A propos de Nicolas Hulot

Profil limpide, rapace, page florentin aux jambes de cigogne et à la frange héraldique, il marche, il va, il entreprend, il filme, il photographie, il écrit, il annonce, dénonce, prend, méprend, espère, mais il ne prie pas. Ou pas encore, il ne croit pas en la prière. Partout où il est allé (partout donc) il a trouvé l’écho d’une même vibration, dans les nuages, les yeux des loups des Carpates, sous les mers de basse Californie, au fond de l’Afrique et sur les plateaux forestiers d’Amérique Centrale. Une énergie unique appelait à l’aide l’homme devenu égoïste, ce berger de l’Être transmuté en putain de l’Avoir ; il essaya avec les dents et le coeur, ou les yeux d’une caméra, de rappeler à ce diviseur que ce qui est unique ne peut qu’être unifié. Avec des gestes lents, l’oreille contre la pierre ou contre le ventre des panthères, entouré d’oiseaux, Hulot essaya de formuler cette contradiction : la nature existe en dehors de Dieu, qui est tout, avant tout et partout. Elle est amorale, pourtant son avenir est l’avenir de la morale. Contrairement à Saint François d’Assise, il n’avait pas compris qu’on n’appréhende et ne résout ce genre de contradiction que par le Très-haut. La télévision est au service de la politique moderne, et vice et versa, et la politique moderne sera ennemie de la nature tant qu’elle exigera que Dieu n’existe pas en public. Qu’est-ce qui est plus public et divin — à la fois et irrémédiablement public et divin — que la nature ?

Un saint c’est toujours un peu l’idiot du village. Lui il marchait en forêt, il jouait sur des cordes et sous l’eau, avec les mains, il parlait aux poissons. Il n’avait pas compris qu’il s’agissait davantage de convertir que d’enrôler et de prier que de sermonner. Plutôt l’espérance que l’espoir, et le Nouveau Testament que les accords de Paris.

Posted in Notes | 1 Comment

plaisanterie eschatologique

Au commencement était l’âme humaine accouchée dans la douleur, à la fin est la philosophie de l’Etat de Hegel.

G. Lukacs, Der junge Hegel, 1948.

Posted in Les autres, Plaisanteries | Leave a comment

Mauvais augure

Twitter c’est moins le Colysée que les tambours de guerre ; et sous les apparents antagonismes s’élève à l’oreille de ceux qui savent écouter une annonce unique et infiniment regrettable.

Posted in Fragments | Leave a comment

Le corps

Qu’est-ce qui est plus chrétien que le corps ? et qu’est-ce que c’est, un corps ? Que dit cette peau ramassée sur les chairs elles-mêmes traversées de capillaires blanchâtres ? Quelles sont ces poix et ces odeurs de terre ? et ces planètes, quelles sont ces planètes ? De quelle idole la lave des volcans est-elle l’excrément, et de quelle philosophie, la nourriture ? Pourquoi, surtout comment — le corps fut-il lié ? De quelle divinité est-il  la prison ? De quelle divine solitude, la clef ? L’amour ? Qu’est-ce que l’amour sinon la volonté inscrite dans un corps de remplacer le monde entier ? Qu’est-ce que l’amour sinon ce qui a fait du corps une œuvre d’art, vouée comme toutes les œuvres à connaître Dieu depuis l’alcôve glacée d’un narthex ? Car le corps n’est-ce pas est moins l’obstacle de la morale que sa duplicité, de même que le sexe est moins ce qui empêche Dieu de nous rejoindre, comme le prétendent certains épicuriens, que ce qui nous supplie de l’écouter. Le sang ne parle pas mais la Parole a saigné.

Posted in Notes | Leave a comment

Insomnies

François avait mal dormi dans sa chambre d’hôtel avec sur le meuble des hortensias synthétiques et des bonbons acidulés à la menthe et à la fraise des bois. Le matelas était rembourré, aucune raison de se plaindre à l’écolier pâlichon embauché pour distribuer aux clients les clefs et les indispensables dépliants ; quant à la température dans l’établissement elle était tout à fait acceptable, malgré le froid métallique sur lequel un vent descendu depuis les récifs pointus de Gaspésie soufflait comme sur un feu qu’on attise ; seulement voilà que depuis quelques mois il n’arrivait plus à trouver la bonne position (celle capable sur demande de voir deux fois midi au cadran). Son excitation en sortait grandie, de même que ses colères ou certaines trouées mélancoliques ; bizarre sensation d’être à la fois plus humain et moins là.

Posted in Fragments | Leave a comment

La méthode hégélienne, une forme participative d’objectivité

Hegel ne pense pas contre lui-même mais contre soi-même, il engage le lecteur. Cette forme de dialectique conjointe est assez étonnante et, il me semble, malgré tous les prétendus imitateurs de Hegel, inimitable, ou en tout cas inégalée. La contre-pensée (aufhebung) génère un “avec” qui fait du lecteur le support de la pensée au même titre que celui qui pense, de sorte que la pensée n’est pas soumise, comme c’est le cas en général, au lecteur, mais supportée par lui. Voyons cet extrait des Leçons sur la philosophie de la religion :

Par la pensée, je monte vers l’Absolu et me dresse au-dessus de toute finalité ; je suis conscience illimitée et en même temps conscience de soi finie, et cela en accord avec la totalité de ma constitution présente empirique. Les deux côtés se recherchent et se fuient en même temps. Je suis, et il y a en moi et pour moi, ce conflit mutuel et cette unité. Je suis le combat. Je ne suis pas l’un des combattants. Je suis au contraire les deux combattants et le combat lui-même.

Ici, le “Je” a une consistance double, qui engage le lecteur. Sans devenir ce “Je” le lecteur y participe, de sorte que la pensée produite participe du lecteur. Hegel ne s’efface pas, au contraire, il se dévoile et, ce faisant, rend soluble sa pensée dans la pensée du lecteur. Il en ressort que la phénoménologie est moins un subjectivisme, comme je l’ai cru longtemps, qu’une forme verticale et “participative“, dirait-on aujourd’hui, d’objectivité.

Posted in Notes | Leave a comment

Réelle (2018)

Roman paru le 22 août 2018 aux éditions de l’Observatoire

Revue de presse

LE livre que l’on attendait sur la télé-réalité, symbole des nineties et emblème de toute une génération. Un roman d’une grande sensibilité, qui s’inspire autant de Rene Girard que de Clément Rosset. —Les Inrocks
Un hommage à la décence des gens et des vies ordinaires — Le Figaro Magazine
Un roman familial qui dans cette veine donne ses scènes les plus réussies — Libération
Beau comme du Pialat — Les Inrocks

Présentation de l’éditeur

Enviée, choisie, désirée : Johanna veut être aimée. La jeune fille ne croit plus aux contes de fée, et pourtant… Pourtant elle en est persuadée : le destin dans son cas n’a pas dit son dernier mot. Les années 1990 passent, ses parents s’occupent d’elle quand ils ne regardent pas la télé, son frère la houspille, elle danse dans un sous-sol sur les tubes à la mode, après le lycée elle enchaîne les petits boulots, et pourtant… Un jour enfin, on lui propose de participer à un nouveau genre d’émission. C’est le début d’une étrange aventure et d’une histoire d’amour intense et fragile. Naissent d’autres rêves, plus précis, et d’autres désillusions, plus définitives. L’histoire de Johanna est la preuve romanesque qu’il n’y a rien de plus singulier dans ce monde qu’une fille comme les autre
Posted in Romans | Leave a comment