Je travaille uniquement les surfaces, par aplats fins, de bleus de terre, d’azurite, bleus mêlés de noir et de violet, bleus volontaires, outremers organiques. Je les juxtapose en trapèzes. Pour les étoiles, je reste dans le registre de l’enfance, avec des losanges d’étain très rapidement passés au feu et des gommettes d’or mat. C’est une nuit naïve, sans profondeur, dont j’ai ramené à la surface les faces dissimulées, de sorte que les mouvements tridimensionnels auront davantage à voir avec la durée qu’avec l’espace. J’ai surligné les contours de mes blocs comme des yeux qu’on maquille, puis j’ai laissé sécher dans le noir. Quand elle sèche ainsi dans l’ombre, la couleur bleue se remplit d’une énergie silencieuse qui est celle-là même qui dans les Siècles a traversé la terre pour unir le ciel au fond des mers. C’est ainsi que malgré la naïveté géométrique de ma vision, la profondeur d’abord sacrifiée à la surface finit par affleurer, comme ces mammifères laineux que l’eskimo voit avec surprise renaître dans un nid de buée et de sang à la surface d’une mer immémorialement gelée.
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