Lettres de frère Aurélien (extraits 1)

aux possédants
(…) Il n’y a dans ce monde de vérité que dans la main tendue de quelqu’un qui reçoit vers quelqu’un qui donne. Il n’y a de dignité que chez les pauvres. D’altérité sans charité. Il vous faut devenir mendiants, et tendre la main aux plus pauvres non pas pour les aider mais pour demander leur aide, tout en sachant que plus ces pauvres-là seront eux-mêmes nécessiteux et plus l’aide qu’il vous apporteront vous sera nécessaire.

(…) Vous n’êtes riches que parce que vous l’avez souhaité et/ou parce que vous avez souhaité le rester. Pourtant vous devriez souhaiter être pauvres, car c’est ce que le Seigneur veut pour vous, et c’est ce qu’il a voulu pour lui-même. Dieu ne veut pas que vous ressembliez à ce jeune homme qui “s’en alla tout triste, car il avait de grands biens” (Mt 19:22), mais que vous soyez joyeux dès ici-bas. Or, de vraie joie, il n’y en a qu’une: la sienne!

(…)Il vous faut reconstruire en vous son image, qui est la seule vraie richesse, et qui est l’image d’un homme pauvre torturé à mort sur une croix. Aussitôt que l’on souhaite autre chose que de mendier le nécessaire, les ennuis psychologiques et sociaux commencent.

(…) Si vous vous dites que la richesse vous permettra de mieux vous soigner, vous vous trompez. La tentation de la bonne santé est comparable à celle de la fausse richesse. Si les efforts que vous faites pour “avoir de quoi vous soigner” vous éloignent de Dieu et s’ils vous éloignent de ce prochain que Dieu vous a demandé d’aimer comme il vous a aimé, alors ils sont mauvais. Seuls les sacrifices et les efforts de Jésus sont adorables, et le Christ n’a jamais rien fait dans le but d’avoir de quoi se soigner. L’huile sainte n’est pas une pommade, mais une sueur de sang! Priez pour qu’il vous pardonne plutôt que de lui demander de prolonger votre vie de pécheur.

(…) Nous avons créé Font d’Or pour que les pauvres ne soient jamais seuls, c’est-à-dire pour qu’ils ne quittent jamais le voisinage des pauvres. À Font d’Or, les possédants se sentiront seuls, étrangers et indignes, alors ils voudront posséder la vraie richesse. Ils mendieront et, pour la première fois de leur vie, goûteront à la vraie joie.

(…) Dans la mort, chacun de nous sera tout à fait pauvre; c’est pourquoi nous verrons Dieu : parce que nous lui serons “semblables” (1 Jn, 3:2). Le Christ a vaincu la mort. Avant lui, on pensait que la mort nous privait de nos possessions terrestres, mais depuis sa résurrection nous savons que la mort nous conduira au vrai trésor de ce monde pourvu que Dieu ait pitié de nous, de même que nous savons que pour passer à travers la Porte Étroite il nous faudra être nus comme au commencement du monde.

aux dirigeants
Les politiques ne devraient pas chercher à rendre les pauvres plus riches, mais à rendre les riches plus pauvres car la politique existe pour donner à l’homme sa dignité et car il n’y a de dignité ici-bas que dans la pauvreté. Voilà pourquoi les chefs eux-mêmes doivent être pauvres, les plus pauvres de tous. L’Église le sait depuis longtemps: le chef doit faire vœu de pauvreté, sans quoi il ne sera pas respecté.

(…) Il ne faut pas que la lutte des classes vise une meilleure répartition des richesses — cela reviendrait à croire que l’on peut en finir avec la pauvreté sur Terre — mais qu’elle vise à redéfinir ce qu’est la richesse. Pécher veut dire littéralement “se tromper de cible”. Si vous croyez qu’il vous faut une grosse bagnole, trois maisons et “de quoi voir venir”, vous vous trompez de cible. Voilà pourquoi les dirigeants devront être les premiers à renoncer à toute richesse, comme les prêtres. Les prêtres d’ailleurs pourraient être de bons dirigeants. Ils ont pris l’habitude de ne pas se tromper de cible. La cible c’est un homme pauvre mort sur une croix.

(…) Un système politique basé sur la charité authentique est un système qui veut sauver non pas ceux qui bénéficient de la charité mais ceux qui oseront la pratiquer. C’est un système qui pense que l’homme deviendra riche non pas quand il recevra ou, pire, qu’il économisera, le superflu, mais quand il donnera le nécessaire, comme cette femme pauvre qui “a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle avait pour vivre” (Lc, 21:4). Le plus grand problème de toutes vos politiques vient du fait que ceux qui payent pour les plus pauvres pensent que la société devrait porter cela à leur crédit, alors qu’ils en sont débiteurs.

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