Toute cette histoire a commencé…

Toute cette histoire a commencé un matin lorsque j’ouvris une enveloppe à mon nom, déposée dans ma boîte aux lettres, à l’intérieur de laquelle se trouvait une contravention pour excès de vitesse. J’avais vu le flash crépiter, près des Ponts Jumeaux, sur les allées de Brienne. La contravention en elle-même n’avait donc rien d’étonnant. Je l’attendais. Mais c’est la manière dont elle était rédigée qui était singulière. Les premiers mots déjà :

Cher Monsieur, il semblerait que vous ayez roulé excessivement vite. Il y a des lois pourtant, dans ce pays, des conventions démocratiquement sonnantes et trébuchantes, et des règles sous ces lois, des usages, un velours, et finalement un éthos auquel nous vous demandons d’adhérer comme s’il vous était maternel.

La suite était plus étonnante encore :

Près du canal, vous n’avez peut-être pas remarqué cet objet rond en hauteur, devant l’école publique. Peut-être regardiez vous l’eau à la couleur lascive, ou bien les platanes majestueux, insolents et sales. Quoi qu’il en soit il vous faudra vous acquitter au plus vite de cette dette que voilà contractée.

Il y en avait trois pages. J’ai pensé, amusé, qu’un stagiaire de la cité administrative avait fait une plaisanterie, j’ai payé l’amende sur le site web du gouvernement et suis passé à autre chose. Le lendemain, je reçus une facture de gaz, une fiche de paye et une publicité pour des fourmicrondes, toutes les trois rédigées dans une langue admirable, aux déhanchés rimbaldiens, une langue descriptive, jazzy, brûlante.

Les fourmicrondes dans votre maison grésilleront comme de petits oiseaux malades, et chaufferont par un étrange mystère (un mystère du ventre et de la lumière) vos colliers de haricots, et la chair blanche et rouge de vos saucisses éternelles !

Tout de suite j’ai acheté ce fourmicronde, puis décidé d’enquêter auprès de mes voisins. Aucun d’entre eux n’avait remarqué en ouvrant son courrier la moindre anomalie. Je demandai à Madame André de me montrer ses factures : elles étaient toutes formidablement écrites ! Il me sembla que Madame André tout à coup avait peur de moi, lorsqu’elle m’assura qu’elle n’avait jamais reçu de factures écrites “dans une autre langue que le français”.

Depuis ce jour, je ne reçois moi aussi que des factures, des bulletins de salaire, des fiches de paye, des formulaires à remplir, des notices administratives et des communiqués municipaux, écrits dans une langue hallucinatoire et métaphysique, très riche, mais légère. Je ne reçois que des lettres écrites en français !

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Guillaume Sire
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