D’eau

Eau verte, eau noire, eau blanche, eau rouge, eau minérale, eau lourde, eau jaune, eau claire, eau de mer, larmes, lacs, poissons (les poissons sont des concrétions d’eau).

L’eau, à la terre, est le temps. La terre, c’est l’espace.
Irruption volcanique sous l’océan : pénétration violente de l’espace dans le temps. Victoire de l’espace. Victoire momentanée. Viol… Le temps, à la fin, de toute façon, épouse le néant. “…et le souffle d’Elohim planait sur la face des eaux.

Poséidon est le dieu à côté, les affaires de ses frères ne le concernent qu’approximativement et de loin en loin ; d’ailleurs il leur verse ses tributs sans respect. Trident : horrible symbole, arme trois fois mortelle où le sang ne se fixe pas.

L’Odyssée : voyage à travers l’impossibilité du langage. L’eau retient Ulysse en dehors de lui-même.

Styx : incommunicabilité des âmes prisonnières entre la vie et la mort. Les fantômes supposent un Purgatoire sous-marin. Ils sont liquides, c’est pourquoi on entend dire que “le deuil est soluble dans le temps“.

Ambivalence érotique des Néréides.

Et Rimbaud évidemment : “…le Poème de la Mer… figements violets… la circulation des sèves inouïes…  nasses… la flache noire et froide…

Tohu-va-Bohu, chaos originel chez les Juifs puis les Chrétiens : eau donneuse de mort et de vie. La mort est l’eau sur laquelle le Fils a marché, celle qu’il transforme en vin à Cana et qui jaillit de son flanc crucifié. La vie est l’eau vive, l’eau de la Samaritaine, le vin à Cana. Le baptême des Chrétiens est immersion à la fois dans la vie et la mort, la mort puis la vie, et la vie au-delà de la mort.

L’eau est tout de suite symbolique parce qu’elle est la matière première de tout symbole.

Le taureau d’Hippolyte : “Cependant sur le dos de la plaine liquide / S’élève à gros bouillons une montagne humide / L’onde approche, se brise, et vomit à nos yeux / Parmi des flots d’écume un Monstre furieux… couvert d’écailles jaunissantes… Indomptable Taureau, Dragon impétueux…

Inutile de chercher de l’eau sur une autre planète pour savoir s’il y a la vie. Cherchez le langage, vous trouverez l’eau.

L’eau patiente. Le murmure de l’eau…

L’humanité mourra de soif.

Autre paradoxe : rien ne flotte longtemps et tout finit par sécher.

L’eau est mais n’existe pas.

 

Advertisements

About Guillaume Sire

Guillaume Sire
This entry was posted in Variations. Bookmark the permalink.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s