Debray, encore lui

Plus il vieillit, et plus ce pauvre Régis Debray se caricature lui-même, comme s’il était devenu en personne une de ces antithèses dont il est si fier. Rarement on aura vu un homme nourri à ce point par ses propres sécrétions neuronales. Même à la radio, il réussit à hausser les sourcils! confit dans sa fausse humilité, définitivement idiot, rongé par la médiocrité, hanté par le spectre d’une vie sans objet, il enfile ses jeux de mots sur le fil de son orgueil. A-t-il jamais eu une vraie idée? A-t-il déjà dit quelque chose? Dans quelle purée ses lecteurs trempent-ils leurs groins? Debray, porcher des imbéciles! Sa voix semble avoir été taillée dans le velours douceâtre des cabinets pour dames. Son petit ventre est sans doute bourrée de compote et de macarons, autrement comment sa voix pourrait-elle être aussi fluette et boursoufflée en même temps? Cela tient du prodige! Voyez comme il s’aime, l’ancien compagnon de Che Guevara, lorsque les stagiaires du Figaro viennent filmer sa bibliothèque! Voyez la marquise obèse qui soupire dans le cœur sec de ce petit monsieur! Écoutez-le prétendre — lui que les honneurs ont couperosé jusqu’au trognon — ne les avoir jamais cherchés et vivre désormais retiré comme un vieux lion… Vieux poulet oui! bécasse! Faux écrivain, menteur, Debray est un gauchiste réac’ qui ne veut de bonne conscience que pour lui-même! J’ai déjà mal au ventre en pensant aux nécrologies à paraître le jour où la radio nous annoncera sa mort plutôt que sa venue, et j’espère sincèrement que ce jour-là un cœur plus innocent que le mien, quelque part, dans le doux silence de la prière, implorera Dieu d’accorder à Régis Debray son divin pardon – de même que j’espère que Notre Seigneur n’accédera à cette prière qu’après avoir copieusement tiré les oreilles de cette âme promise à un brasier que sa veulerie aura elle-même allumée! Les oreilles d’âme! Comme j’aimerais voir la tête de ce gogol le jour où il paraîtra devant son juge, lui pour qui Dieu n’était qu’un “itinéraire médiologique…” Bah alors mon gars ? Où sont-ils tes jeux de mots?

Régis Debray s’est taillé une latrine dans le vide intersidéral de son miroir. Huit décennies à successivement y pisser et s’y asseoir, et en public s’il vous plaît, en chaire au Collège de France! Quand une dame trébuche dans la rue des Saints-Pères et manque de se faire écraser, “le dernier intellectuel de France” pense que décidément les trottoirs de Paris sont mal faits. L’aidera-t-il ? A peine s’il s’en souvient qu’il rédige déjà son prochain méfait: Faire le trottoir. Essai d’urbanisme médiologique. Un livre courageux ! “J’ai une âme de prêtre, dira-t-il le soir à sa femme levée pour débarrasser la table. J’étais fait pour la sainteté.”

Depuis trente ans déjà, ce parvenu gauchiste ne trouve son frisson quotidien que chez les auteurs catholiques à penchant décadent: Huysmans, Barbey, Bloy, tout cela sous l’astre noir pascalien, pourquoi pas un peu antisém’: Drieu, Morand… Mitterrand lui aurait-il donc légué sa table de chevet? Quelque chose chez ces auteurs procure à Régis Debray une immense satisfaction teintée d’un mélange moins digeste de honte et de remords. Il reprochera à son époque de n’avoir pas été à sa hauteur, et si on le plaint d’avoir été aussi seul dans un siècle aussi vide, il haussera les épaules — le fameux haussement d’épaules — et après avoir avalé une petite lampée d’un air aussitôt vicié, répondra: “J’ai essayé d’être intègre.”

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