Marc 8:24

« J’aperçois les gens : ils ressemblent à des arbres que je vois marcher. »

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J’écris l’Iliade

Le roi fait ce qu’il peut.

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Saint Jean de la Croix — La montée du Carmel (1584)

Pour parvenir à goûter le tout, ne cherche pas à goûter quelque chose.
Pour parvenir à posséder le tout, ne cherche pas à posséder quoi que ce soit.
Pour parvenir à être le tout, ne cherche pas à être quelque chose.
Pour parvenir à connaître le tout, ne cherche à savoir quelque chose en rien.
Pour parvenir à ce que tu ne goûtes pas, tu dois passer par où tu ne goûtes pas.
Pour parvenir à ce que tu ne sais pas, tu dois passer par où tu ne sais rien.
Pour parvenir à posséder ce que tu n’as pas, tu dois passer par où tu n’as rien. Pour parvenir à ce que tu n’es pas, tu dois passer par où tu n’es rien 

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Correction préface

En corrigeant une préface écrite pour une réédition de Victor Hugo, voilà ce que je viens d’écrire à l’éditrice :

“Page 12, il vous faudra mettre un espace insécable après “les ravages de la passion”, sans quoi les deux points “:” seront isolés en début de ligne.”

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André Suarès, s’il avait rencontré Simone Weil…

[Article paru dans Les Cahiers de la Marge “Sur André Suarès”, Paris, Nouvelle Marge, février 2025]

Dans un texte intitulé « Notre Pascal »[1], André Suarès a imaginé une rencontre entre Spinoza et Pascal. Les dates concordent. Suarès pensait que Spinoza aurait réussi à convaincre Pascal que la Bible n’était qu’un livre parmi d’autres. Devant la sagacité du « Prince des Philosophes », notre parieur préféré aurait retiré ses jetons. Je vous propose de renverser l’expérience en prétendant que si André Suarès avait rencontré Simone Weil (les dates concordent), il aurait abandonné son âme à Dieu. En quelques phrases prononcées à la fin des années 1930, la Vierge Rouge aurait réussi à agenouiller le Condottière.

Tout de suite, Suarès aurait été accroché par cette fille frêle et sèche comme une branche qui, malgré ses quarante ans de moins, lui ressemblait. Il aurait trouvé sa propre image dans ses yeux mauves et cerclés d’ombre. Lui si sensible aux êtres aurait reconnu chez elle la colère intelligente, coordonnée à l’instinct, de même qu’il aurait deviné, à fleur de peau, l’âme, tout entière ajustée au corps, et, dans les mains, un esprit consubstantiel à l’action. Il aurait pu la décrire avec les mots déjà convoqués dans son portrait de Sainte Catherine :

« Contre le nez fin, droit, mutin, les deux yeux à fleur de tête sont de grands yeux ronds d’épervier, ardents, fixes, oiseaux de proie. Avec ces yeux-là, dardés sur l’ouaille, elle perçait les cœurs ; elle jetait l’hameçon au fond de l’âme ; elle tirait à elle toutes ces faibles vies, la femme sans joie, le jeune homme dans l’angoisse, le moine tiède, le pécheur qui s’ennuie ou se dégoûte de soi. Mais sa petite bouche a toutes les moues, flèches inflexibles de la passion : bouche de petite fille, qui se met à parler au nom de Dieu ; bouche d’enfant qui prophétise, qui bénit et qui menace »[2].

Simone Weil l’éweilleuse perçait le mystère des êtres, et, comme André Suarès, dénonçait la fausse route du positivisme, abhorrait la puissance menteuse des chiffres et détestait ce qui, dans ce bas monde, n’est pas nécessaire à l’essentiel. Troublé par une âme aussi droite que dense, à l’approche de cette branche d’apparence sèche mais en réalité bourrée de sève palpitante, André Suarès se serait ouvert comme un fruit.

Simone Weil était juive, elle aussi. Elle portait, comme lui, la marque invisible du tétragramme. Sur ses épaules pesait le mystère du pardon tandis que sous ses pas brûlait celui du Paraclet. Ils n’appartenaient à ce monde ni l’un ni l’autre, à jamais exilés comme le sont tous les Juifs. Ce n’est pas pour rien que ces deux anomalies normaliennes ont vu, avant les autres, le danger métaphysique introduit en Europe par Adolphe Hitler. Ils avaient tous les deux senti dans leur chair ce que seraient l’utilité et l’hygiène transformées en valeurs, et pourquoi un tel nihilisme avait fait du peuple juif son ennemi mortel. Mais tandis que Suarès lisait Spinoza et écoutait Wagner, Simone Weil lisait Platon et écoutait le chant grégorien des offices liturgiques du Triduum — et tandis que le premier opposait à l’hitlérisme son lyrisme et son amour de l’art, la seconde lui opposait son humilité et son intelligence.

J’imagine une rencontre à une terrasse de café, quelque part dans ce siècle de feu noir, entre du fer et du béton, au bord des autoroutes pointilleuses de la haine. Une terrasse de café près de laquelle de grands camions chargés de missiles et de jouets en plastique circulent à fond. Les voilà face à face. Le vieillard et la jeune fille. Celui-là commande un thé afghan, il a de longs doigts ; elle éternue. Pressée, elle se contentera d’un verre d’eau du robinet. En le buvant, elle aura honte. « Il paraît que les Afghans n’ont rien d’autre, et qu’ils n’en ont presque plus. »

C’est Suarès qui commence, évidemment ; il est plus grand, plus vieux, c’est un homme — en arrivant, il portait un chapeau.
— Je ne tiens de vrai que l’Art, ô harmonie bénie, ô portes ouvertes de l’infini !
Elle boit son eau d’un trait.
— Vous ne répondez pas ?
— Je n’ai rien à dire, dit-elle.
— L’Art, qu’en pensez-vous ?
Elle réfléchit.
— Quand vous dites « les portes ouvertes de l’infini », moi je dirais « la vanité ».
— La vanité ! Vous n’y êtes pas… Les portes ouvertes de l’infini, c’est par là qu’on accède à la substance de la réalité. En fait, je ne crois pas à d’autre réalité qu’à celle de l’Art. L’Art, la passion exclusive du beau sous quelque forme que ce soit — une femme, une œuvre, une idée — toujours l’Art me tient, je ne respire bien que dans cette atmosphère, je ne suis heureux que dans cette action.
— Il ne faudrait pas dire « heureux », me semble-t-il, mais « satisfait ». Parce que vous confondez l’artiste et Dieu, vous croyez que l’artiste est capable de vous donner une grâce qui ne peut venir que de Dieu, et vous croyez être heureux quand vous êtes satisfait. C’est ce que j’appelle la vanité.
— L’artiste n’est pas loin de mériter ce nom de Dieu. Regardez Wagner : ne désigne-t-il pas en somme l’absolu, l’infini du beau et du vrai ?
— Je préfère le chant grégorien.
— Soit, mais n’êtes-vous pas d’accord qu’il y a du divin dans l’art ?
— Lorsque l’art est si beau qu’il efface ma volonté pour faire place à celle de Dieu, alors oui, il y a comme une espèce d’incarnation de Dieu dans le monde, dont la beauté est la marque. Le beau est la preuve expérimentale que l’incarnation est possible.
— L’art est divin ! s’écrie Suarès. Nous sommes d’accord !
— L’art est religieux, nuance. Une mélodie grégorienne témoigne autant que la mort d’un martyr, certes, mais l’on peut être religieux sans être divin.
— Les artistes sont des anges.
— Seuls les anges sont des anges, et parfois les artistes parviennent à les faire entendre.
— Giotto n’était-il pas un ange ? Et Michel-ange ?
— Ce qu’il y a d’anonyme dans leurs œuvres (cela, autrement dit, qui n’est pas de Giotto dans Giotto) ressemble à ce qui est divin. Une œuvre d’art a un auteur, et pourtant, quand elle est parfaite, elle a quelque chose d’essentiellement anonyme. Elle imite l’anonymat de l’art divin. Ainsi la beauté du monde prouve qu’il existe un Dieu à la fois personnel et impersonnel, et ni l’un ni l’autre.
— Comme la religion, l’Art vise la plénitude et embrasse profondément la douleur et la mort. Le divin sentiment de plénitude ! Le feu avec la lumière ! C’est la victoire sur la mort. Là, seulement, on se sent éternel.
— Le triomphe de l’art, comme celui de la religion chrétienne, est de conduire à autre chose qu’à soi-même. Ce n’est pas la plénitude qu’il faut viser, mais la décréation. Elle est l’unique voie du salut. Si l’art ne nous aide pas à nous effacer devant Dieu, pour lui appartenir, alors il est mauvais, parce que Dieu a consenti par amour à ne plus être tout pour que nous fussions quelque chose, et parce qu’il faut que nous consentions par amour (et grâce à l’art, pourquoi pas…) à n’être plus rien afin que Dieu redevienne tout. Tout ce qui ne va pas dans le sens de cette décréation est mauvais par essence.
— Vous avez dit que certains artistes arrivaient à produire un art religieux. Il existe donc un art qui est essentiellement bon, vous le reconnaissez.
— Bien sûr !
— Et cet art, selon vous, va dans le sens de la décréation ?
— Oui.
— Pourquoi dans ce cas tant d’artistes admirables, sinon tous, sont-ils malheureux ? 
— Parce que le malheur contraint à reconnaître comme réel ce qu’on ne croit pas possible. Pour un artiste, c’est rude…
— Ne devraient-ils pas être joyeux ces artistes dont l’art est essentiellement bon ?
— Ils sont joyeux.
— Ils sont joyeux, mais ils souffrent ? Comment est-ce possible ?
— La joie et la douleur ne s’opposent pas. Il y a une joie et une douleur infernales, une joie et une douleur guérisseuses, une joie et une douleur célestes. En outre, la souffrance dans le malheur et la compassion pour autrui sont d’autant plus pures et plus intenses qu’on conçoit mieux la plénitude de la joie. De quoi est-ce que la souffrance prive celui qui est sans joie ? Et si on conçoit la plénitude de la joie, la souffrance est encore à la joie comme la faim à la nourriture. Il faut avoir eu par la joie (une joie que les artistes ont pour seule mission de connaître et de nous faire connaître, nommée jubilation) la révélation de la réalité pour trouver la réalité dans la souffrance ; autrement la vie n’est qu’un rêve plus ou moins mauvais. Aucun artiste digne de ce nom n’est un rêveur.

Simone regarde sa montre, elle est pressée, sans doute parce qu’elle embauche à l’usine. Elle n’a pas mangé depuis trois jours. Ce matin, elle donnait des cours de grec à une voisine femme de ménage. Le vieil André Suarès repart seul à travers la ville, vers son appartement garni de livres anciens, de partitions et de gravures. Il se sent un peu bête. Pourtant il est l’un des plus grands poètes de ce siècle, il n’en doute pas, mais quelque chose en lui vient d’être touché par cette jeune fille sèche et droite. Quelque chose que Claudel, malgré de copieux efforts, n’a jamais réussi à entrevoir. La phrase résonne : « Aucun artiste digne de ce nom n’est un rêveur ». Une fois chez lui, le vieil André pose sur sa table de travail L’Éthique et Les Pensées. Finalement, il n’ouvrira ni l’un ni l’autre. Il ne les regarde même pas, car à ses yeux tout cela, désormais, ne vaut pas une heure de peine. « Pater noster qui es in cælis : sanctificétur Nomen Tuum… » Demain, André sera mort. Il n’aura pas seulement rêvé.


[1] André Suarès, dans Valeurs et autres écrits historiques, politiques et critiques, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2002, p. 25-32

[2] André Suarès, Le Voyage du Condottière, Livre de Poche, 1984, p. 476.

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Cathédrale Saint-Étienne de Toulouse : Sainte dissymétrie

[Article paru dans Le Point Hors-Série : Le pouvoir des cathédrales, novembre 2024]

Qu’y a-t-il sur Terre de plus parfaitement symétrique que la croix des chrétiens ? Verticale et horizontale, elle élève le monde en l’embrassant. C’est pour donner à ce double mouvement sa pleine ampleur théologique et politique que nous avons construit les cathédrales. La croix leur a servi à la fois de plan, de boussole et de paratonnerre. Dieu, pourtant, n’a rien créé de symétrique. Le ciel, les forêts, les montagnes, les plaines, les désert et l’océan sont d’autant plus parfaits qu’ils sont parfaitement dissymétriques. Pourquoi, dans ce cas, célébrer Dieu symétriquement ? 

Peut-être avons-nous oublié que la croix était un crucifix. Un homme y fut cloué dont la tête penchait du côté de son flanc transfixé, et dont le cœur battait du côté opposé. Ce qui est symétrique sur la croix vient des seuls hommes l’ayant conçue, quand la dissymétrie était d’un dieu supplicié.

Je ne connais pas de cathédrale aussi dissymétrique que Saint-Étienne à Toulouse. Elle est toute de fractures imprévues, d’arcs-boutants repris, d’alvéoles, de lignes, de déhanchements rouges. On dirait l’œuvre de Numérobis, l’architecte d’Astérix et Cléopâtre incapable de tirer un trait égal à l’autre. D’un Numérobis génial. La porte est désaxée par rapport à la rosace cistercienne. La nef dite « raimondine », de style gothique méridional, n’est pas dans l’axe du chœur, de style gothique rayonnant. Un colossal pilier claudélien, à la texture de vertèbre, appelé « pilier d’Orléans », fait la jointure de cet étrange squelette. L’orgue de tribune est en nid d’hirondelle, suspendu quelque part entre Ciel et Terre. L’œil se perd parmi les arcatures gothiques, les armoires du menuisier Vernot, les crochets feuillus, les boules, les godrons les fougères, les rinceaux, les fondations du IIIème siècle, l’emprise à oculus du XIème, les ossatures romanes du XIIème, les rénovations du XIIIème, les ligatures flamboyantes du XIVème, les stigmates de 1609, les pertes et fracas du 1er brumaire an XIV et les cicatrices de juillet 1913. Les époques se mélangent comme les repousses d’un banian millénaire. D’ici tout a été repris, défait, contrefait, étayé. C’est léger, imprévisible et harmonieux, comme tout ce qui dans ce monde n’a pas seulement été à l’Homme.

Nombreux sont les évêques et les princes ayant cherché à rendre à l’édifice une symétrie qu’à leur avis il méritait. Mais Saint-Etienne a regimbé, et pour des raisons diverses les projets de symétrisation ont échoué, comme si l’église voulait incarner ce saint patron sur la face duquel les pierres assassines n’ont probablement pas provoqué des blessures égales et propres.

La porte de la cathédrale jouxte celle de l’ancien palais archiépiscopal devenu préfecture de Haute-Garonne, dont l’architecture, elle, est symétrique. Ce fut le palais de l’évêque puis du préfet, dans les deux cas celui du pouvoir politique. Tandis que la porte de Saint-Etienne invite les passants à pénétrer dans l’édifice pour s’approcher de l’amour de Dieu, celle de la préfecture est fermée au public et garante de la justice des hommes. La proximité est saisissante. Si proches et pourtant si lointains, la cathédrale et le palais placent un Christ nu et crucifié, pendu au bois, face aux ors de l’archevêché devenus ceux de la République, scintillants au soleil. Deux pouvoirs : l’éternel et le temporel. Le dissymétrique et le symétrique.

En s’approchant, le touriste découvrira qu’une ruelle discrète et charmante sépare la porte de la cathédrale de celle la préfecture. Évidemment : une impasse.

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Un chartreux — Amour et silence (1951)

Les terribles conflits qui déchirent le monde sont la conséquence d’un manque général de vie intérieure.

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Ma liste

Ces derniers mois, Léon Chestov s’est ajouté à la liste des penseurs qui auront exercé pour moi une influence décisive. Il n’y a pas d’ordre à trouver parmi ces auteurs, sinon le mien, un ordre que je ne saurais expliquer, mais il existe entre leurs livres une chaîne secrète dont j’ai peut-être rêvé mais qui pour ma pensée a été décisive, au point qu’on puisse songer que cette chaîne n’a jamais été rien d’autre que ma propre pensée, et que celle-ci se mord la queue.
Platon
Pascal
René Girard
Nietzsche
Dostoïevski
Simone Weil
Thibon
Castellani
Illich
Léon Bloy
Saint Thomas d’Aquin
Heidegger
Kierkegaard
Chesterton
Martin Steffens
Thérèse de Lisieux
Catherine de Sienne
Saint Jean de la Croix
Sainte Thérèse d’Avila
Saint Paul
Jacques Maritain
Chestov

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Prière de Zachée

[Aux cordes pincées du kinor.]

Ce soir, Tu dormiras chez moi.

J’ai tissé pour Toi une natte; attaché un baldaquin de fleurs; disposé sur le bois et la pierre la laine d’angora,

Allumé les cierges sacrés d’Indra;

Poussé devant moi les œufs du scarabée;

Dénoué les écheveaux de poussière, ceux-là qui, dans l’ombre, au fond des dames-jeannes de Cana, rougeoyaient;

Nettoyé le sanctuaire avant d’avoir grimpé d’où je verrais l’Esprit…

Hélas, voir n’est rien !

Arrache-moi à ma chaîne, Seigneur, à la partition du péché, fais-moi tomber du sycomore.

Dans la terre, plante-moi comme un grain;

Puis ouvre en moi les mâchoires d’argent, celles-là qui broyaient les cendres à Milan, dans le préservatif héroïque des nuits sans embrasser (j’avais vingt ans).

Effondre ma pomme d’Adam sur la tête échevelée d’Isaac; inverse en moi l’équerre et le compas; attache ma raison

À Ton cœur dont la raison l’ignore.

Lance-moi dans la vie d’où la poussière est née, dans les vagins de feu,

Dans la technologie du manque, dans les machines à fabriquer des pauvres.

Rends-moi pauvre, Seigneur, transforme-moi en chose,

Et secoue dans mon âme l’aiguillon de l’espoir, agace-le, frotte ma gorge aux lames de verre du réel, plonge mes pieds dans l’eau bouillante.

Je veux le fer, la corde, le lin et le champagne. La consistance. Je veux, malgré cela, l’absence… jouir,

Et que ma pesanteur enfin appartienne à Ta grâce : au lait de Ton Principe…

Descends–moi du péché de mes phrases, où j’ai cru m’élever, en mon arbre,

Et suspends-moi au Tien — et mes mains seront des clous de douceur aux paumes de Ta Croix.

Ce soir, alléluia, Tu dormiras chez moi.   

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Marc 5:3

“…il habitait dans les tombeaux et personne ne pouvait plus l’attacher, même avec une chaîne;”

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J. M. Coetzee — Au cœur de ce pays (1977)

“Le jour viendra où un savant encore à naître saura gré à l’horloge d’avoir soumis à sa loi mécanique les contrées les plus sauvages. Mais connaîtra-t-il jamais la désolation de l’heure de la sieste qui tinte dans les maisons vertes et fraîches, quand, sous les hauts plafonds, les filles des colonies, allongées, les yeux clos, comptent les minutes qui s’écoulent?

Ce pays est plein de vieilles filles mélancoliques qui me ressemblent, coupées de l’histoire, cafards noirs dans les demeures ancestrales, vouées à astiquer les cuivres et à mettre les confitures en bocaux. Courtisées dans l’enfance par nos pères dominateurs, nous restons d’amères vestales, gâchées pour la vie.”

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Notre Père de la flagellation

[Aux bouquins de bois, slaptsticks, dont les panneaux frappés les uns contre les autres ont fini par dire quelque chose, un mot, presque une phrase…]

Notre Père qui êtes aux cieux

Venu vous mélanger à notre vie, à ses fonctions incomplètes, aux coups de pieds donnés dans la cour de récréation à Cécile Pujol, à nos articulations rayées, à la chair tout de suite insatisfaite et toujours impossible à refaire, écartée du cerveau par le même mouvement que celui qui m’a retenu sur le balcon de la rue du pont de Tounis — notre chair de crabe, croûteuse dans l’hiver, lorsque je m’ennuyais dans le Grand Salon Rouge.

Que Votre nom soit sanctifié

Et que nos langues parviennent jusqu’à Vous, et lèchent, avides, ce qui Vous a porté, saisissant non pas la vérité mais sa transe, un brin de vent sous les dunes du corps, celui de ma grand-mère dans un mouroir du quinzième arrondissement, à l’heure du chagrin, et Charlotte ne répondait plus au téléphone… être capable de prononcer, bêtement, Votre nom — phonographier le tétragramme.

Que Votre volonté soit faite sur la Terre comme au Ciel.

Que le fouet du Temps ouvre mes chairs, et y découvre l’impossibilité de la séparation, où l’âme à l’os a été cousue, tissée d’or à travers la pulpe — le fouet de l’indifférence aux pauvres et de la misère authentique, la charité asservie, le fouet des désirs, quand le goût de la merde se mêle à celui de la pomme et du coton, la fausse lumière des évidences, l’inattention, le fouet des philosophes, le fouet immonde de chacun — que ce fouet entre dans mes chairs et les ouvre sans les réduire à n’être que des chairs ; qu’il me couvre de plaies qui ressembleront à des sexes féminins d’où s’enfantera la Grâce, visible tout à coup à travers le sang, le cuir, les nerfs et la poudre à canon.

Donnez-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.

Le Fruit-poème, et sinon aucun mot, auquel cas le silence est à Vous ; aveuglez-moi en me voyant ; donnez-moi d’être une chose qui n’appartiendra qu’à Vous ; ôtez-moi l’illusion de la conscience ; émondez dans mon âme les mensonges de la mémoire. Votre fouet, Seigneur, sera lent et doux, et parlera en claquant la langue.

Pardonnez-nous nos offenses,

Qu’avec ce fouet vous ôtiez un à un les chancres de mon angoisse. Que vous arrachiez à ma peau la peur du manque, qui est une pierre de silex sur la paille du soi-disant libre-arbitre. Pardonnez-moi la colère, quand l’enfant n’a rien fait mais qu’il devient la cible, et quand le havre conjugal est sous le feu de Navarone ; les regards détournés ; la haine de l’argent ; l’impatience au restaurant de l’orgueil, où tout est gris et fade ;

comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.

Je suis un fouet traversé par Votre coriolissante Volonté, dont la pointe entraînée par une minuscule secousse, déployée franchira le mur du son. À Vos mains l’envie d’être, à Vos mains mon besoin d’être à Vous : conatus, murmure de la flagellation… Qu’ont-ils fait, ceux-là, après tout ?

Et ne nous laissez pas entrer en tentation,

Ne laissez pas se refermer ces plaies qui furent ouvertes sans séparer.

mais délivrez-nous du Mal.

Enfoncez Votre doigt dans ce qui a témoigné.

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Marc chapitre 4:17

“ils n’ont pas en eux de racine, ce sont les gens d’un moment”

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Entretien avec Zone Critique (31 janvier 2025)

Après son dernier roman Les grandes patries étranges publié aux éditions Calmann-Levy, Guillaume Sire nous revient avec une nouvelle à laquelle il donne le nom d’un arbre : Sycomore. En jouant avec la chronologie des faits, elle se présente comme un puzzle que le lecteur doit reconstruire pour comprendre ce polar. Un entretien d’Estelle Derouen qui explore les multiples aspects de ce texte dense et mystérieux. 

(Entretien publié sur Zone Critique en janvier 2025)

Estelle Derouen : Le texte commence un peu comme une fable : « Perché sur la branche d’un sycomore, André Martin observait Léon Escarré détacher les branches mortes d’un rosier avec son sécateur ». S’ensuit une succession de paragraphes, essentiellement descriptifs écrits au passé. Pourquoi cette distance avec ce qui est raconté ?

Guillaume Sire : Mes romans sont écrits au présent ; ainsi le lecteur assiste avec moi à l’action en train d’avoir lieu et en train d’être dite, présente et représentée (si c’est une fiction, c’est la même chose, n’est-ce pas ?). 

Pour ce texte, j’ai voulu au contraire dissocier ce qui est représenté de ce qui a été, ou n’a peut-être jamais été, présent. Le lecteur recollera lui-même les morceaux, ou bien il dégringolera dans l’abîme de silence qui les sépare, ça on verra ; en tout cas je ne lui tiendrai pas la main. Je me contenterai de dire « vas-y, saute ! », et ce sera peut-être un piège. 

ED : Vous jouez avec la chronologie des faits. C’est un peu comme si vous aviez mélangé vos paragraphes dans une boîte et qu’ils avaient été retranscrits par ordre de tirage au sort. Est-ce qu’en imposant ce détachement à la chronologie au lecteur tel un puzzle, vous tentez de le concentrer sur autre chose ? Pourquoi ce choix de forme ?

GS : « Puzzle » : la nouvelle s’appelait comme ça avant d’être renommée Sycomore. Tout ce que je préfère en littérature fonctionne sur ce principe. Voyez, par exemple, Faulkner. Sans doute le maître du genre. Parmi les écrivains de ma génération, voyez des gens comme Anton Beraber et Mohamed Mbougar Sarr… Ils écrivent des livres qui, contrairement à tant d’autres, ne ressemblent pas à la frise chronologique que le prof d’histoire avait punaisée au liège de ma classe de collège. Nos souvenirs ne sont pas linéaires, pas plus que nos sensations, nos pensées, nos sentiments… Quand on veut dire quelque chose de vrai, soit on simplifie à des fins de pédagogie ; soit on essaye (et c’est très dur : peu y parviennent) de transsubstantier l’événement, c’est-à-dire de l’encapsuler dans des phrases sans rien omettre de ses contradictions spatiotemporelles et psychologiques. Voilà pourquoi la seule littérature digne de ce nom fonctionne sur le principe de l’ellipse, du saut, de l’éclat. Elle ressemble à la vie. C’est le labyrinthe d’Astérion : ses hypothèses sanglantes et ses longs couloirs glacés, ses ombres, ses trouées de feu. La littérature nous projette dans le réel, ou bien elle ne vaut rien. 

ED : Votre texte met en avant la complexité de la réalité. Il y a ce qu’on croit comprendre, l’histoire racontée, et ce qu’il s’est vraiment passé. Au fond, que souhaitez-vous nous raconter ?

GS : J’aime ce que vous dites : « Il y a ce qu’on croit comprendre, l’histoire racontée, et ce qu’il s’est vraiment passé », car il me semble que cela est vrai pour absolument toutes les histoires racontées depuis l’aube des temps — qu’en pensez-vous ? Un récit a-t-il jamais été fidèle ? Fidèle à quoi, à qui ? 

Dans ce court texte, je n’ai rien voulu raconter et n’ai même pas voulu, comme dans mes romans, faire semblant. J’ai, comme on dit, « tourné autour du pot ». Je me suis déplacé autour d’un événement (la disparition du petit Georges) en me laissant aller à mon cratylisme et à mes instincts, leur pente douce… J’ai invité le langage à parler. Le lecteur, dans cette affaire, sera à la fois psychiatre et flic. Il devra dire si le pot a ou n’a pas existé — et si oui ou non le petit Georges pourrissait à l’intérieur.  

ED : Que représente ce Sycomore pour vous ? Car les arbres peuvent avoir une symbolique très forte, c’est par exemple le cas dans Jacaranda de Gaël Faye, qui a également donné un nom d’arbre à son livre.

GS : Un récit (pardon pour cette évidence) c’est comme un arbre, avec des ramifications souterraines et aériennes, et jusqu’à sa matière… Savez-vous que le mot « livre » vient du latin « liber » désignant cette fine pellicule que l’on trouve entre le dur du tronc et l’écorce ? Un livre est un arbre dont les feuilles ne tombent pas. Chacun de mes récits a été planté et arrosé. En ouvrant un de mes livres, ici le Sycomore, vous avancez dans mon Jardin. 

ED : Toute cette histoire est surplombée par ce Sycomore dont on comprend que c’est un rescapé. Vous écrivez : « La terre, près du puits de Léon Escarré, chauffe et crépite. Elle veut produire. Fendre la plaie. Voudrait rendre. Décidément, ce jardin est l’endroit idéal pour un sycomore. Si on enterrait un cadavre ici, il suffirait de deux étés pour que la terre l’ait entièrement digéré, y compris les os, les dents, les ongles et les cheveux. » On constate naturellement cette contradiction entre la nature foisonnante à l’image de la vie et la destruction de l’homme par l’homme à travers la menace de la mort, l’acide, le poison… Est-ce une manière de raconter que la nature nous survit ? 

Pas vraiment. La lecture littérale ici, genre « fable écologique » est une fausse piste. Comme je vous le disais à l’instant, le jardin c’est mon cerveau, mon cœur, mes souvenirs, mes penchants… Tout cela chauffe et crépite — que voulez-vous : je suis poète, c’est-à-dire que je préfère lire et écrire plutôt que de soigner mes blessures  — et c’était l’endroit idéal pour qu’y pousse un sycomore et pour qu’y pourrissent certains souvenirs, ongles et cheveux compris. L’acide, le poison, tout ce qui menace le jardin du Sycomore, c’est, si vous voulez, l’administration, la banque, l’hygiénisme, le nominalisme… C’est tout ce qui menace mon jardin en essayant de changer la nature de son sol. 

ED : On rencontre au moins 7 personnages dans votre nouvelle : André Martin, Léon Escarré, le petit Georges Manton, Albert Pennekamp, Béatrice Manton, Patrice Manton, l’abbé Monet. N’avez-vous pas craint de perdre vos lecteurs ? 

GS : Les lecteurs se perdront puis finiront par s’en sortir. Au pire, c’est comme un jeu vidéo : ils pourront recommencer. Trente pages, hein, c’est se perdre à peu de frais… Allez, en selle les gars, on recommence !

ED : On peut percevoir une dimension écologique à votre texte, surtout lorsqu’il est question des produits de l’usine Heva et de ses conséquences sur le sol et sur les humains. C’est un thème que vous souhaitiez aborder ?

GS : La lecture écologique est plutôt là pour brouiller les pistes. L’entreprise Heva ici c’est « l’agent extérieur ». Tous les poètes le savent : il y a toujours un agent extérieur qui vient s’implanter pas loin du Royaume pour foutre le bordel. De même, les poètes savent que le déluge ce n’est pas de la pluie qui tombe mais plutôt une force qui vient par en dessous, par capillarité, et qui corrompt l’essence des choses sans modifier leur apparence — et à la fin on se noiera pour le prétexte de mieux respirer. C’est tout cela l’entreprise Heva (prénom d’origine hébraïque qui signifie « Ève » ou « La Vie »). 

ED : Vous en profitez pour parler de l’accès à la pornographie chez les enfants, et ça revient à plusieurs reprises dans votre nouvelle. C’est un sujet d’actualité qui vous tient à cœur ? 

GS : C’était moins la pornographie ma cible que le smartphone. Tout est pornographique sur les smartphones. Je suis vraiment horrifié quand je vois 100% des gens dans le métro plongés dans ces écrans froids. Je pense à Gollum caressant son « précieux » en se ratatinant. Alors je prie secrètement pour que ce bon vieil Aragorn s’en tire, où qu’il soit, et qu’on puisse enfin célébrer le Retour du Roi.

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Et notre terre donnera son fruit

[Aux tamtams de la Miséricorde, quand ils ouvrent sous la pluie leurs grosses gueules héroïques…]

Amour viendra dans ses nuages joufflus, dans ses cerceaux de fleurs et son pétillement — il se penchera vers la terre;

Vers la terre d’où jaillira la Vérité, sa couronne de pierre, ses écailles, ses algues, sa coquille et son beurre amer,

Le beurre amer de la Vérité;

Et se rencontreront à mi-chemin, au point marqué d’une Croix,

Et fondront l’un dans l’autre, orage! au feu nouveau! et l’Esprit soufflera,

Et notre terre donnera son fruit.

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Macron à New York (22 septembre 2025)

Je viens de voir ce pauvre Macron, le plus con, le plus scolaire, le plus puceau, le plus orgueilleux, le plus médiocre des présidents de tous les temps, bloqué à New York, dans la rue, comme n’importe quel piéton, pour le prétexte de laisser passer le président Trump en voiture blindée. Macron sourit, gêné, débile, content de lui comme d’habitude. Il est avec Brigitte. Il la regarde comme un toutou. Puis il dit au flic “Let me cross”. Il l’implore… Le flic l’envoie chier en souriant, il se fout bien de sa gueule, puis il lui fait un signe pour lui dire d’écouter au loin les sirènes. Qu’est-ce qu’on en a à faire des sirènes ! Elle peut pas le molester, ce flic, Brigitte ? Non bien sûr : elle ne tape que sur ses élèves. Quelques secondes plus tard, un Arabe barbu avec sa femme habillée en pute vient faire un bisou sur la tête de Macron ! En pleine rue !

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Pour que la foule ne L’écrase pas

[Aux gréements compliqués, aux voiles, et dans les voiles aux oscillations harmonieuses, à la musique froide et salée !]

J’ouvrirai devant moi l’opercule du Temps, vieille membrane toujours renouvelée;

Je déhousserai les ronces;

Je briserai sur ma langue les cristaux — les cristaux sanguinolents des idoles administratives;

Je Lui ferai Sa place, sa petite place parfaite et éternelle, dans le matin, dans l’eau dure, j’accepterai qu’Il s’éloigne — une petite place parfaite et sourde;

J’écarterai la société, ses colonnes baveuses, son crissement, sa peau jaune, ses perce-oreille, sa glu protocolaire et ses chevaux — et ses chevaux de frise poisseux,

Je déterrerai le futur (pour cela j’appuierai ma face sur le sable);

J’écrirai des phrases à pattes d’ours qui valseront parmi les siècles, dans le lait, dans la gloire gloussante des poètes; des phrases qui, arrachées aux plaies de mon enfance, auront d’abord émis un bruit de fil de cuisine et d’osselets qu’on écrase;

S’il le faut, je terrasserai.

S’il le faut, j’affouillerai.

Sinon, j’improviserai.

Je lacerai la nuit, je ferai taire les lames, et je me réfugierai dans d’antiques préoccupations, celles-là même qui affligèrent Achille et à quoi les nominalistes ont cru remédier— comme s’il avait été possible d’éteindre un volcan en lui trouvant un nom!

Autour de Ses églises, je cimenterai d’odieuses lamentations.

Je serai le premier né perclus de douleur mais vaillant, empêché mais prompt, défait mais implacable, un séraphin à trois ailes, armé jusqu’à l’enfer.

Pour que la foule ne L’écrase pas, c’est à moi de reculer, de m’agenouiller, de m’allonger — à moi d’être écrasé.

Pour que la foule ne L’écrase pas, il faudra laisser faire.

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Marc, chapitre 3:9

“Il dit à ses disciples de tenir une barque à sa disposition pour que la foule ne l’écrase pas.”

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Selon l’ordre de Melkisédek

[Trompettes, cymbales, cordes…]

Ton vin nouveau, nos outres neuves, selon l’ordre de Melkisédek!

L’eau vive, zone souillée,

L’or de ton vêtement, scarification des nôtres,

Ses architextes soyeux, sa mousse, son échancrure orientale, selon l’ordre de Melkisédek! selon l’ordre de Melkisédek!

Coups de ceinture au dos de notre misère : l’ordre, Seigneur l’ordre des choses…

Sa danse, ses fauves, la pénombre des ventres…

Son orchestre, selon l’ordre de Melkisédek! selon l’ordre de Melkisédek!

Au prêtre la meilleure part, aux cochons les cochonneries, selon l’ordre de Melkisédek!

Selon l’ordre de Melkisédek: Chemin, Vérité, Vie!

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Faites ce qu’il dira

Faites à pied le chemin, brisez vos chaînes, percez les murs ontiques,

Réveillez dans le seau l’eau glacée des principes,

Ouvrez vos mains : voyez comme elles sont vides, la grâce de leurs lignes, la peau, la paume et l’ongle, leurs procédés chimiques… et comme elles entendent — entendez comme elles pensent!

Aux heures du labour, craignez la Charité. Le hasard a, comme elle, horreur des portraits.

Dans les jarres des Lois, versez l’eau des complies.

Soyez parmi l’erreur jeton réinvesti, mesurez votre chance,

Attachez ce qui brise et s’éteint, à ce qui est… Renégociez la peine.

Vendez tout.

Cinglez vos plaies.

La souffrance est une sœur qu’il faut écouter sans juger, écoutez-la. Priez.

Allez dans l’or de la prière, aux stupres de Lazare,

Et jusqu’à la Croix, à sa coupe enchantée, où s’ouvre ce qu’on serre,

Où monte ce qu’on tient… Dans l’or du baptême, vaisseau de la Parole,

Faites ce qu’Il dira.

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