La deuxième odyssée

Pour apaiser la colère de l’ébranleur de la Terre, le dieu Poséidon, dont Ulysse avait aveuglé le fils Polyphème, conformément au conseil donné par Tirésias de Thèbes dans le royaume des morts, aussitôt qu’il eut retrouvé sa femme, la sage Pénélope, fille d’Icare, son fils, Télémaque, et son père, le vieux Laërte, sur la lèvre séchée d’Ithaque, dans son palais, aussitôt les prétendants, voleurs sans pitié, égorgés comme des porcs par la pointe du bronze, Ulysse prit une rame sur l’épaule et s’en alla vers cette étoile qui dans le ciel ne bouge pas. Il marcha des jours, des nuits, plusieurs mois. Ce fut une nouvelle odyssée que les aèdes ne disent pas. Il rencontra les peuples et les animaux de la terre, il vit la neige et le sang sur la neige, les cristaux bleus dans le ventre des montagnes, il vit des océans de sable, des océans de graviers, des océans d’herbe coupée, puis, encore, des océans de sapins noirs, puis des milliers de volcans au milieux desquels il marcha sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller leur colère . Et quand il fut au plus loin de la mer, après les champs de glace semés de grands arbres morts, il rencontra un voyageur qui lui ressemblait comme une goutte d’eau à une goutte d’eau et qui crut que sa rame n’était pas une rame, car celui-là n’avait jamais vu la mer et ignorait qu’elle existait. Il demanda à Ulysse ce que c’était que cette pelle à grains et ce qu’il comptait faire. Alors, Ulysse, en larmes, planta dans le sol cette rame qui tout ce temps l’avait accompagné vers l’étoile qui dans le ciel ne bouge pas. Il fit au pied de la rame le sacrifice d’un verrat de taille à couvrir une truie, ainsi qu’il le lui avait été recommandé par Tirésias. Puis il revint à Ithaque pour la deuxième fois, le corps brûlé par le voyage et les combats. Après des jours, des nuits, encore des mois, d’autres péripéties, il offrit à l’Ebranleur de la terre et à tous les dieux ses frères et ses neveux, ses nièces, ses amis, de saintes hécatombes. C’est à ce prix que la colère de Poséidon se dissipa.

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