Le mérite et l’égalité

La gauche et la droite reposent l’une et l’autre sur des illusions. L’illusion de la droite s’appelle “mérite”, celle de la gauche : “égalité”. Ces illusions proviennent en réalité du même mirage. A droite, prétendre qu’un individu et une entreprise puissent avoir “mérité” quelque chose suppose qu’ils soient partis du même point que leurs concurrents, égaux sur la ligne de départ. Dans les économies “libérales” fleurissent ainsi les autorités de la concurrence et autres organes censés garantir l’égalité des chances. “Puisque nous avons été traités sur un pied d’égalité, j’ai mérité mon succès, quand tu déméritais…”

A gauche, si un individu ou un groupe réussit à obtenir ce qu’il demande au nom de “l’égalité”, il prétend aussitôt l’avoir “mérité”. Dites à des conducteurs de train que les infirmières crèvent de faim pendant qu’ils se gavent, ils vous parleront aussitôt de “convergence des luttes” et exhorteront les camarades infirmières à combattre à leur tour pour faire valoir leurs droits à l’égalité. La lutte des classes permettra un jour aux plus petits d’avoir “mérité” l’égalité et la liberté.

La réalité la voilà : nous ne sommes pas égaux et nous ne méritons rien. Celui qui a davantage de moyens est davantage obligé. Le serviteur qui ne reçoit qu’un talent peut le faire fructifier ou non, idem pour celui qui en a reçu trois, ils n’étaient pas égaux, ne seront pas traités également, aucun d’entre eux n’a mérité de recevoir un ou trois talents, et le seul reproche qui pourra leur être adressé par le maître le sera pour avoir enterré leur talent plutôt que d’avoir essayé de le faire fructifier, de même que le seul compliment qui pourra leur être adressé le sera pour avoir voulu faire fructifier leur talent plutôt que de l’avoir dissimulé. Jamais le maître ne vante “les mérites” de ses serviteurs, pas plus qu’il ne les juge selon leurs péchés (Ps 102:10) . Il ne félicite pas le serviteur d’avoir “réussi” à faire fructifier son talent, mais d’avoir réuni les conditions pour que le talent, éventuellement, donne du fruit. Le mauvais serviteur n’a rien détruit, quant au bon serviteur il n’a rien produit, mais a su recevoir.

La droite veut produire, la gauche veut prendre, et les deux se trompent. Ce qu’il faut c’est recevoir, partager et rendre. En un seul mot : aimer. L’essentiel dans ce monde est déjà-là. La seule politique valable consisterait à L’aimer, à tendre vers Lui nos mains, et à ne pas enterrer ou garder pour soi les trésors qu’Il y dépose.

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