Platon aux premières lignes

Toujours revenir aux dialogues platoniciens… Un coup de mou, pouf : il reviendra, tu y reviens, c’est lui, c’était toi : Salut ! Etc.

La discussion reprend comme une ancienne partie d’échecs. Platon existe, il suffisait de s’en rappeler. Toujours y revenir, à Platon, chercher, comme un artisan à sortir un objet du feu, les genouillères usées, les mains veineuses, gonflées, l’alliance prise par les chairs, mais bien vivant, l’œil mouillé.

Le danger vient au début, les premiers vers, quand le dialogue cherche sa place… Ce sont mes strophes préférées. J’ai relu le début de chaque dialogue un million de fois. Tout se passe là, quand rien n’a été dit de précis ; Socrate en répondant se prépare à questionner. Ce sont les premières contractions pélasgiques, rapprochées de plus en plus, la fièvre maïeutique, aucun événement ne s’est produit mais, déjà, on sent que c’est possible… La prescience vient avant la science. La pensée arrive comme un frémissement par les entrailles du livre, elle se livre, l’ivre, analogie pour le big-bang. Tout est possible, à naître, et pourtant il n’y a rien, aucune structure manifeste, seulement l’hypothèse d’un incendie qui brûlera la civilisation pour des siècles, fœtus psychopolitique.

Exemple : avant la lecture du discours de Lysias, tout est possible encore, le monde peut être ci ou ça, tout aurait changé si le dialogue avait pris l’autre direction. On n’aurait pas les mêmes devises tatouées aux frontispices ! Socrate, d’abord, hésite : «  Oui, c’est ce qu’on dit… Il faut m’excuser, homme de toute perfection…moi, le premier venu… J’ai l’air de prendre ma récréation ?… je dis ça pour taquiner…  »

Il aurait suffi d’une inflexion, que Platon ait faim, que l’auditoire s’endorme comme à la fin du Banquet, il aurait suffi d’une mauvaise pierre, un caillou, une chute, un brin de pluie, un nuage, il aurait suffi que Socrate ait envie de… pour que le sort du monde soit différent et que le monde soit autre, car à ce moment du dialogue, la pensée n’existe pas, il n’y a que l’intuition, le bourdonnement sacré des abeilles, ça va péter, tu le sens mais l’orage n’a rien déchiré et il n’y a rien vraiment à déchirer. Cela viendra, la tension monte. Il y a un œuf cosmologique, la présomption d’un cosmos, une île à surgir, un océan à visiter, c’est du feu, une boule de feu, de sang et de lumière, le devenir et l’apparaître, sans l’être, c’est toute la matière du monde en un seul endroit qui n’est encore nulle part, l’origine de la pensée et c’est l’origine de cette origine, divination métaphysique : esse, ecce, c’est !

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