C’est sûr…

C’est sûr, on peut ne pas s’intéresser au monde, aux choses, aux mouvements des ondes, à la lumière, au temps. C’est sûr, on peut ignorer délibérément ce qu’est la musique, trouver que la science est “un truc d’intello”, et penser que l’art, la religion et la philosophie, au fond, c’est pour les autres, les profs, les vieux. C’est sûr, on peut penser que tous les avis se valent et qu’il n’est pas nécessaire dès lors d’apprendre quoi que ce soit. C’est sûr, on peut éviter la peinture, la sculpture, la danse, Bach, Shakespeare, se vautrer dans son smartphone, meubler sa vie comme on peut, prendre des petites photos débiles, manger au restaurant, regarder des séries et des émissions de télé, se plaindre à cause du travail et des enfants, passer ses vacances dans des resorts à la con, ne réfléchir à rien, gagner le plus d’argent possible, soupirer en croisant un pauvre dans la rue. C’est sûr… Mais qu’on ne vienne pas, une fois qu’on aura renoncé à tout ce qui a jamais rendu humains les êtres que nous sommes, qu’on ne vienne pas, par pitié, m’expliquer que nous ne valons pas mieux que n’importe quel animal.

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Les trois temps de la littérature

Tous les romans se déroulent dans le passé. En lisant un roman dont les verbes sont conjugués au présent ou au futur, j’ai quand même l’impression que les personnages sont venus, qu’ils sont allés. Par nature, le roman est imparfait, romantique.

Tous les poèmes ont lieu dans le présent. L’expérience poétique est synchrone. Lorsque Rimbaud écrit “J’ai vu des archipels sidéraux…”, il les voit, et les voyant il les fait apparaître. Le poète est présence. Le poème est parfait, mythique.

Une pièce de théâtre enfin est une prophétie. Je me dis en lisant Hamlet ou en l’entendant que cela finira par arriver, exactement de cette façon. Je me dis en lisant Tête d’Or que le règne de Simon Agnel viendra. Eschyle, Sophocle, Shakespeare, Racine, Claudel nous montrent l’avenir, et à quel point — par certains côtés qui sont l’essence même de leur art — il est réel et monstrueux : tragique.

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Le diable est une méthode (éditions Ovadia, 2019)

Le diable est une méthode

Dans cet essai, je prétends que les pires drames sociaux ont  la même cause depuis toujours. Ils sont liés à la tendance chez les êtres humains à diviniser des lois qu’ils ont édictées au nom d’un principe, qui, lui, contrairement à elles, était réellement divin, et auquel ils se sont empressés de tourner le dos aussitôt les lois fixées dans le marbre. Je crois que cette erreur n’est  pas seulement regrettable, mais qu’elle est le mal lui-même. La modernité lui a dégagé la voie. Le Malin règne, et les Pharisiens sont à son service. Certains se réfèrent à un livre sacré, d’autres  à un manifeste politique, d’autres encore aux droits de l’homme, aux lois du marché, au répertoire des possibles techniques ou aux lois de la nature, mais c’est toujours à une règle qu’ils se réfèrent plutôt qu’à un principe, et à la fin, c’est systématiquement la loi du plus fort qui a cours, celle du Malin.

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Rendez-vous

Il ne faut pas s’abandonner, car “s’abandonner” suppose que l’on s’appartient. Il faut se rendre.

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Carpe Diem

Zone tranquille, sablonneuse de cette journée… Sans navire d’abord, j’ai eu faim, j’ai cherché. Vivant, je vivais. Maintenant je suis au bord tranquille et sablonneux de cette journée. Là-bas, une sirène est morte — dans sa bouche du sable — elle commence à empester.

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Dépôt lapidaire

Mémoire : dépôt lapidaire de la conscience, gargouilles de mes actes manqués, moisissures sur le marbre qui sans doute ont à voir avec le désir. Gorgone, ma mère… Et la morale : la maladie de la pierre… Le soleil autrement aurait tout repris. Il aurait tout lavé, s’il n’y avait eu dans l’herbe, devant les fenêtres de l’hôpital, ces blocs sinistres et irrésolus.

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La mort de Sénèque

Je n’aime pas Sénèque, ce Bouddha maigre… La description que Tacite donne de sa mort est ridicule. On lui coupe les veines du poignet, ça ne fonctionne pas, puis celles des jambes et des jarrets, toujours pas, il prend du poison donné par Statius Annaeus, ça ne fonctionne pas non plus, la mort ne veut pas venir, parce que la mort ce n’est pas “une chose” qu’on consomme. Il comprend, le pauvre, tout ensanglanté, séparé de sa femme qui finalement ne sera pas tuée, que la vie n’est pas l’inverse de la mort. Vivre, ce n’est pas “ne pas mourir jusqu’au jour où…” Vivre c’est vivre. La mort, pour la vie, est une question. En voulant consommer la mort, je refuse de poser cette question. Je l’évite, comme si je séchais l’examen après avoir suivi les cours sans en manquer un seul. La philosophie n’est pas là pour ça, ni la religion. Tout au plus, elles sont là pour aider à formuler la question, mais surtout pas y répondre. Seule la mort y répondra. Ceux qui veulent éviter de poser la question, ou croient pouvoir y répondre depuis la vie, en se donnant la mort, sont des idiots, rien de plus. Sénèque était un idiot qui, comme tous les idiots, refusait d’être inquiet, et cherchait l’approbation des autres et de lui-même. Il voulait être rassuré. Les stoïciens n’ont jamais cherché autre chose il me semble : toute leur philosophie est une tentative pour être rassuré.

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