Max Ernst

Sous son pinceau, Max Ernst ne fouille pas la matière comme on pourrait croire, ou même le dessin, les silhouettes. Il ne fouille pas non plus les couleurs. Il ne fouille pas, en fait. Van Gogh a fouillé, Van Gogh le clochard, l’ange dans la boue et le soleil. Picasso fouille. Picasso le minotaure, le sadique dans le cuir et la lave. Mais Ernst, comme Odilon Redon quelques décennies plus tôt, et comme Chirico première période, ne fouille pas. Trop vulgaire à ses yeux, la fouille, le fouillage, le fourraillage. Trop peinture. Il ne se roulera pas dans la matière et les couleurs. Ernst écrit des lettres, et glisse de l’idéogramme vers le phonogramme sans verser dans l’abstraction. Ernst le philosophe, le linguiste, nietzschéen repenti, moine éconduit par la Grâce, Duns Scot dadaïste… pose, à l’équilibre, le concept, balancé entre la tentation nominaliste, moderne, meurtrière, et la frustration réaliste, pelée par le moteur à explosion, vaincue, trahie. Quand d’autres fouillent, quand d’autres remuent sous la glaise pour voir si d’aventure quelques anges aux ailes collées par le pétrole y respirent encore, Ernst, lui, précise. Il concentre. Il pointe l’être avec sa sonde, il mesure sa durée foncière. Van Gogh c’était l’interrogation. Ernst, c’est le point d’interrogation. Chez le premier la vérité du ventre, chez le deuxième le ventre de la vérité.

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