Psaume 3

1. Dans le miroir plat (le miroir jaune et vert d’une chambre d’enfant dont l’humidité avait gonflé — gonflé jusqu’à l’extase — la voile du parquet),

2. Ce n’était ni mon reflet ni celui, idoine, d’un oncle d’Amérique, ce n’était même pas Malcolm Lowry, ni tout à fait un être humain ;

3. Pourtant celui-là nourrissait comme chacun d’entre nous — nourrissait dans le bois marmenteau de son cœur un champignon alcoolique.

4. En y regardant mieux le jour du déménagement, quand dans la chambre il n’y avait plus rien sinon ce miroir, ce miroir jaune et vert,

5. J’y ai trouvé Jésus embrassé par Judas.

6. Seigneur, seigneur, qu’y a-t-il sur Tes lèvres que les miennes ont manqué ?

7. Seigneur… qu’y a-t-il dans Ton âme que la mienne a livré ?

8. J’y a trouvé le bois d’un lit pour dormir : l’inverse de l’action, un orviétan qu’on se saupoudre sur les yeux

9. Pour mieux les fermer — et mieux, enfin, se transformer en pierre : à l’Esprit être imperméable, comme au fond d’un lac

10. Ce qui empêchera son eau de rejoindre la Mer.

François Peltier, Le baiser de Judas (2022)

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Guillaume Sire
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