Élie Faure — Histoire de l’art (1927)

“Un grand mystère s’accomplit. Nul ne sait où il nous mène. Voici les hautes cheminées comme des colonnes de temple, les vivantes bêtes d’acier avec un cœur, un intestin, des nerfs, des yeux, des membres, les os de fer articulés comme un squelette, le tournement, le glissement, le va-et-vient mathématique des courroies, des poulies, des bielles, des pistons, les routes rigides qui luisent et s’étendent et s’entrecroisent à l’infini, la ronde silencieuse des coupoles astronomiques suivant le mouvement des cieux, les halls géants, les façades nues des usines, cathédrales dédiées au dieu cruel qui ne connaît pas d’autre loi que la production à outrance. Voici les industries de guerre d’accord avec les industries de paix, et bouillant avec elles dans le creuset sanglant de l’avenir, les monstres marins de métal, les insectes gigantesques qui volent avec un bourdonnement dur, les canons qui jettent le drame à vingt lieues, les dragons cuirassés qui rampent comme des chenilles, crachant la flamme et le poison… Tout cela net, sans ornements, tranchant, catégorique, ayant la pureté et l’innocence de la fonction indifférente au bien, au mal, à la morale, de la fonction naissante douée d’un appétit féroce, inassouvissable et joyeux.”

(…ici s’achève L’Histoire de l’art commencée par Élie Faure en 1909.)

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