Des mendiants et de la Charité

La bille de rien dans les poches des pauvres, les miroirs blancs sous leurs ongles et leurs ventres agenouillés autour du coeur attendent la mort et le confort enfin des draps de la révélation.

Qu’est-ce qui n’attend pas d’éclore en ce monde — et qu’est-ce qui y éclôt ?

Les pauvres ont le visage de Dieu, leur silence parle son langage. Leur avenir est son éternité : une chambre pour la nuit, un quignon trempé dans le vinaigre, une cigarette entre leurs doigts jaunes.

Matthieu 19: 20-22 ; Marc 10:21 ; Luc 12:33 ; Luc 18:22 ; Actes 2:45 ; Actes 4:34 ; Timothée 6:17-19 ; Hébreux 10:34…

Le socialisme et toute espèce de colère sont des formes atténuées de l’orgueil. La pauvreté n’est pas un mal, c’est cela qui est scandaleux dans le catholicisme : les mendiants au revers du tympan sont l’Eglise (et non les premiers bancs), l’autel, la promesse de Jésus et le mystère de son corps livré. Seule la colère a des dents. Et le mensonge, et l’envie, qui sont deux formes de colère (i.e. deux formes d’orgueil), et dont les canines empoisonnées rôdent autour des tombes à l’affût des larmes et des bouquets, du paganisme, de la culture du sacrifice, de la peur pour soi-même et du désespoir normal, qui est ce qui tue les mendiants parce que c’est ce qui a raison de la Charité (“Vite, je dois jouir, me divertir, profiter… Vite, conserver ce que j’ai gagné pour durer dans la jouissance et que la jouissance du sacrifice d’un autre dure en moi, vite et longtemps, le plus longtemps possible…”).

Tout ce qui n’est qu’humain a raison de la Charité.

Tout ce qui n’est qu’humain, le protestantisme y compris, a raison de la Charité.

Pascal (Pensées, 339) : “La distance infinie des corps aux esprits, figure la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité, car elle est surnaturelle.”

Chaque mendiant nous transforme en chameau, et sa main tendue, et ses poumons ravagés sont le chas de l’aiguille (Luc 18:25). Le visage des pauvres est la seule vraie question, la dernière et le seul vrai mystère. Il sera près de nous dans le lit des douleurs puis dans la tombe, éclairé comme à l’intérieur d’un Rembrandt — le masque réel d’un monstre sur la vraie face d’un ange.

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