La mort de Sénèque

Je n’aime pas Sénèque, ce Bouddha maigre… La description que Tacite donne de sa mort est ridicule. On lui coupe les veines du poignet, ça ne fonctionne pas, puis celles des jambes et des jarrets, toujours pas, il prend du poison donné par Statius Annaeus, ça ne fonctionne pas non plus, la mort ne veut pas venir, parce que la mort ce n’est pas “une chose” qu’on consomme. Il comprend, le pauvre, tout ensanglanté, séparé de sa femme qui finalement ne sera pas tuée, que la vie n’est pas l’inverse de la mort. Vivre, ce n’est pas “ne pas mourir jusqu’au jour où…” Vivre c’est vivre. La mort, pour la vie, est une question. En voulant consommer la mort, je refuse de poser cette question. Je l’évite, comme si je séchais l’examen après avoir suivi les cours sans en manquer un seul. La philosophie n’est pas là pour ça, ni la religion. Tout au plus, elles sont là pour aider à formuler la question, mais surtout pas y répondre. Seule la mort y répondra. Ceux qui veulent éviter de poser la question, ou croient pouvoir y répondre depuis la vie, en se donnant la mort, sont des idiots, rien de plus. Sénèque était un idiot qui, comme tous les idiots, refusait d’être inquiet, et cherchait l’approbation des autres et de lui-même. Il voulait être rassuré. Les stoïciens n’ont jamais cherché autre chose il me semble : toute leur philosophie est une tentative pour être rassuré.

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Guillaume Sire
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