Fixatifs

Nos vaisseaux ont brûlé, et la terre est de plus en plus ferme même si le paradis est loin. Avons-nous créé quelque chose? Bien sûr que non, cependant nous l’avons retenu. Eau gommée, colle à poisson, température ambiante… On fixe d’abord avec les yeux, puis avec les mains, dans la phrase: dans son coeur hésitant. Pour les phrases les plus vives, on évaluera au lait tandis que pour les autres on injectera un peu de résine, en insistant sur les voyelles. En guise de pré-fixe: un corps hygroscopique. Aux hémistiches: ourlets, spatules! Aux suffixes : alcool soufflé ! Tchi-tcha! Les mots les plus velus seront imprégnés d’un mélange de sucre candi et d’essence de térébenthine. Il faudra les retenir sans les arrêter. “Sur ta parole, je vais jeter les filets.” (Lc 5:5). Laisser couler les phonogrammes, inspecter les répétitions à la flamme… Quand une phrase est trop dure, on pourra avoir recours au collodion. Les références les plus synthétiques, sur le marbre de l’éditeur, feront des enluminures boréales. Enfin, le vernis de la publication donnera à notre paragraphe un équilibre et un roussissement du meilleur effet. Sous les cédilles, pour l’instant, la poudre est fraîche. J’ai souligné les passages les plus ambigus au vénéda comme on fait dans les contes sous les yeux des princesses, au bleu d’indanthrone. S’il y a des fautes de rythme, je les couvrirai d’écailles médiévales, quant à l’orthographe trop tard, bienvenue… J’imprime!

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Guillaume Sire
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