Vendanges — C. F. Ramuz

Le monde tient tout entier dans le pressoir, ce soir, mais il tient tout entier partout où qu’on se trouve, parce qu’il est parfaitement satisfaisant partout pour nous : quand il grince et gémit et plaint ainsi dans une demi-nuit ; quand ailleurs il frissonne de feuilles dans la lumière ; quand il sent à la fois fort et doux, acide et sucré, et vous saoule la tête et le coeur avec ses odeurs, mais ailleurs c’est avec des voix, avec son soleil, avec ses feuilles, ses bêtes.
Car où qu’on se trouve est la plénitude, et c’est qu’on la porte en soi-même.
Depuis, on a passé toute sa vie à essayer de la retrouver. Et, selon qu’on la retrouvera ou qu’on ne la retrouvera pas, on aura vécu ou on n’aura pas vécu.
Il faut revenir à l’enfance et se la réincorporer, si on veut avoir été pleinement ; il faut avoir décrit tout le cercle pour être.
Il faut que l’homme ait ajouté à sa dernière saison cette première, qu’il y soit revenu pour un enrichissement dernier.

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Guillaume Sire
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