Soleil

La chaîne hallucinée frappe sur l’antenne du silence, trois fois, quand viennent les premières auréoles, les premiers signes.
Le coton s’évapore et s’attrape en lambeaux tantôt rosés, tantôt gris, dans les filins de la forêt.
Ô fausses tempêtes, noms superbes, lattes évidées ! — ah, et ces coups de couteau dans la main chargée d’enregistrer !
Quelle promesse apportez-vous que nous sommes incapables d’entendre ? Quel hymne ? Quel sacrifice empêché ?
La ligne de feu se dilate. Elle capillarise les étoiles. Ce n’est donc plus l’heure du Poète ! Dieu revient ! La Croix !
L’ombre remplace la fumée. L’encens s’abîme dans les flûtes à champagne. Rien encore n’a été pardonné.
La vision prend. Elle s’arrête sur les lignes des choses. Elle projette ses apriori synthétiques sur le cube blanc d’un œuf et sur le liseré d’un soutien-gorge,
Et ce faisant, elle synthétise ! elle arbitre ! Croyant bénir, c’est vrai, elle bénit !
La théologie du point du jour devient science physique quand Cybèle depuis sa chaire a taillé dans le granite son amphithéâtre magistral.
Regardez ses phrases dans leur taffetas ! écoutez l’opiniâtreté de son matérialisme ! Cartésiens, notez !  élèves de Staël, en piste !
Midi… Le jour est partagé. Son fil à couper le beurre a désossé l’argument. Tout est fixe Seigneur, dans ta flamme, ta Pentecôte soudain… Tout est figé !
Je suis, j’existe, mais ce n’est pas ce qu’on m’annonçait. Le désir brûle debout sur l’estrade gluante d’un instant qui aurait dû, mon Dieu, s’expliquer. Il est midi, c’est la pitié ! Il est midi dans le velours : une pointe de fer !
L’éternel recommencement tergiverse comme au bord des lèvres le miroir d’un baiser.
Puis l’alliance tombe, et c’est la rampe douce : la chute des anges vers le soir.
L’après-midi déroule son tapis de fleurs irréductibles à leurs noms. Les catégories s’enchâssent dans le tronc des arbres morts et sur le ventre dodu des patrons dans leur sieste.
Les adolescents font l’amour émus de part en part, cependant que les volets fermés dessinent sur les murs une géographie de l’héritage.
Les usines rotent. L’océan sous la croûte s’essaye à des combinaisons spirituelles, mais n’esquisse rien de notable sinon ce hiéroglyphe vert qui a tant fait parler.
Dans les blés près de l’ancienne colline, les cœurs se rétractent. La charité est tenté…
Le vent recense parmi les lueurs celles qui ont encore une question à poser.  
Les hiboux griffent le pédalier des orgues antiques. Les crapauds sont moins romains mais chantent eux aussi et, comme eux, ils fouillent les mystères de l’appartenance.
La ronde des planètes, l’alcool, les cris de la mère qui en voudrait davantage, les billets de banque en quatrième de couverture, la sueur des enfants…
Demain, le jour recommencera.
Aujourd’hui, demain, demain…

About Guillaume Sire

Guillaume Sire
This entry was posted in Bénédictions. Bookmark the permalink.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s