Le corps, l’esprit et le libre-arbitre

Le corps est moins un solide qu’un mouvement, moins un état qu’une dynamique. Il existe certaines cellules permanentes et d’autres, plus nombreuses, qui meurent et sont renouvelées. Le corps n’est pas réductible aux premières (que seraient les deuxièmes sinon?). A bien y réfléchir, on comprend que le corps est surtout et d’abord et peut-être uniquement une façon d’agréger les cellules. Les physiciens diraient “un vecteur”, les biologistes “un code”, les métaphysiciens : un principe. Chaque corps est l’idée particulière d’un mouvement de l’être dans l’étant. Ce mouvement ne peut pas aller contre l’esprit, contrairement à ce qu’ont dit beaucoup de philosophes ennemis du corps ou ennemis de l’esprit. Quand le corps est blessé, l’esprit est blessé ; quand l’esprit est blessé, le corps est blessé ; et si je suis blessé par un autre, c’est par son esprit et son corps ensemble que mon esprit et mon corps sont tous les deux blessés ; et si je suis blessé par moi-même, alors mon esprit et mon corps ensemble blessent à la fois et tout autant mon corps et mon esprit.

On peut blesser le corps et l’esprit, mais il est absolument impossible de les annihiler, cela car même quand X est mort, il “est” encore : l’énergie et la forme — dont le caractère et l’allure étaient des manifestations sensibles — ne passent jamais. Seules les manifestations passent, seules leurs manifestations sont passées. L’étant humain peut être annihilé, mais l’être humain, lui, est éternel. On peut brûler les partitions, les disques et les instruments mais on ne peut pas brûler la musique.

Si nous reprenons l’exemple spinoziste de la pierre lancée, l’esprit désigne l’énergie donnée à la pierre, tandis que le corps désigne sa forme, c’est-à-dire une espèce de feuille de route théorique dont le résultat empirique serait les caractéristiques de la pierre : telle ou telle capacité à pénétrer l’air, telle ou telle masse. L’énergie et la forme déterminent la trajectoire. Ce sont elles, les causes dont la pierre ignore qu’elles sont déterminantes. De même pour l’être humain : l’énergie et la forme, l’esprit et le corps (l’esprit conçu comme élan vital et le corps comme plan à suivre), déterminent ce qu’est l’étant humain. La philosophie a pour but de trouver l’être dans cet étant, autrement dit de trouver la vérité de la forme dans/par/avec la réalité de la forme, et la vérité de l’énergie dans/par/avec la réalisation de l’énergie.

N’en déplaise à Spinoza, l’être humain n’est pas une pierre. Il peut avoir conscience de son esprit et de son corps. C’est l’objectif ultime de la philosophie : une prise de conscience, comme on dit “une prise” lorsqu’on escalade une montagne.
L’accès à cette prise est la condition même du libre-arbitre.

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