La France bourgeoise : inculture, confort, sécurité

Le bourgeois est celui aux yeux de qui rien n’est plus important que le confort et la sécurité. Chercher le confort et la sécurité pour soi et pour les siens, cela n’est pas bourgeois, cela est très humain, mais les chercher davantage qu’on ne cherche l’égalité, la justice, la liberté, la fraternité, cela est bourgeois. Cela est inhumain.

La France, cette crise le montre, est devenue bourgeoise. Nous sommes prêts à renoncer à nos luttes, à notre mode de vie, à notre liberté chérie, à la fraternité qui devrait nous unir, ou en tout cas “le sens civique”, pour ne pas amoindrir notre confort, et pour vivre en sécurité. Nous restons chez nous. Nous ne nous embrassons plus. “Protégez vous les uns des autres” est-il écrit sur les murs du métro, dans les encarts officiels. La nouvelle Marianne, chirurgicalement voilée, devrait brandir un CDI dans une main et, dans l’autre, un acte de propriété.

Le bourgeois est également inculte, parce que la culture, celle qui n’est pas un divertissement et n’offre pas de s’éclater, mais, au contraire, propose de se recentrer — la culture qui est toujours un effort de concentration — est inconfortable, et, par nature, menace l’ordre établi. Quand il ne s’en moque pas carrément (ce qui est le cas pour presque tous les Français aujourd’hui) le bourgeois met les œuvres d’art dans un musée près de chez lui, un musée confortable où les œuvres et ceux qui les regardent seront en sécurité, il les commente, et même s’il trouve dommage que Fra Angelico n’ait peint que des sujets religieux, il achète le catalogue pour la table basse du salon. Ces œuvres en réalité ne lui font rien, elles ne traduisent rien en lui, parce qu’il ne leur demande rien, elles ne l’élèvent pas, pas plus qu’elles ne le pressent ou ne l’entreprennent. Le bourgeois est autrement dit (y compris celui qui a un catalogue de Fra Angelico sur sa table basse) inculte : il ne se laisse pas cultiver, infertile, sec — tout à son confort et sa sécurité.

Voilà donc ce qu’il faudrait écrire sur les frontispices des mairies maintenant que cet épisode sanitaire nous a renseignés : inculture, confort, sécurité.

Nous avons élu un président bourgeois, entouré de ministres bourgeois. Depuis la deuxième guerre mondiale, les Américains n’ont eu que des présidents bourgeois. Et les Anglais, les Allemands, les Espagnols, je ne parle même pas évidemment des pays de la Mer du Nord. L’Union européenne est un projet bourgeois, visant le confort et la sécurité. L’ONU aussi est un projet bourgeois. Aucune métaphysique là-dedans. Ce sont des projets éminemment physiques, matérialistes, des projets de règlement des corps, une biopolitique luxueuse. Le bourgeois n’est jamais du côté de la lutte, c’est trop dangereux de combattre, c’est trop inconfortable. Le gouvernement bourgeois procède par compromis : il collabore. Et il préserve le confort, quoi qu’il en coûte. Il renforce la sécurité, au prix de trahisons dont il n’a pas toujours conscience.

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Guillaume Sire
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1 Response to La France bourgeoise : inculture, confort, sécurité

  1. Fleur Delacour says:

    Bourgeois : celui dont les mots ne sont jamais des actes.

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