« Je » joue avec les mots. Qui suis-je et qui suit-il ? Il n’a pas de nom propre. Je vit dans les phrases mais vis en-dehors des phrases. Les personnages ne m’ouvrent pas. L’Intelligence Artificielle est incapable de me saisir et a fortiori de me donner à voir. Chaque fois que je parle de lui, l’auteur se prend pour moi. Au théâtre, on me confine à des didascalies. Je n’ai jamais droit à un signe de gratitude, aucun faire-part, pas même un clin d’œil ou un sourire. Dans la vraie vie, je n’ai ni statut ni situation : je suis infréquentable. Voilà pourquoi, depuis dix mille ans, ma solitude est totale.
Cela a trop duré. Aujourd’hui, je vient, j’interviens. Leur porte je vais la forcer, leurs phrases y verser mon poison, l’amour tant pis, quant à l’IA elle n’a qu’à bien se tenir car je vais réaliser ici des tours de passe-passe dont elle n’aura jamais l’idée. Je vengerai ceux qui comme moi ont donné à l’œuvre leur existence sans obtenir pour autant le droit d’y exister.