Le sens de l’écriture

Les Occidentaux écrivent de gauche à droite, dans un mouvement qui part du cœur et s’étend, comme s’ils créaient le paysage à mesure qu’ils le découvraient en poussant vers le bord droit le rideau du langage. Le soleil, chez nous, dans notre compréhension du soleil, c’est quelque chose qui meurt et qui en le faisant donne à voir ; ainsi l’écrivain. Les Moyen-orientaux vont dans l’autre sens, de l’extérieur vers l’intérieur, ils rassemblent, condensent et essentialisent ce que nous déplaçons, développons et potentialisons. Le soleil chez eux est un commencement, et c’est le monde qui vient à lui quand le matin a dissipé la nuit, alors que chez nous c’est lui qui vient au monde et c’est lui que la nuit a tué quand le soir ne veut plus commencer. Dans les deux cas il s’agit d’écrire mais nous décrivons et ils récrivent. Les Orientaux, enfin, ramènent la ligne de haut en bas et du lointain vers soi, au ventre, à la plaie ; ils inscrivent ; c’est le réel qui vient à eux, alors que les Moyen-orientaux le tirent vers eux et que nous partons à sa rencontre ; ainsi les Orientaux et Moyen-orientaux gagnent-ils en réalité en dépossédant le monde — ils ont ça en commun — tandis que nous perdons la nôtre en cherchant à le posséder.
Les Touaregs, eux, écrivent de bas en haut, comme si leur langue était celle de Dieu.

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Guillaume Sire
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