Marty Roubichou, Maison et Chiffons

Ici la vie des Toulousains est négociée. Tous ceux qui y sont passés le savent, les autres le sauront un jour ou l’autre. Marty Roubichou décide comment, le confort, la volupté. Gardien de ce qui différencie la civilisation de l’animalité, il décide du niveau de conscience.  Je conseille aux nouveaux Toulousains d’aller s’y présenter, comme autrefois les voyageurs aux échevins et aux bourgmestres des villages, et aux politiciens d’aller y prêter un serment d’allégeance comme à un sorcier dont le pouvoir fut maintes fois testé.

Une jolie femme énergique et son homme, plus taciturne, ont repris l’enseigne il y a maintenant quelques années sans amoindrir sa force civilisatrice. Ils vendent des maniks en nid d’abeille, des brosses à crins durs, neuves comme des trésors, des torchons à carreaux et de la graisse de phoque, mais surtout ils conseillent et déconseillent. Ils connaissent les problèmes — ils les connaissent par l’intérieur — ; ont tout posé et tout résolu dix fois, cent fois recommencé, les fondations, la structure, le toit, les fuites, la lumière en juin puis en juillet, les coups de trique, la chaleur dénouée. Ils peuvent dire combien le temps coûte et comment le réparer.

A gauche, le rayon des pièges : les tapettes à souris, la mort aux rats, les plaques collantes, les tue-mouche, les zigouigouis empoisonnés, les sprays, les bombilles cloutées, les nerfs de bœuf et le camphre de synthèse pour les mites. A droite, le cirage et les embauchoirs en cèdre rouge. Au fond, les interstices et les compartiments garnis d’onguents éprouvés ; il y a des marches, une porte dérobée. C’est la boutique de Merlin, le génie de l’humanité. Les inventions les plus utiles, les bricolages les plus empiriques… Et le savoir : les cafards ? Ne pas les écraser, à cause des œufs, la technique du jus de pomme… Les ivrognes ? Grézil, ça leur brûlera la bite !… Les cheveux dans la douche ? Soude… Les carpes ? Maïs, gruyère, chocolat… Acier inoxydable, joints, poignées, écrous, marmites… Je ne sais pas boutique plus littéraire, ni d’endroit à Toulouse qui soit plus inattendu et intelligent, plus poétique ! Je suis sûr qu’ils ont dans un tiroir quelque remède contre la mort, disposé avec simplicité dans un dé en carton et vendu à trois ou quatre euros la pièce, et dans leurs bocaux en faïence des amulettes sacrificielles, une poudre enchantée et des astuces pour voler ou respirer sous l’eau. Si demain je me réveille aveugle, j’irai leur en parler.

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Guillaume Sire
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