L’arbre à lune

Pour Julien G.

L’arbre à lune existe, c’est vrai, avec son corps de torture, sa torsade fantastique et ses mèches de cendres blondes, figé dans la mort, mort pour toujours mais vivant, vivant dans la mort, enraciné au tréfonds, élastique, un gros nœud de bois, une rotule végétale arrachée d’on ne sait quel chêne millénaire, sinon un if ou un tilleul colossal, en tout cas un colosse, un reste d’avant le déluge, pour les géologues : un indice ; pour les magiciens : une preuve. On croirait qu’il médite mais il se plaint de son arthrose — comme il aime râler ! Il souffre tant que c’est lui, cette souffrance, ce sont ses tissus infectés et secs, ses muscles ligaturés à vif, ses os ouvragés, pliés, déchirés, écartés par le temps, le sel, la terre, et, bien sûr, le vent, l’affreux vent, le vent sonore, immonde, même la nuit, le vent atroce, aquilon maudit. Ses fruits sont des étoiles bizarres et ses feuilles les plumes effilées et serrées en bouquets de ces corbeaux obèses, méchants, nombreux, luthériens qui la nuit font à ses branches une frondaison puissante, fleurs d’ombre compactées, flammes noires crochues, ramures de néant, comme un millier de lames couvertes de cirage noir ou de gouache bleue et noire, une matière grasse parcourue par instants et par hasard d’éclats argentés. Moins souvent : des fluctuations dorées.

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Guillaume Sire
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