Je me demande…

Je me demande ce que les Grecs ou même les Latins auraient pensé de cette civilisation où la morale est partout présente, et où la vertu n’est presque nulle part. Je me demande ce qu’ils auraient pensé de cette société où la règle morale est partout imposée sans que le principe vertueux ne soit jamais invoqué. Je me demande ce qu’ils auraient pensé de ces individus qui croient que leur liberté — comprise comme “la possibilité de faire ce que je veux tant que cela n’empêche pas les autres de faire ce qu’ils veulent” et érigée au rang de cause à défendre — est ce qu’il y a de plus chère, et non la Justice ou la Vérité, dont la seule vraie liberté possible est un résultat (ce qui signifie qu’elle n’a pas besoin d’être défendue autrement qu’en défendant les causes — la Justice et la Vérité — dont elle est l’effet).

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Sept sorcières

Pharisaïsme, adoration de la force, nominalisme, cartésianisme, french theory, libéralisme, transhumanisme. Avec ça, vous faites brûler l’Homme.

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Je vivrai

Ainsi que dans une rose, la lumière, les pétales, la glace et les gouttes d’argile du matin sont alternés, emmêlés les uns à l’horreur des autres, les autres au désir des premiers — et ensemble à la livraison du soleil,
La peau amère de la lune
— pareille au visage fendu et gras de cette rose blanche qui a poussé sous ma voix,
Mon âme poussera dans la tombe à l’intérieur de la pierre.

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Nominalisme

Nominalisme : le succédané des crétins.

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Fleuve Saint-Laurent

Sur l’île des Sœurs, le printemps chargeait l’air de fines pulsations. Des élévations roses montaient depuis les rues. Les plages ouvraient leurs paupières de galets, éveillées par des vaguelettes très froides. Des poches d’algues fermentaient au pied de la digue qui autrefois avait retenu une baleine dont les fanons, pourris au soleil, ressemblaient à des branches de palmiers. Les brumes empêchaient de distinguer où était la limite du Saint Laurent, et les limites en général. Le ciel, l’eau, les glissières des routes dans la poudre miroitaient. La lèvre granuleuse de l’horizon tergiversait à la poupe (qui embrasser, du soleil ou de l’ombre infinie ?) et ce faisant affectait jusqu’aux arbres dont le roulis ne permettait pas de dire si le vent soufflait ou si la terre avait tremblé. Un homme poussait un chariot vers un camion dont les phares tiraient un trait entre la devanture d’un magasin de journaux et la truffe à hublots d’une maison. Sur le fleuve, dans la lessive poussiéreuse, des marins récoltaient les troncs et les carcasses métalliques, les déchets, les pneus et des choses en plastique, à l’aide d’une usine flottante, orange, surmontée de grues et de conduits par lesquels s’engouffraient des mamelons de fer. Les mouettes piochaient dans les godets les poissons attrapés, en tâchant d’éviter d’être prises à leur tour, auquel cas les déchets se couvraient instantanément de duvet hirsute et de taches de sang. Les pêcheurs, retenus à terre, observaient la dragueuse depuis le quai du Cours-du-Fleuve, fumant, énervés moins par le spectacle que par l’inactivité qu’on leur avait imposée. L’un d’eux leva les yeux vers le bourrelet ferrugineux du Pont Champlain qui petit à petit prenait pied dans la brume.
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Un jour une femme

Un jour une femme trouvera mon chemin,
Cette même chanson ;
Elle aura sur le coeur ce qui dans mon tombeau ne sera pas à moi.
Elle aura l’oraison. J’aurai eu le combat.

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Chemin

J’étais dans la chapelle au supplice intérieur,
Entièrement livré au soutien des lueurs ;
“Abandonné” on dit — et sans joie,
aux délices du fer.
Dans mon landau, le premier jour,
J’avais le grain de peau et la liberté d’un vieillard.

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