enfance a soif
Et vers ce jour où dit-on les couleurs étaient proches
Comme des filles
Comme des enfants dans une ronde
Avec à leurs poignets des bracelets de bois
L’aiguillon est entré sous le secret du monde

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De l’intelligence artificielle

L’intelligence est dans la théôria, dans l’étonnement, dans la question. Les êtres humains sont intelligents dans la mesure où 1) ils peuvent formuler le mystère de l’existence sous forme de question 2) ils peuvent accepter de vivre sans essayer de donner une réponse à cette question que pourtant ils se posent sans arrêt. Aucune machine ne médite, ne s’étonne ou ne questionne. Elles répondent. Elles sont efficaces pour répondre. Mais elles ne s’étonnent pas. Elles sont dépourvues de génie, parce qu’elles n’ont pas d’intériorité. Elles ne peuvent ni formuler le mystère de leur existence ni vivre avec l’idée qu’un mystère existe. Elles ne questionnent rien. La technique ne pense pas. Les machines ne méditeront jamais. Il n’y a pas de théôria automatique, pas plus qu’il n’y a d’intelligence artificielle.

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