Comme Maximilien Kolbe, en ce jour du quatorze août….

[1. Aux didjeridoos, à leurs toiles gluantes tissées entre Ciel et Terre, leurs percussions avides, leurs grondements grotesques…]

2. Lorsque le nid que des algues ont installé dans mes boyaux aura accouché d’un oeuf, souviens-toi de mon goût pour la justice.

3. Apprends-moi à mourir.

4. Comme Maximilien Kolbe en ce jour du quatorze août….

5. Découvre en moi la Charité. Recouvre-la de terre. Transforme-moi en pourriture, et qu’elle germe…

6. Afin que s’ouvre sous la pluie — la pluie immémoriale d’un Dieu qui pleure sur ce qu’il lave — la jeune fleur de mon supplice.

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L’oiseau mort entre les mains de l’oiseleur

[1. À ceux qui servent à la fois le Grand Dieu Blanc sur son trône d’or, et l’infâme, le petit dieu misérable dans sa crèche.]

2. Dans chaque jour, tu fais que le plus grand persévère dans le plus petit. La goutte d’eau contient une étoile effondrée. Le grain de sable transporte un coup de foudre.

3. Dans chaque jour, la beauté se renouvelle. C’est la fleur entre les plaques de béton. C’est le nuage. C’est une braise posée sur un miroir. C’est l’agate. C’est l’oiseau mort entre les mains de l’oiseleur.

4. Dans chaque jour, la nuit persiste. J’ai vu derrière les phrases son cou mauve, sa mantille, ainsi que les bagues vulgaires qu’elle porte même au bain.

5. Dans chaque jour : l’Amplitude. Dans chaque jour : l’Univers. Dans chaque jour : Chaque Jour.

6. Le brin de paille, la cathédrale, le quignon de pain, l’étoile, l’aumône et la plaque de fer.

7. Merci pour le contraste, pour la contradiction, et l’infinie ressemblance,

8. L’infinie dépendance, l’infinie vassalité de ce qui est infiniment grand à ce qui est petit.

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Dans la pente aiguë des vacances

[1. À l’autoroute de l’Assomption, aux brûlures, à la solitude mortuaire des coffres de toit…]

2. L’aurore sera pour moi à la fois conquise et offerte, un cadeau arraché aux mains baguées de son propriétaire,

3. Le soir un don obligatoire, bijou égyptien, à mes amis et à mes tantes astrales…

4. Je ne ferai plus rien. Mes racines pousseront sous le sable.

5. Je te retrouverai, mon âme, par-delà les morses enduits de crème cinquante, et les cris haineux des enfants…

6. Je retrouverai ton nom dans la pente aiguë des vacances.

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Le château Laurens

La chaleur du mois d’août roule sa grosse vague compacte et salée, sa grosse vague noire et affolante, sur le tambour blanc de la mer. Nous sommes à Agde, où il est question de visiter le « château Laurens » qui a, paraît-il, été restauré. Je ne sais rien d’autre, ni mon épouse. Nous traversons la région par hasard. Je sais qu’il y a à Agde des partouzeurs, occupés jour et nuit à plonger la tête dans de grands saladiers de prosecco. D’ici aussi, on aura chassé Dieu.

Le château Laurens a été construit à la fin du vingtième par un gosse orgueilleux et richissime, entre l’Hérault et une voie de chemin de fer. Après avoir traversé les colonnes égyptiennes, sombres, inégalement plantées, la lumière du soleil dessine sur le sable un clavier de piano. Une guide bizarre, gentille, mielleuse, boitillante, nous accueille. Il y a aussi l’homme de sécurité, jeune et très beau, pantalon et T-shirt noirs, lunettes noires, cheveux noires plaqués en arrière. Il referme derrière nous la grande porte du hall d’entrée.

À l’intérieur, nous comprenons que nous nous trouvons dans un délire néo-gothique, comme Philippe Muray a su les décrire dans le XIXème siècle à travers les âges. Nous barbotons dans la gaudriole sataniste. Des serpents s’entortillent aux gonds des portes. Partout, c’est la mort, le culte de la mort, isis et son phallus enchanté, l’opium phosphorescent de l’Être Unique, la sodomie des Premiers Âges, le dieu-renard des pédophiles.

Ah, l’humanisme neuneu de ces bébés capitalistes ! Combien Satan s’en sera-t-il régalé ! L’homme mesure de toute chose ! L’argent dégoulinant ! Tout de suite, nous comprenons que la salle dite « de musique » est une chapelle sacrificielle, où des chauves-souris à bites d’éléphant menacent le bain des ablutions. Nous voilà à Locus Solus. Une ondine boit dans une carafe de cristal la pisse du patron. Les tables n’ont qu’à bien se tenir ! Aux chandeliers pousseront des cornes ! Les coups fouet façon Orta, ici, ne seront pas donnés à rien !

En fait, c’est le délire industriel, autrement dit la fièvre consumériste, accouplée à un péché d’orgueil hallucinatoire et à la certitude de l’avènement d’un âge d’or dont les gendres idéaux seront les anges polygames. Elon Musk, Macron, les patrons de Google et les milliardaires transhumanistes, crétins et narcissiques, sont semblables à Emmanuel Laurens. C’est l’inverse du facteur Cheval… Emmanuel Laurens, dont le prénom est christique, n’arrête plus de tuer son père en surchargeant son legs de motifs architecturaux parfumés, jolis et dégoutants comme des fleurs tueuses d’enfants. Puis d’enfermer sa mère dans la loge de la gardienne, à droite en rentrant, sa mère pieuse, horrifiée par les cris venus du fumoir, et sa soeur trisomique.

Voilà qu’Emmanuel se prend pour un cathare ! C’est décidé : il rejoindra le plérome ! C’est ce qu’explique Bruno Montamat dans un article éclairant trouvé sur le web quelques heures après ma visite) : « Laurens s’est détourné des plaisirs terrestres et de la société de son temps pour se consacrer à la recherche de la sagesse profonde par la maîtrise des sciences maudites à l’instar de l’occultiste Stanislas de Guaïta (1861-1897), fondateur avec Joséphin Péladan (1858-1918) de l’ordre Kabbalistique de la Rose-Croix. Il est un « initié » comme l’atteste Bernard : « Toi de pure extraction et qui a hérité des marins, tes ancêtres, l’esprit, cruel et bon, de l’audace et de l’aventure ; toi qui, dans un siècle d’action aurait été le Maître, mais qui « en aquest segle flac e ple de marrimen »45 à l’incomparable mérite de rester un fier et solitaire contempleur de l’occulte Vérité comme l’étaient les Albigeois nos héros ».

En réalité, Emmanuel est paumé, et débile, comme son copain le maire d’Agde, Jean Bédos, franc-maçon naturellement, dégénéré, riche. Ah, comme le Diable est drôle ! Et comme il doit rire, le Diable ! Et comme il doit être déçu parfois que ce soit si facile !… Donnez beaucoup d’argent à un étudiant en médecine, et le voilà dans la soie et le cuir, à gueuler des incantations brahmaniques pendant que sa mère chiale dans la vasque et que sa sœur délire au milieu des totems incas.

Le château Laurens est ésotérique, millénariste, dualiste, gnostique, temple du prêtre Tausophronius. Bref, moderne. Emmanuel a été possédé par son fric, réduit à rien par le propriétaire du néant, spirituellement ruiné. La civilisation, à un certain degré, est nihiliste par nécessité.

Encore Bruno Montamat : « Après le baptême de l’eau reçu par hydrothérapie et sans doute électrothérapie, les trois membres de la famille Laurens se retiraient apparemment dans les trois petits couloirs austères d’une des pièces, véritables cellules d’isolement individuel, où ceux-ci pratiquaient « la repentance, le jeune, l’abstinence, la continance, la veille et la méditation ». Le papillon de fer forgé de la grande porte confirme, d’ailleurs, cette métamorphose mentale et physique obligatoire avant l’obtention des sacrements. »

Avant de fuir cet horrible endroit, nous apercevons un homme assis sur un banc et une femme qui dort, la tête posée sur ses genoux. L’homme, chauve, au T-shirt en lycra jaune, nous apostrophe avec agressivité : « Vous n’avez pas aimé ? Tout le monde aime « ! » La femme ne se réveille pas. L’homme lui caresse les cheveux. « Non, dit mon épouse, je n’ai pas aimé. » « Pourquoi ? » demande l’homme comme si nous lui devions quelque chose. « Parce que je crois en Dieu et en la beauté », répond mon épouse. « Qu’est-ce que Dieu viendrait faire là-dedans ! » s’écrie l’homme.

Il ne faut pas lutter contre les vices mais contre les rites diaboliques, car ils justifient les vices. Il ne faut pas lutter contre les mauvaises idées mais contre les faux dieux, car ils enfantent les mauvaises idées. Le château Laurens est un de ces nids sordides et colorés où ont pondu les faux dieux de la modernité et où ont été pratiqués les rites diaboliques de l’humanisme. Le Malin vous y attend. Une femme dort, la tête posée sur ses genoux. Tout est beau là-bas, lumineux, restauré, propre. Comme en enfer, on vous y accueillera doucement.


[1] https://carnetparay.hypotheses.org/489

[2] ibid

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En un mot, sache en moi ranimer

[1. Aux anciens amis, ceux que l’Opaque a emportés, parfois à quelques mètres, pourtant si loin…]

2. C’était le vieux château, c’étaient de vieilles pierres… Enfant, les premières prières…

3. Nos jeux, nos fortins, nos bérets, nos fantômes… Dieu haïssait la pluie.

4. Vous étiez mon âme, celle que j’avais choisie.

5. Vous étiez les arbres immenses poussés autour de mon lit.

6. Vous m’avez appris à boire du vin, à m’écorcher les genoux, à compter mes larmes et à reconnaître les oiseaux.

7. Nous avons volé une 503. Nous avons tué un canard au Jardin Royal, dans la croix de nos lance-pierre. Sa graisse crépitait.

8. Tant de promesses, autant de cigarettes ! Et vers les filles : nos grands regards élémentaires…

9. Peuple de ma jeunesse, temps héroïques, où êtes-vous passés ? À quel martyr Dieu vous a-t-il convoqués ?

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Benjamin Fondane — Titanic/Radiographies (1937)

Peut-être sommes nous les mêmes un peu partout
le temps peut-être est-il le même —
c’est pour cela que rien ne change
que seul vieillit le changement.

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Corps et esprit

Les pèlerins d’Emmaüs sont semblables au corps et à l’esprit
Qui s’étaient côtoyés difficilement, jusqu’à ce jour où la mort de Jésus les rassembla sur un chemin… oui, mais lequel ? Ah, et cette poussière !
D’habitude, ce qui satisfait l’un veut blesser l’autre, et trahit celui-là pour servir celui-ci.
Celui-ci tire, celui-là pousse ;
Celui-ci cherche, celui-là dort,
Et le désir de celui-ci est la petite mort de celui-là. Hélas, disent-ils, “ce que Dieu a uni…”
Mais voilà cet inconnu, qui accorde son pas à celui-ci autant qu’à celui-là.
Il écoute celui-ci et entend celui-là, de sorte qu’à son intercession…
Il le reconnaîtront à la fraction du pain : le fruit pendu à l’arbre, vertical et horizontal,
L’intersection…
Corps et esprit ont vu l’époux par qui tout vient, par qui tout est passé.
Voilà pourquoi ils marchent, voilà où ils allaient.
Leurs désirs accordés, ils marchent désormais, ils marcheront d’un seul pas, qui est celui de l’âme,
et s’ils s’inquiètent encore (et ils s’inquièteront…) ils trembleront à deux,
Comme un seul homme et droits, ils seront droits comme la Justice.


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Le pain de ce jour

[1. Aux farines aérolithes, leur poudroiement, et, dans la lumière, à leur conatus. Persévérante poussière…]

2. Tu nous as donné hier les cailles rondouillardes de ta gloire.

3. Nos marmites de viande avaient les joues gonflées. Tu nous as donné la graisse, les gésiers, le sot-l’y-laisse et l’os parfait.

4. Et ce matin, qu’est-ce ? Cette fonction gluante à nos pieds, toute cette peau sur le désert, qu’il suffit de gratter pour qu’affleure du sang…

5. Mann hou… Qu’est-ce que c’est ?

6. Donne-moi, Seigneur, les gouttelettes au bord de l’évier, les miettes dans le tapis, les échardes, les plumes et les bobines de bois.

7. Donne à la matière, la matière… Fais que mon âme aspire son ressac.

8. Donne à ma bouche une main et à cette main des lèvres… Au nom de chaque chose : chaque chose…

9. Remplis mon coeur de cendre et de pommade.

10. “Veux-tu guérir ?” Mon Dieu, soulève-moi.

11. Fruit de la terre… Transforme-moi en pain.

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Nietzsche — John Cowper Powys (Fata morgana, 2019)

Ce n’est pas l’heure de parler abondamment de Nietzsche. Les voix du dissentiment se sont tues. La foule a cessé de hurler. Mais une chose bien pire lui arrive, la chose qu’entre toutes il redoutait le plus : on se met à l'”accepter” — les prédicateurs le citent et les théologiens l’expliquent.

De nos jours, ce qu’il implorerait, ce sont des Ennemis — des Ennemis acharnés, implacables —, mais notre époque ne peut en produire de semblables. Elle ne peut produire que la raillerie ricanante, ou bien l’approbation conventionnelle et apeurée.

Ce qu’on aimerait dire, dans les circonstances particulières où nous sommes, c’est que ici, ou , de nouveau, ce mortel adversaire de Dieu a raté son but. Mais qui peut dire cela ? Il visait avec trop de sûreté. Non, il n’a pas raté son but. Il a frappé ce qu’il s’était mis en devoir de frapper. Et cependant, il y a une chose qu’il ne put frapper ; qu’il ne put ni frapper, ni démasquer, ni “transvaluer”. Je veux parler de la Terre elle-même — la grande, la sévère, la sage, notre Mère à tous et qui supporte tout —, elle qui sait tant de choses et qui garde un tel silence!

Et parfois, quand on marche sur une route de campagne avec, dans les narines, l’odeur des mottes retournées et de l’humus pesant, on sent que même Lucifer en personne n’est pas aussi profond, ni fort, ni sage, que ne l’est la terre patiente et labourée et ses enfants brouillons. Une brusque poussée de sève, un refrain rabelaisien, une plaisanterie grasse, un gloussement de bon humour satirique, et la monstrueuse “épaisseur” de la Vie, son aplomb amical et sa nonchalance, son irrévérence grotesque, son âpre et ombrageux bon sens, ses fibres tenaces et sa formidable indifférence à la “distinction”, nous culbutent dans la fange — pour toute notre “distance” — et nous beuglent dessus comme un jeune taureau qui s’ébat.

L’antidote à Nietzsche, il ne fait pas le rechercher dans la compagnie des saints. Lui-même tenait bien trop du saint pour cela. Il faut le chercher dans la compagnie des rustres de Shakespeare, des buveurs de Rabelais et des souillons de Cervantès. En fait, tout comme les antidotes à d’autres excès nobles, il faut le chercher en plongeant son visage dans la terre humide et brute; en fouissant sous les hêtres à la découverte des faines. Une journée dans les bois, en été, avec Jeanneton, remettra la “Fatalité” à sa place et ramènera “l’Éternel Retour” à un fort modeste circuit. Et il ne s’agit pas là du renoncement au secret de la vie. Il ne s’agit pas de l’abandon de la quête suprême. C’est l’ouverture d’une autre porte; l’entrée dans un air différent; le retour à un niveau plus primitif du mystère.

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Argile

[1. Au potier, au sable sous ses ongles… Tournez. Je ne serai jamais à toi.]

2. Dès la première seconde, les chromosomes ont travaillé : feuille à feuille, sous la chancellerie d’un ventre…

3. J’ai été fondé dans les siècles, moi et ma poussière, et mes manies idiotes, mon orgueil astronaute, fondé…

4. Le hasard, c’est-à-dire Dieu, a voulu l’eau là, les bourrelets, la toison, les pierres à feu, le sang ici.

5. J’ai été enregistré sur le tour, au cadastre de l’éternité, désigné fils d’Adam parmi les plantes carnivores, les éléphants laineux et les fourmis,

6. Tiré de la mélasse des premiers temps, l’enfer géologique,

7. Et donné, vaille que vaille, au monde, étonnant de banalité…

8. Je ne suis presque rien, fragile et bête comme une fleur, inondé par mes manques, pourtant je suis parfait.

9. Je voulais remercier.

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La vraie joie

La joie est un paquet de chair et de sang. La joie c’est-à-dire l’inverse du bonheur.
La joie c’est-à-dire la justice.
Exigeante, elle dit la vérité.
Exigeante et douce comme l’amour, elle dit la vérité.
La joie est seule joie possible, et vraie joie, joyeuse… Son nom est espérance.
Anarchiste, elle met de l’ordre. Désespérée,
Aveugle et désespérée, elle choisit.
Exigeante comme la justice,
Aveugle et douce, exigeante et désespérée, et joyeuse,
Un paquet de chair et de nerfs, un bouillon de sang odorifère, suspendu à la croix…
Elle advient où le Ciel est tangentiel à la Terre
(Jamais longtemps : pop ! l’éternité…)



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La foi est inquiétude, appel, joie. Sonore et pitoyable, elle purifie, et grâce à elle l’Espace est un cas particulier du Temps. C’est un feu. C’est Le Feu. 

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Mon vertige haut et court

[1. À ces forces inouïes déployées par l’homme pour ne pas appartenir à Dieu. Les transistors. Les smartphones. Naturellement aux avions. Et puis aux cornemuses en peau de chèvre, pour rire un peu…]

2. Boire au miracle de ta coupe une douleur sans objet, le sang d’une blessure d’où le couteau aura jailli,

3. Y dissoudre ma lâcheté. La noyer d’où elle aura tiré sa source.

4. Pendre mon vertige haut et court.

5.Apprends-moi, Seigneur, à ne rien demander.

6. Permets-moi d’y nager, sous ta coupe…

7. Je veux avoir souffert au point d’appartenir.

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Matthieu, chapitre 20

“Vous ne savez pas ce que vous demandez.”

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Cent ou soixante, trente pour un…

[1. Aux premiers rangs, celui des chauves et des papillons obèses, à leur bonhommie, aux tentacules des oracles, aux artichauts d’Espagne, dits « pâtissons » ou « bonnets d’électeurs ».]

2. Terrasse en moi le sol pierreux, soulève les premières terres, celles qui dix siècles auparavant ressemblaient à de l’or,

3. Arrache en moi les ronces, c’est-à-dire l’anxiété,

4. Arrose, retourne, dénoue, conduis — toi que Marie-Madeleine aura pris pour un jardinier…

5. Jardine, Seigneur.

6. Empêche les oiseaux d’approcher, grâce à ta croix-épouvantail,

7. La cloche ensanglantée de ton cri.

8. Cent ou soixante, trente pour un… Fais-moi porter ton fruit.

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Matthieu, chapitre 13

“Toute la foule se tenait sur le rivage.”

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Et qu’enfin j’appartienne

[1. Aux blés coupés des champs, et surtout, parmi eux, aux souriceaux sans protection, ou aux enfants dans la piscine, leurs cris, la torpeur de Juillet, les premières trompettes du désir, la lecture de Michel Strogoff en pyjama sous la moustiquaire, bientôt le CM2…]

2. Je fonde en toi que deux et deux font quatre, dans ta folie d’amour, sous le couteau d’Abraham,

3. En toi ma raison d’amour, à la croix de mes pieds liés, où seule tiennent encore la prière, le silence, l’onde.

4. Volontairement, j’appartiens à ta volonté.

5. Fais de moi une chose, le râle d’une chose, cloue-moi au supplice de ton absence,

6. Je fonde en toi la gravité, qui est le seul principe physique universel — l’espace rendu sensible au temps,

7. En toi l’insolation d’un scout, à la fin de son camp, quarante-deux degrés à l’ombre — et il voyait des drapeaux ;

8. En toi l’hypothèse des orages…

9. Pense à travers moi,  Seigneur, fais de moi l’instrument de ta raison, et le jouet de ta folie, le couteau d’Abraham, la coupe, les clous,

10. Remplace dans mon âme la pulsion éthique par la conscience du péché, pour que je sois le pion de ta miséricorde,

11. Et qu’enfin j’appartienne à ce cri déchirant que Jésus a poussé sur le rivage.

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Lettre à Simon Falguières (auteur et metteur en scène du Nid de Cendres)

Cher Simon Falguières,

À la fin du Banquet, Socrate discute avec Agathon et Aristophane à propos de l’essence du théâtre. Aristodème, qui rapporte le discours, s’est endormi, ivre comme les autres :

« Une fois réveillé, il vit que tout le monde dormait ou s’en était allé, et que seuls Agathon, Aristophane et Socrate continuaient à rester éveillés et à boire dans une grande coupe, qu’ils se passaient de gauche à droite. Socrate donc s’entretenait avec eux. Des propos tenus Aristodème déclarait ne pas tout se rappeler, puisqu’il ne les avait pas suivis depuis le commencement et aussi qu’il avait la tête un peu lourde. Mais pourtant l’essentiel était que Socrate les contraignait progressivement à reconnaître qu’il appartient au même homme d’être capable de composer comédie et tragédie, et que celui qui est avec art poète tragique est également poète comique. Eux, ils cédaient à cette contrainte, ne suivant pas très bien et laissant choir leur tête ! Ce fut Aristophane, disait-il, qui s’endormit le premier, puis Agathon alors qu’il faisait jour déjà. »

Épilogue pour le moins étonnant, tout à fait inattendu chez Platon : en fait, c’est comme si le disciple de Socrate avait eu une intuition qu’il est incapable de démontrer, mais qu’il ne veut pas abandonner ; aussi nous la livre-t-il sous la forme d’un épi-logue, à travers les brumes alcoolisées de l’aube. Platon, dans ce passage, joue moins au philosophe qu’au prophète.

Comme vous savez, les Grecs n’ont pas résolu l’équation : ils étaient comiques ou tragiques, jamais les deux. Et personne — personne n’a été à la hauteur d’« il appartient au même homme » —jusqu’à Shakespeare. La solution, ce n’était pas un concept, ce n’était pas des phrases : c’était quelqu’un. En fait, Platon a eu l’intuition qu’un jour, deux mille ans après lui, Shakespeare viendrait. Voilà pourquoi il ne pouvait en dire plus. Il n’y avait rien à prouver. La fin du Banquet est la prophétie annonçant la venue de Shakespeare : l’élu, celui qui refondera le théâtre, et qui par là-même donnera à la vie un contre-point, pied à pied, sans oublier une seule de ses facettes : celui qui les embrassera d’un coup, d’un geste, un grand geste d’amour, et les transcendera en les rassemblant, et les rassemblera pour les transcender.

Avoir vu un ange ne garantit pas que le vent nous en fournira une portée. La venue de Shakespeare, si elle a été décisive, n’a pas fait beaucoup d’enfants. En France, la tragédie n’a jamais pu, sinon pour de rares exceptions (Don Juan peut-être …), se mêler à la comédie. Racine écrit Bérénice ou le Chien citron, mais pas les deux ensemble. Montherlant n’était pas drôle. Rostand pas tragique. Vigny a raté son théâtre. Musset était désespéré. Hugo dans le Théâtre en liberté est drôle, mais pas tragique, quant aux brocantes mélodramatiques qu’ils voudraient tragiques elles ne sont ni drôles ni tragiques. Claudel auquel on a raison de comparer votre travail – n’était pas drôle. Il a essayé avec par exemple Le Chinois dans Le Soulier de Satin mais on le sent forcé, c’est de l’humour d’ambassade.

Tragédie en grec c’est tragos-oida : le chant du bouc émissaire… Et c’est si dur d’être drôle quand Iphigénie a sa gorge sur l’autel ! Et qu’elle chante, avec sa voix pure ! Cela paraît si impossible !

Mais vous, Simon, vous avez mêlé le hoquet à la voix pure. Vous avez réussi, vous avec eux, eux par vous, comme très peu avant vous, et aucun en France à mon avis. Vous avez réussi sans vulgarité, sans conformisme, sans vaudevillerie, sans moraline, à être drôle en donnant à entendre la voix pure d’Iphigénie… Le Nid de Cendres est tragique et comique à la fois, tout d’un monolithe, vous tenez tout ensemble. Votre pièce répond à la vie, à toute la vie, à tous ses recoins, toutes ses ombres, ses plis, ses grandes plaines, ses montagnes, ses passions, son ennui, sa politique, ses secousses hormonales. Enfin, comme toutes les grandes oeuvres, elle questionne la figure du Mal, sans jouer le jeu de la morale, et sans répondre.

Cher Simon, vous êtes sans aucun doute un de ces hommes dont Platon a supposé l’existence à la fin du Banquet, lui qui n’en avait jamais rencontré un seul. Après avoir effectué à votre bord cette traversée du 3 juin 2023, à Toulouse, je n’ai aucun doute.

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L’autre archipel

Dans Le pavillon des cancéreux, Alexandre Soljenitsyne (1966) montre comment l’arbitraire de la maladie se substitue à l’arbitraire politique. On parle de l’un en parlant de l’autre, c’est La peste version russe, c’est à dire mille fois moins caricatural que La peste. La mort n’est pas moins aveugle et injuste que ne l’est le communisme. Ce n’est pas la justice qui est aveugle, mais l’injustice. Plus précisément, l’injustice est l’angle mort de la justice. La liberté est un rêve pour morceau de viande sur tourne-broche. Le capital, au pavillon, c’est la peau, ce sont les organes, et il faut les rémunérer, d’une rémunération qui coûte autant que ce qu’elle peut rapporter, et qui coûte toujours cher et qui rapportera peut-être un peu. Tout y passe : l’amour, le désir sexuel, l’amitié, l’ambition, l’ascendant d’une âme sur une autre, le collectif qui se fait et se défait comme un pâté autour du couteau. La vie est un goulag, un exil, et le Royaume n’est pas de ce monde, contrairement à ce qu’ont dit Tolstoï et les socialistes. Le mensonge, même quand il concerne le corps, est politique, et la politique c’est toujours de la biopolitique : une administration autoritaire (donc légitime) du vivant. Le mérite, avant d’être un concept libéral, est cellulaire et neuronal, commencé dès la fécondation. Par nature, chaque être humain est un gagnant, car non seulement son spermatozoïde a couru en premier — mais surtout parce qu’il en a conscience, contrairement à tous les autres animaux : profondément conscience… C’est cela d’ailleurs la conscience : j’ai gagné le droit d’exister — voilà pourquoi il ne peut accepter de perdre, même face à la vie. Nous ne pouvons accepter de mourir. Nous n’appartenons pas assez à la nature, qui est immorale, imméritoire, pour mourir, et pourtant nous mourrons, et pourtant nous lui appartenons. Même les membres du parti meurent. Là est la théodicée matérialiste. Celle du vingtième siècle. (Les chrétiens disaient: je n’ai rien mérité, mais Christ pour moi est mort et ressuscité, donc j’ai le devoir d’exister.)

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Comme un lys au milieu des épines

Pour Louise Renée

Aux ronces du printemps, sa soie gluante fait comme à des doigts une pointe de sang,
— étranges fiançailles —
Obéissant à ce fameux principe voulant que quelque chose grimpe autour de ce qui descend.
Semblable à l’oreille, à la coquille, aux statues quand elles s’ouvrent, et à tout ce qui dans l’onde du Temps est éphémère et solide,
Et couronné d’épines, semblable à Dieu dans son manteau de neige, le petit Dieu humble et parfait dans un océan de feu,
Le lys silencieux est une goutte de lait.

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