Ne pensez pas que je sois venu…

Pourquoi n’as-tu pas apporté la paix ?
A quel prix l’amour veut-il la liberté ?
Qu’est-ce qu’il y avait cloué à la Croix
Qu’il n’y avait pas moins à l’Arbre de Judas ?
Quel fruit ?
Quelle semence aigre sous les mottes de terre ?
Quelle pierre taillée ?
Qu’as-tu donné d’incomplet ?
Quelle folie ? Quel lait ?
Seigneur, Seigneur, pourquoi doit-on aimer ?

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L’été

L’été ment
Les vacances n’avaient pas d’autre but
Barrières crémeuses
Amours défaits
C’est la pire des leçons la pire des vérités
L’été mentait il ment
Il a menti
Nous jouions dans le parc lorsque maman mourait

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Dominicanes

En vêtement blanc
Ils sèment vivantes les paraboles
Au cordage des âmes
Le grain de sénevé
Berger voici tes chiens
Semeur ce sont tes bœufs
Frères dominicains
Fantassins ordinaires
Prêcheurs
Tes bibliothécaires

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Le doute

Saint Thomas dans la plaie creuse sa victuaille
Et déterre dans l’ombre où plus rien n’est en vie
La bouche d’autre chose
Peut-être d’un pays
Autour des os noués
Des chairs
Il émousse les nerfs
— “Seigneur !” —
Et cherche où la Croix a planté son mystère

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Tu ne mourras pas

A Daphné

Tombe mon amour où j’ai ouvert les bras
Je te rattraperai si Dieu n’existe pas
Le Néant n’est plus rien quand ton ombre est dessus
Je ne l’ai pas moins épousée que toi
Au point que je vivrai quand rien n’existera
Puisque j’aurai ton absence à mon bras

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Abolition

Nous avons moins aboli les privilèges que la noblesse.
Nous avons moins aboli l’esclavage que le besoin d’utiliser un fouet.
Nous avons moins aboli la peine de mort, que la peine et, bientôt, la mort.

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Renoncer au découpage heures/minutes/secondes

Pourquoi aucun politicien, nulle part, n’a-t-il jamais proposé d’abolir le découpage du temps en heures, minutes et secondes ? Après tout, ce découpage est tout à fait arbitraire. Il s’agit d’une pure création des êtres humains, qui n’a rien à voir avec la nature, et du seul vrai “ordre mondial” jamais remis en cause par aucun état souverain alors même que c’est lui qui rend le travail aliénant. Lui qui permet de synchroniser les armées et d’organiser la guerre à grande échelle. Lui qui permet à l’économie financière d’être décorrélée de l’économie réelle. Lui qui rend les rapports humains si compliqués, bizarres et insatisfaisants. Lui qui a transformé la pratique sportive en une compétition permanente.

Nous faisons systématiquement l’expérience de l’absurdité d’un tel découpage. En matière de temps, la pratique contredit en effet la théorie qu’on nous impose : cette heure est passée trop vite, alors qu’on n’a pas vu passer la suivante, etc. Les heures ne disent rien du jour et de la nuit, des années, des saisons, des cycles, au point que nous sommes obligés de changer d’heure deux fois par an, ou de ne pas en changer, ce qui, dans les deux cas, est absurde. Ce découpage heures/minutes/secondes n’a été possible qu’une fois que la philosophie avait tourné le dos pour de bon à l’analogie. C’est le chef d’œuvre du nominalisme victorieux, et le vrai seuil de ce qu’on appelle la modernité.

Je l’écris encore une fois : pourquoi aucun politicien, nulle part, n’a-t-il jamais proposé d’abolir le découpage du temps en heures, minutes et secondes ? Ce découpage est une arme politique majeure. Ce n’est pas pour rien qu’une grande horloge est accrochée aux frontispices des mairies, des places boursières, des banques. Et je ne peux pas voir une belle montre sans penser que celui qui la porte a accepté d’être réduit en esclavage à condition que sa chaîne soit en or.

Renoncer au découpage heures/minutes/secondes, et organiser la journée en “début de matinée”, “fin de matinée”, “milieu de journée”, etc.,  rendrait au cours des choses la mesure et l’ordre : l’équilibre. Cela contribuerait à sauver l’environnement, mais aussi les rapports sociaux et le rapport à soi-même. Il y aurait beaucoup moins de trains, moins d’avions, moins de guerres aussi, moins d’usines, moins de villes, et, disons-le, moins de connards. Un tel renoncement n’aurait rien d'”idéaliste” puisque c’est ce découpage au contraire qui est une pure idée, un pur idéalisme. Il s’agit donc d’une idée tout à fait pragmatique, laquelle pourrait constituer une vraie solution, et peut-être même la seule solution possible, mais qui demandera un courage absolument héroïque à ceux qui voudront la mettre en œuvre. Il n’en faudra pas moins pour sauver l’humanité.

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