Naissance du complotisme

Galilée nous a appris que le modèle de Copernic n’était pas seulement efficace mais vrai. Il nous a laissé entrevoir un monde où l’homme avec sa pensée pourrait décrire ce qui préside à la matière, mettre en équations la volonté de Dieu et rouler mécaniquement la pierre du tombeau, puis fourrer son nez à l’intérieur des entrailles immaculées conceptrices. Le modèle héliocentrique, nous disait-il, n’est pas un schéma. C’est le réel. Le modèle héliocentrique, les gars, c’est carrément la vérité !

Mais Galilée ne s’est pas arrêté là. Tandis qu’il nous invitait à porter nos lèvres à la coupe de la Vérité, cachée depuis l’époque du Jardin derrière un rideau de soleil, il y versa un poison destiné à en pervertir le contenu. Galilée, mi-astrologue mi-astronome, inventa le complotisme.

« Enfermez-vous avec un ami dans la cabine principale à l’intérieur d’un grand bateau et prenez avec vous des mouches, des papillons, et d’autres petits animaux volants. Prenez une grande cuve d’eau avec un poisson dedans, suspendez une bouteille qui se vide goutte à goutte dans un grand récipient en dessous d’elle. Avec le bateau à l’arrêt, observez soigneusement comment les petits animaux volent à des vitesses égales vers tous les côtés de la cabine. Le poisson nage indifféremment dans toutes les directions, les gouttes tombent dans le récipient en dessous, et si vous lancez quelque chose à votre ami, vous n’avez pas besoin de le lancer plus fort dans une direction que dans une autre, les distances étant égales, et si vous sautez à pieds joints, vous franchissez des distances égales dans toutes les directions. Lorsque vous aurez observé toutes ces choses soigneusement (bien qu’il n’y ait aucun doute que lorsque le bateau est à l’arrêt, les choses doivent se passer ainsi), faites avancer le bateau à l’allure qui vous plaira, pour autant que la vitesse soit uniforme et ne fluctue pas de part et d’autre. Vous ne verrez pas le moindre changement dans aucun des effets mentionnés et même aucun d’eux ne vous permettra de dire si le bateau est en mouvement ou à l’arrêt … »

Galilée, Dialogue concernant les deux plus grands systèmes du monde, 1632

Reprenez l’exemple du bateau. Imaginez deux individus, l’un sur la rive, l’autre sur un bateau poussé par le vent. Celui qui est sur la rive prétend que celui qui est sur le bateau se déplace. Celui qui est sur la bateau jure que c’est celui qui est sur la rive, et avec lui la rive tout entière, qui se déplacent. Mais voilà un individu sur le gaillard d’avant d’un second bateau, plus loin de la rive, poussé par un vent plus fort. Celui-là prétend que le premier bateau se déplace, et que par conséquent l’individu qui se trouve sur la rive dit la vérité. Mais il prétend également que la rive se déplace, et que l’individu qui se trouve sur le premier bateau dit lui aussi la vérité. Les deux autres individus prennent celui qui se déplace à vive allure pour un fou ayant décidé de quitter le pays parce qu’il avait quelque chose à se reprocher. Or il se trouve précisément que cet individu, qui n’est pas fou, et qui n’a pas non plus l’intention de quitter le pays, a quelque chose à se reprocher !

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Guillaume Sire
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