Comment vas-tu?

Merci, cher ami, de me demander comment je vais. Chaque fois que cela arrive, je ne sais pas répondre. En réalité, je m’en remets à Dieu, j’écris autant que je peux — l’essentiel de mon travail est consacré, comme tu sais, à ce “Fontblanc” qu’il me faudra encore plusieurs années pour arracher au sable et à l’écume de mon royaume intérieur — cependant je ne crois pas que l’écriture sauvera quoi que ce soit, je m’occupe des enfants, j’aime Daphné, avec elle je partage tout, j’essaye d’aider mon prochain, je donne mes cours à l’université, et je lutte contre ces formes d’orgueil qui m’empêchent d’accéder à ce qui, en moi, est davantage que moi-même, et auquel j’appartiens. Je voudrais écouter le silence. L’âme est ce qu’il y a de plus vulnérable, de plus précieux, de moins à soi et de plus silencieux. Voilà pourquoi je ne sais pas répondre: “ce qui va” chez moi ne sait que se taire. Une seule chose peut être dite avec certitude: plus je vieillis et plus ceux qui prétendent montrer les muscles — Rousseau, Hegel, Nietzsche, les économistes, les politiciens, et ces artistes qui finissent par demander à leur art d’être rentable (économiste) et puissant (politicien) — me donnent envie d’exploser de rire et de fondre en larmes.

— Comment vas-tu ?
— “Joie pour les cœurs qui cherchent Dieu !” (Ps 104:3)

Unknown's avatar

About Guillaume Sire

Guillaume Sire
This entry was posted in Notes. Bookmark the permalink.

Leave a comment