Quelle sincérité !

En art, il faut haïr la sincérité. La sincérité, c’est comme la morale : c’est faux. La sincérité ment. Personne n’a au fond du coeur un coeur qui parle avec sincérité.

Il faut aller contre la sincérité. Là est l’art. Il faut aller contre le confort moral, l’écriture bourgeoise… Et ne pas se laisser avoir par le “je” puisque “je” est un autre, je” est joueur, “je” est faussaire ! Qui pense que Proust était sincère ? Qui pense que Casanova ou Rousseau l’étaient ?

La sincérité c’est toujours l’orgueil, c’est la fausse modestie, c’est la connerie bourgeoise déguisée en intelligence et en hauteur de vue.

Même Saint Augustin n’a pas été sincère. Augustin a décidé d’aller contre lui-même. Il est allé trouvé en lui Judas, et Judas lui a parlé de Jésus. Judas est le meilleur catéchiste possible, parce qu’il n’est pas sincère. Il tremble. Il renie. Il hésite, et malgré cela il essaye d’être fort, il se cabre…Il faut se cabrer ! Pierre aussi s’est cabré ! Paul se cabrait !

Quand on exige de l’artiste qu’il soit sincère, on tue l’art. Cette époque tue l’art. Elle n’en veut pas. Et cette époque veut à tout prix substituer la psychologie, qui révère le néant et la sincérité, à une religion qui érige au-dessus de tout la miséricorde et l’espérance.

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Guillaume Sire
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1 Response to Quelle sincérité !

  1. Bonjour,
    Je trouve votre propos intéressant, parce que je ne comprends pas du tout la sincérité, le christianisme et la psychanalyse de la même façon.
    La psychanalyse ne croit pas du tout à la sincérité. Elle a au contraire cette détestable habitude de prendre tout ce que l’on dit non au pied de la lettre mais de manière inversée, décalée, métaphorique. Elle croit que l’on ne cesse de se mentir, que notre vérité ne saurait se révéler que malgré nous – par des lapsus, des rêves, des actes manqués ou des jeux de mots. L’idée fondamentale de la discipline, c’est que nous nous méconnaissons. Les psychanalystes répètent souvent la formule rimbaldienne “je est un autre” que vous reprenez vous aussi, elle décrit pour eux le rapport à l’inconscient.
    La psychologie est quant à elle si vaste… Que dire de celle de Jung qui met au centre la religion ? Qui montre que le moi ne devrait pas être le centre de la personnalité mais au contraire ce tout autre qui est notre part à la fois la plus intime et la plus impersonnelle, ce souffle de l’esprit qui nous anime souvent qualifié d’âme ?
    Enfin, dans la sincérité, il y a une forme de dénuement que j’admire. Le courage de n’être rien que soi – et soi c’est si peu de chose, on s’en rend compte alors. Le courage de la fragilité. J’y vois une vertu chrétienne : l’humilité. On en aurait bien besoin aujourd’hui.
    Je me demande en quoi elle serait confortable ? C’est se mentir qui est confortable – et d’ailleurs, en effet, comme vous le dites, presque personne n’est sincère. Il est rare d’y voir clair, encore plus rare de dire ce que l’on voit alors, et j’admire ceux qui en sont capables. La sincérité ne se réduit à la littérature du je qui se raconte. Elle se trouve souvent dans des oeuvres de fiction, peut-être même celles-ci sont-elles plus sincères, précisément dans leur dimension imaginaire.
    Enfin, pourquoi serait-elle bourgeoise ? Et pourquoi les bourgeois seraient-ils plus sots que les autres classes sociales ? Qui seraient ici, quoi, les aristocrates, les ouvriers ? C’est dommage de céder ainsi à l’esprit du temps, qui use de ce mot à tort et travers, et surtout, paradoxe, par désir bien bourgeois de distinction.
    Pour moi, notre époque n’a rien de sincère : elle offre le spectacle de la sincérité, mais n’en soyons pas dupes. On a oublié qu’être sincère est rare, ardu. On croit qu’il suffit d’être soi et de parler de soi. On se pense transparent, alors que nous sommes opaques, mais parfois quelqu’un sait encore transmettre la lumière. Ce sont des poètes qui me viennent à l’esprit. Alejandra Pizarnik : “Mais il fait tant de solitude que les mots se suicident.” Cette sincérité-là est insurpassable.
    La sincérité est fille de vérité, et bien qu’on ne cesse de travestir et dissimuler celle-ci, je sais encore la reconnaître et je lui reste fidèle.
    Tout ceci dit en toute amitié !

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