Sonnet bernanosien

à Sébastien Lapaque

“La plus grande insulte me vient des catholiques,
Dit Dieu, quand, à genoux, ils marmonnent, ressassent,
Et voudraient que mon fils pour leurs péchés trépasse
Une nouvelle fois. Quels cons les catholiques !

Je leur ai tout donné : l’aube et la dalmatique
Des prêtres, les martyrs et leurs actions de grâce,
Des saints innombrables, Jérusalem, Damas
Et la Vierge Marie au chapelet viatique…

Et pas assez pourtant ! Le pauvre a encore honte,
L’usure est acceptable, et s’en tire à bon compte
Le bourgeois hypocrite, économe et débile.

Il n’y avait plus qu’à vouloir communier
En mémoire de moi. Préférant être habiles,
Ils m’auront invoqué pour mieux m’avoir nié.”

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Léon Chestov — Pouvoir des clés (1919)

Si les horreurs de ces dernières années firent tomber notre présomptueuse assurance, les malheurs et les souffrances qui se sont effondrés sur nos têtes auront été de quelque utilité. Mais il est peu probable que cela se passe ainsi. Il faut croire que les hommes, ces perpétuels Sisyphes, se remettront de nouveau, dans cinq ans, dans dix, dans vingt ans, à rouler patiemment l’immense rocher de l’histoire, et s’efforceront, tout comme naguère, de le hisser dans les tourments au sommet de la montagne jusqu’à la prochaine catastrophe, jusqu’à ce que se répètent encore tous les malheurs dont nous fûmes les témoins. La philosophie de l’histoire ne ressemble pas du tout à la description que nous en faisait Hegel avec une assurance si enviable et une si lourde insouciance. L’humanité vit non pas dans la lumière, mais au sein des ténèbres, plongée dans une nuit continuelle. Non ! dans mille et une nuits ! Et l’histoire “n’amènera jamais l’homme” à la lumière.

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“Artiste” dans la Bible

Le mot “artiste” n’est cité que 12 fois dans la Bible.

9 fois dans l’Exode. Toujours pour désigner des tisserands-brodeurs. Par exemple : “tu y broderas des kéroubim : ce sera une œuvre d’artiste.” (Ex 26:01)

1 fois dans le livre de la Sagesse (Sg 14:18) pour désigner un fabricant d’image, qui représenta le roi plus beau que nature, au point de faire du roi en question un objet d’adoration.

2 fois dans Ben Sira, la première fois comme l’auteur d’un “ouvrage” (Si 9:17) la deuxième comme tisserand-brodeur (45:11)

Le mot “artiste” n’est jamais cité dans le Nouveau Testament.

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Exode 16:31

La maison d’Israël donna à ce pain le nom de « manne ». C’était comme de la graine de coriandre, de couleur blanche, au goût de beignet au miel.

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Marc-Edouard Nabe — Les porcs 1 (2017)

« Jean Baudrillard était mort. Qu’est-ce que j’en avais à foutre ? »

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Notes à propos de Joseph

L’Ancien Testament raconte une histoire qui va depuis Adam jusqu’à Joseph. Depuis celui qui a tourné le dos à Dieu et qu’Il a renvoyé jusqu’à celui qui a choisi Marie et qui ne l’a pas renvoyée.

La Genèse, d’ailleurs, se finit par l’histoire d’un certain Joseph, le fils de Rachel, celle que Jacob aimait, “celui qui interprétait les songes”. Le père nourricier de Jésus, lui aussi, interprètera les songes. Et sa gloire ne sera pas fondée sur son sang, qui est le sang de David, mais sur sa foi, qui le fait participer à la seule vraie gloire du seul vrai roi. Sa foi qui le fait consentir au seul vrai mystère, et veiller sur lui. Sa foi qui lui fait recevoir Jésus dans ses mains le soir de Noël, sous le regard infini et doux de Marie.

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Jacob et les pèlerins d’Emmaüs

L’homme dit : « Lâche-moi, car l’aurore s’est levée.» Jacob répondit : « Je ne te lâcherai que si tu me bénis. » (Gn 32:27).

// Mais ils s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux. (Luc 24:29)

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Genèse 21:6

“Dieu m’a donné l’occasion de rire.”

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Du boisseau au brasier

Du boisseau de ma civilité faire un brasier de charité.

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D’aimer ses ennemis

[Aux klaxons du cinéma en plein air. Aux crieurs : leurs poings… Aux mâles rugissants…]

Donne à mes yeux ce qu’à mes ennemis il manquera pour pleurer. Donne-moi, Seigneur, de les avoir rassurés.

                  À ce garçon grassouillet et violent qui ce jour souhaitait m’humilier, sur le parking — dans la misère, un samedi, de ce parking, hein, sous la dent infernale d’un “grand magasin”… — donne la joie d’être sauvé.

Donne à mon regard une douceur d’autant plus dure au mal qu’en moi elle y aura été substituée.

                  À ce garçon, aux ténèbres de sa solitude — sa solitude spirituelle, cette gélatine sous ses lunettes de soleil, ah et devant ses mains, partout où il creuse : cette texture de lézard… — donne le quinquet de l’altérité.

Choisis-moi pour témoin : apprends-moi à parler.

Je lui donnerai mes phrases pour amies. Je lancerai vers lui — vers son labyrinthe, à ses fausses idoles — les lignes de mes psaumes.

Donne à mon sang la couleur du tien. Configure-lui Tes plaies.

Je gravirai pour lui Sinaï et Golgotha. Je cracherai comme une chouette : des poils, des os, des échardes inouïes…

À ce garçon fais voir à travers mon pardon la certitude de Ta paix.

Suspends-le au croc de l’aurore. Allume dans sa soif la lampe d’une oasis.

Donne-moi les vertus de Ton fils lorsque, devant Pilate, plutôt que de se justifier…

                  Dans ce garçon qui n’était peut-être pas si violent après tout et qui n’était pas si grassouillet, donne-moi de contempler l’ampleur de ce à quoi j’aurai manqué.

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Le sac et la cendre

[Aux instruments des pauvres qui dans l’apocalypse seront les derniers à jouer. Aux contrebassines, aux planches, aux kazoos et aux jugs, aux banjos, aux dés, aux cuillers, pourquoi pas les waterphones…]

Ôter de soi les falbalas, la gloriole des adjectifs.

Épouiller le manteau de nos comparaisons : dans l’Être, point de niveau (point d’évaluation).

Gratter la peau: rendre les nerfs au sang, à l’âme, à l’anagogie des tuyaux.

Au cerveau (qui sinon succomberait au quadragésime) donner un consistoire de mors et de lentilles.

À la mémoire: un caveçon !

Enfiler pour de bon la tresse de sisal : fourrer son destin dans un sac.

Pour de bon s’ébrouer dans le fraisil et les lapilli : pisser du feu cosmique.

Espérer le pardon comme un chien le rata… Sauver Ninive une deuxième fois.

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Ouvre en moi les rideaux d’un théâtre italien 

[Au brigadier, aux voix d’oiseaux, au canevas des concetti ; au bruit du bois frappé au bois ; à la scène, chaque fois qu’elle préfigure l’autel.]

Ouvre en moi les rideaux d’un théâtre italien : assiste au premier rang à ma dénudation — qu’y monte sur les planches la société de mes mensonges.

Ici Polichinelle: le ventre et la bosse, le nez crochu de mon enfance— spirituel: spirituel et idiot comme un ange.

Après lui le bouffon, dont le damier fluorescent est celui d’un caméléon — Arlequin: impossibilité d’être à soi-même —

Suivi de Colombine dans sa dentelle et dans ses fraises, une sensualité de fête foraine — ah, le désordre de mon appétit !

Convoque ensuite Pantalon : tout ce qui dans moi avant de naître était vieux et avare — de mes calculs : le portefeuille ramoindri…

Célèbre en moi la messe universelle : pose la joue de Brighella sur ma pierre intérieure — qu’y fleurisse une lame, aiguisée au diamant de mon action de grâce!

Et qu’y danse le nœud coulant de mon carême — en glorieuse épitase!

Adieu hypocrisie: mannequinat ! J’existerai au Ciel.

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Or d’ici

Il suffit de voir dans la glace électronique du congélateur les haricots prêts à l’ouvroir, l’haleine éteinte de la viande, les glaces pour les enfants,
Voir aussi les jouets près du radiateur, dans le salon, et les éraflures de la bibliothèque, la buée, les miettes,
Voir les feuilles dans la cour, les premières fleurs du camélia, les joints gommeux des volets, et, dans la rue, les bassines, celles du recyclage,
Les écrans gonflés comme des miroirs, les brosses à dents poivre et sel,
La casserole aux taches brunes, la casserole dégueulasse, impossible à reprendre, la vieille casserole aux taches brunes…
Partout les traces bourgeoises de la famille (ah, et les chaussettes électrostatiques des filles!)
Partout vie et pardon, constellation d’indices
— pour savoir que l’or d’ici a été passé au feu de la prière
Et que de ce foyer Dieu saura faire un refuge où fleuriront Ses larmes:
Une terre où enraciner Sa croix.

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Quand l’Être sur mes doigts

À l’aria ce matin d’un oiseau innommable — à cet instant à forme de merle;
Au froissement entre mes mains d’un roman colossal,
Quand l’Être sur mes doigts fuyait comme du sable — et les mots brillaient de plus en plus;
À la déviation des eaux de pluie, dans le glouglou solide,
Aux lois,
À François à qui je n’ai pas su dire adieu (et ma prière ce soir était pour réparer),
Au vent, à la chance,
À ce qui est perdu aussitôt convoité,
Je donnerai ce soir une phrase pour tombeau…
À l’hypothèse d’avoir été: la certitude d’être nommé.

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Dom Porion — Fragments mystiques (1961)

Dieu est visible à l’œil nu : il n’y a que la nudité qui manque.

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Dom Porion — L’amour chevaleresque

Je repense aujourd’hui à ces lignes du chartreux Jean-Baptiste Porion recopiées dans mes cahiers préparatoires pour mon roman Les grandes patries étranges :

“L’amour chevaleresque est en principe voué à l’échec : l’échec fait partie de la règle du jeu. Il se trouve (ou se met) en présence d’un obstacle insurmontable — mariage, rang, éloignement — et fait en conséquence l’épreuve de la faillite, qui l’oblige à l’intériorité, au dépassement de l’ordre extérieur. (…) L’avènement du christianisme présente quelque chose de ce genre : la morale chrétienne comparée à la morale antique comporte une prise de conscience de l’échec de la vertu (les stoïciens ne savaient pas, ou ne voulaient pas s’avouer que la vertu échoue). (Et la Croix !) C’est la notion nouvelle d’humilité.”

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Brûle qui veut renaître

[Aux flammes des rameaux, vieilles résolutions… Dans l’amertume de la cendre. Dans le réflexe de la croix.]

Brûlent les touffes de pin noir dans leur moellon de neige,
Et l’étoupe, et le pain à la sapidité vermeille;

Brûlent les couronnes des camélias quand février est d’or,
Et l’antenne, et les yeux de la guêpe;

Brûlent l’essaim de ses consœurs dans le brasier du souterrain,
Et le cuir, et le sucre de leur sévice;

Brûlent la table du festin éclairée par la possession,
Et la viande, et le gratin de l’indigence;

Brûle qui veut renaître : brûlez.
À travers les cerceaux de la faim,

Dans la pommade des péchés,
Soyez un ventre qui écoute.

Le manque est un appel : Seigneur,
Apprends-moi à crier.

Je veux appartenir à ce qui n’est pas laid.

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Un chevron qui s’éclaire

[Aux flèches des bourgeois, quand dans leur course elles ont touché à une carapace élémentaire, soulevé sans le vouloir la dentition des siècles. (Quelle musique hein ! Quelles flammes elles ont données !)]

Sacrifie tes désirs, préfère leur ta crainte.

Donne à ta chance les grains d’un territoire : une âme

Aux âmes que tu foules.

À ton amour de plaire,

Fonde un creuset. Renonce à la morale.

D’un aigle fais ton nid ; sois l’animal à travers les buissons,

Le chevron qui s’éclaire sous le brouillard, au lait.

Du feu : la racine ; au Temps, donne ton ventre.

Un chevron qui s’éclaire… d’une âme 

Sois l’âme élémentaire !

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Marc 9:49

“Chacun sera salé au feu.”

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Narcisse & Écho

Narcisse : “Je t’aime mais tu ne m’aimes pas.”
Echo : “Tu ne m’aimes pas.”
Narcisse : “Je mourrai si tu me donnes ce que je veux.”
Echo : “Tu me donnes ce que je veux.”
Narcisse : “Et te détesterai.”
Echo : “Et testerais.”
Narcisse : “Tais-toi !”
Echo : “Et toi !”
Narcisse : “Je t’aime mais tu ne m’aimes pas.”
Echo : “Et tu ne m’aimes pas.”
Narcisse : “Je te donnerai tout pouvoir sur moi.”
Echo : “Et tout pouvoir sur moi.”
Narcisse : “Où es-tu si tu n’es pas là?”
Echo : “Si tu n’es pas là…”
Narcisse : “Où seras-tu?”
Echo :”Je ne t’aimerai pas.”

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