Sycomore (2025)

“Un enfant a disparu. Tout un village s’agite pour le retrouver. Des querelles éclatent et des tensions naissent à l’ombre d’un sycomore. Dans ce récit inquiétant, Guillaume Sire emprunte autant à Perec qu’à Bernanos pour mener le lecteur en bateau dans un monde hanté par la présence discrète de Dieu.”

“Conçu comme un puzzle, Sycomore tient à la fois du roman policier et de la chronique sociale. L’auteur met en scène un jardinier fêlé, des adolescents accros au porno, une femme adultère et un puits empoisonné.”

Retrouvez le Sycomore sur Zone Critique

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Benjamin Fondane —Le Festin de Balthazar (1932)

où ce qui est devient, où ce qui sera fut,
le point où chaque chose se mue en son contraire,
pressée de se détruire avant de se rejoindre

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Première communion

[Aux balustrades des basques, sous l’orgue, comme un nid d’hirondelles : Dios te salve maria… ole… ole !]

Il était dans son ventre,

À ses vaisseaux mêlé,

Au sang de ses vaisseaux,

Il était dans sa peau,

Il était dans ses chairs:

Le Créateur de Tout.

À son parfait contact,

Dans l’or du placenta,

La laine des hormones:

Il était dans son souffle.

En elle un cœur battait,

Embecqué à son sein:

Tous les cœurs en un seul,

Le cœur d’entre les cœurs,

Coordonné au sien

Pour atteindre chacun.

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Notre pain de ce jour

[Aux petits chanteurs à la croix potencée, plus vivants que les anges…]

Tu fais de Toi un homme,

Baigné dans sa mangeoire,

Soumis à ses épines,

Adossé à son fouet…

Une chair de chair !

Tu fais de Toi du pain,

Sa croûte,

Son souvenir de meule,

Sa fraction…

Le pain, le vrai pain des pauvres !

Tu fais de Toi du vin,

Sa robe,

Son cuir,

Son venin…

Le sang des lois !

Et tu viens dans la boue,

Dans l’horreur,

Dans le sable et la pluie,

Et dans tout ce qui tremble,

Et dans tout ce qui fuit:

Nos blessures,

Notre hâte,

Dans nos disputes.

Tu viens sous notre tombe,

Y lèves comme de la pâte,

Y fends notre misère,

Y presses notre peur,

Tu viens à notre table

Et sous notre couteau :

Notre pain de ce jour

Dont la croix est Amour.

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Ténèbres et nuée T’entourent

[Au crissement sur la glissière de la neige et du gel, à la brûlure du froid où la pierre est fendue…]

Ténèbres et nuée T’entourent, et pourtant ton trône est là, dans le sourire de Madame Courrège, à ses yeux attachés;

Dans le pain chaud et brun, quand on l’ouvre et qu’il fume, dans la zone, dans le matin;

Dans la main qui relève, dans celle qui nettoie,

Dans la courbe de l’aigle au-dessus des chasseurs, dans les litières de ronces où la bécasse a fui;

Dans la porte déchirée au pied-de-biche, rue Caraman;

Dans l’angoisse du libre-penseur, quand survient l’Hypothèse;

Et dans tout ce qui voit mais ne se touche pas, et dans tout ce qui touche mais ne s’attrape pas, et dans ce qui se tait et tout ce qui demeure

Où Ton ange,

À travers les ténèbres, m’a laissé regarder.

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Tout entier dans les choses et au nom qu’elles appellent

[À la raison des choses, qui est raison gardée. Et au Gardien, d’une montagne descendu qu’il n’a pas déplacée…]

Vouloir être en larmes plutôt qu’être en armes;

Parmi la semence être au grain le plus dur, une pointe de flèche dans le vent de la plaine — et volontiers ne jamais rompre.

Être dans la page le fruit mûr qu’elle dessine, un paquet d’encre indélébile,

Tout entier dans les choses et au nom qu’elles appellent : se mêler à la table, au couteau et au nerf;

À la viande

Mêler la rose d’entre les roses — pour dire merci, et rendre l’âme

D’avoir su rendre grâce.

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Et sur la paille de la crèche

[Aux prises de sang barbares. A la race des joueurs, pourvu qu’ils réalisent…]

Donne-moi

La clef des portes élémentaires — fais-de moi le bailli des rues piétonnes, lorsque des chats ont envahi la boutique;

La responsabilité d’un bâton, et de placer sous sa houlette une petite cloche, une tire-lire de souffrance;

L’offrande de la misère, et d’être responsable (L’Homme au soir de sa vie apprendra que les papiers transmis par ses parents étaient faux, et qu’il n’a jamais connu son nom);

La racine oblique d’une conscience, et par-là d’échanger un peu de venin (l’illusion de l’autonomie) contre un tout petit peu de science (le berceau de cette illusion);

Et sur la paille de la crèche d’avoir frotté ma lampe.

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Marcel Raymond — De Baudelaire au surréalisme (1940)

La poésie n’est pas la métaphysique. Elle est d’abord un chant. Parce qu’elle est la jeunesse du monde, elle chante les plus vieilles réalités du monde…

La poésie n’est pas seulement la quintessence de la littérature ; elle est en premier lieu une manière de vivre, d’exister.

Le poète est dispensateur de vie, alors que le philosophe est dispensateur de mort, il substantialise, alors que le philosophe désubstantialise. Aussi les oeuvres les plus hautes de la pensée existentielle ont-elles toujours non seulement revêtu, mais signifié, une grande activité lyrique: poésie, le Livre de Job; poésie, l’expérience mystique de saint Jean de la Croix; poésie, la pensée de Nietzsche, de Kierkegaard; toute dilatation de la pensée, toute passion ne peut, en dernier ressort, prendre d’autre figure que lyrique.

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Benjamin Fondane — La conscience malheureuse (1935)

Le poète assure à nos yeux le rôle de “télégraphe vivant” entre nous et le possible ; il ruisselle de solitude ; il pétille de transcendance ; il entretient en nous un malaise fécond ; il nous empêche de guérir humainement de nos plaies ; et s’il ne sait que se lamenter, il nous faut voir là la seule attitude qui nous reste possible devant le réel. Il n’est pas l’Arbre de Vie : il est soif de l’Arbre de Vie.

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D. H. Lawrence — Sous l’étoile du chien (1919)

“Ne demandez pas les qualités des gemmes intemporelles qui ne se fanent pas. Demandez la blancheur qui est le bouillonnement de la boue, demandez la putréfaction commençante qui est la chute des cieux, demandez la vie même jamais cessante, jamais au repos.”

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Et l’archiviste est déicide

[Au bruit sur le vélin des stylets : l’encre des chiens de dieu… à la Joie comme méthode.]

Donne-moi d’avoir un corps, et d’à travers lui penser.

Remplis-moi de cette raison d’amour qui a été cachée aux yeux des savants et dissimulée à l’oiseau du ciel.

Fais-moi réfléchir d’une lumière que je n’aurai ni amoindrie ni faussée.

Et de ma mémoire fais un instrument de charité, car l’Histoire aime à réduire et dissoudre — et l’archiviste est déicide.

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Psaume de l’Épiphanie – Vers le pays d’un jour sans déclin

[Aux tambourins couverts d’encens, fouettés avec de l’or ; et partout La Lumière — déjà L’Apparition !]

Allume Ton étoile au-dessus de l’horloge de la gare, l’horloge de la mairie, l’horloge du salon, celle qui la nuit fait tellement de bruit qu’il nous faut enlever les piles lorsque la migraine est trop forte. Dans le quartz des montres, dans le réveil-matin et dans l’état fondamental de l’atome de césium — allume ton étoile.

Allume ton étoile au-dessus de ma cantine, de mon frigidaire, des bouteilles de lait rondes et lourdes, de mes préconisations alimentaires, des péremptions et de certaines allergies combinatoires. Au-dessus des casseroles ad hoc, du thermomix chamanique, des radicelles, des yaourts et des oignons germés — allume ton étoile.

Allume ton étoile au-dessus de mon lit, et de tout ce qui, en moi, se couche, l’aigle blessé de mes mensonges, mes dais de peau et les insectes hideux de mes analogies. Au-dessus de tout ce qui est déjà mort — allume ton étoile.

Allume-la au-dessus des « Seigneur, seigneur » de mes actes manqués et des objets contondants de ma désespérance, et de ces cartes de voeux qui traînent encore dans les romans de l’adolescence (Cohen, Gary, Hesse, etc.). Dans le photophore de mes examens de conscience — allume ton étoile.

Tire, attrape, creuse mes reins, arrache la peau de mes joues et donne à mes paupières le hameçon tranchant des tiennes, car je veux avancer vers toi. Dresse devant moi l’ange du Jabbok : ippon !

Seigneur, donne-moi l’apparition.

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Prophétique aveuglement

L’Iliade est le poème de l’incarnation, des chairs meurtries, de la force, de la colère, de la honte…

…pourquoi Achille ne demande-t-il pas pardon au Roi dont il a tué et mutilé le Fils?

L’Odyssée est le poème de la chute, de l’exil, de l’impossible retour, de la séparation d’avec les dieux, des dilemmes, du voyage au royaume des âmes errantes…

…pourquoi Ulysse ne pardonne-t-il pas aux prétendants qui ne savaient pas ce qu’ils faisaient en pillant ainsi la maison du Père, devant l’Épouse et le Fils impuissants?

Homère n’avait pas eu la révélation du Dieu unique. Son pressentiment était à la fois lumineux et aveugle. Toute son oeuvre est une théologie négative, et avec elle toute la poésie et la philosophie grecques, à part, peut-être, celle d’Aristote.

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L’anagramme de Saint Étienne

Pierres / Prières

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Combien de pierres ont-ils gardées

[Dans l’église microscopique de Palaja, aux orgues colorées et aux sifflets de l’enfance, à la croix vaincue…]

Chaque pierre lancée sur Étienne a été détachée de terre, vue, ramassée, taillée.

Sais-tu la signification des pierres ? Vois comme elles sont vivantes et aimables. Ignorantes de la main qui les lance, elles croiront vouloir avancer.

Chaque pierre, essentiellement, a été bénie dans sa grisaille et dans ses cristaux intérieurs, ses cristaux roses, germée dans la lumière.

Combien de pierres ont tué Étienne ? Chaque fois qu’elles touchaient son visage, elles bleuissaient. La quelle a été décisive ? Était-elle angulaire ?

Combien de pierres ont-ils gardées depuis la femme adultère,

Talismans incas, sanglants suffrages…

Vues, ramassées, lancées…— sais-tu la signification des pierres, et ce qu’à ton cœur il leur faudra avoir touché ?

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Vive les LLM !

Les LLM ont permis de démasquer toutes les mascarades littéraires de ces dernières décennies dont les auteurs avaient réussi à faire croire à des profs et autres esthètes minables que leur art était une chose sérieuse et contrôlée : le nouveau roman, Guyotat, Maxence Caron… Toutes ces enflures ont l’air désormais d’avoir imité les LLM avant que les LLM existent, et leurs bouquins n’impressionneront plus personne puisque n’importe qui pourra demander à sa machine d’en vomir un comparable.

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Une fleur va naître

[À l’étrille du Nouveau Monde. Aux pansements de la boue.]

Dans la cheminée, dans la vieille cheminée d’une épave, dans les crevures de mousse compressée, sous les croûtes du Grand Feu, une fleur va naître.

D’abord un germe horrible. C’est toujours horrible d’abord.

Puis le lait de l’Ordre rincera la cendre, et des champignons pâles et gonflés absorberont les miettes rousses — et sous les anciennes incrustations un mot

Engendrera les lunules symboliques, celles des drapeaux, celles des blessures souriantes,

Et de ce mot jailliront les cantiques d’Europe. J’ai dans l’œil la cocarde de la révolution, pourtant je peux renaître, —

Et dans la cheminée, dans la vieille cheminée rompue de l’épave, une fleur rose et blanche et rouge et noire et éternelle aura poussé.

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Du ventre il s’agit d’être près

[À la pluie sur la neige, quand le flocon est tiède mais s’appartient encore : au dernier chant des choses…]

Du ventre il s’agit d’être près, joint au tombeau où est vaincu le mystère du Libre-Examen,

Du ventre il s’agit d’être près, au péril tangentiel, sous le liber du Salut. Nous serons les vainqueurs d’avoir été vaincus :

Vainqueurs de cela qui fut arraché de moi-même : la petite pente du quai, la glace de la rue Marie-Anne, et à Belgrade les hauteurs de Kalamegdan, le lac de la Gitane Ada, et à Paris l’inénarrable rue du Commerce,

Vainqueurs d’une géographie qui s’attache à mon âme et la force d’aimer — espace-temps ressuscité. N’avoir plus rien…

Être partout d’où j’ai été.

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Au mot le plus banal

[Au triste feu de mes principes. Quand j’ai été aux pensées d’un autre.]

Miracle du langage attachant chaque mot à l’ombre de ce qu’il appelle, une prière — paramétrant dans chaque mot la fonction d’une pensée, unie chimiquement à ceux qui l’ont nommé ;

Au mot le plus banal, disons le « robinet », une mission céleste : l’onde spatiotemporelle, la marque, la sotériologie du robinet — le coulant, le versant, le coupant, le murmurant robinet, le robinet total, le révélé robinet des siècles, robinet de mes lointains ancêtres, le premier, le dernier, le fameux, le discret, l’impossible, le dégouttant robinet ;

Miracle du langage qui aux abstractions fournit un fondement : la valeur, la justice du robinet, son éternité, sa saveur,

Y compris aux articles : entendons un robinet,

Miracle de ces mots toujours substitués, parvenus jusqu’à moi par la forêt des âges, sous la fornication des astres et des éclairs, dans le Verbe fait chair (qui est celui qui est)

Miracle du premier crâne de ce premier mouton servi au « robinet », du premier sacrifice — et de ce mot : « miracle », qui est pour mieux prier.

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Miracle des mains vides

[Aux zones solaires, et aux théories encordées : le sacrement de Charité…]

Miracle des mains vides, d’entre tous les miracles le plus chrétien, premier miracle, d’entre toutes les grâces la grâce définitive, qui vaut toutes les grâces,

Je ne veux rien avoir, comme ce jour-là, vingt-sept juin, lorsque dans l’écuelle du feu et de la chair…

Miracle de mes mains qui n’auraient eu ni peau ni os, écorchées à l’amour, mains vides, bonheur de n’avoir rien

Qu’à recevoir,

Être ce qui demande, tout entier à mon manque, ma soif, l’interdiction du pain, et sur la table de mon âme ne rien avoir posé,

Au pressoir de mon cœur, ne rien avoir pressé, que l’absence, les raisins de l’absence, la tarentule du néant,

Sans cela pas d’amour, sans cela pas d’initiation — et l’épine dans Tes mains n’aurait pas la forme des miennes. Les cavaliers ne descendraient pas.

Si c’est par un baiser que tu me délivres, donne-moi de le recevoir, vide-moi, transforme-moi en chose, et que ma volonté soit ton aumône

Pour que Ta volonté soit faite ; alors mes poumons brûlés, mes yeux fendus et mes mains vides lui serviront de trône.

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