Genèse, chapitre 2

Septième jour… l’inachevable a achevé ;
l’interminable a respiré.

Ce septième jour est béni. C’est le jour du mystère, c’est l’infini fait jour. Rien n’est plus infini, rien n’est plus mystérieux que ce matin, que cette nuit, les septièmes, ceux qui ne génèrent rien, aucune créature, et sont eux-mêmes générés, eux-mêmes créatures.

“…un flux montait de la terre et irriguait toute la surface du sol” : qui n’a pas ressenti au moins une fois, derrière son intelligence, ce flux, cette ancienne élévation, et cet appel — qui n’a pas ressenti cette sève lumineuse, monter, grimper, emporter les chairs, déchirer la fleur, l’appeler par la tête, le tirer par les cheveux ! qui n’a pas ressenti pleinement cela n’a rien senti, n’a rien écouté ! n’a rien voulu aimer !

De cette énergie qui monte, mêlée à l’Amour, à l’Amour qui descend, au Souffle qui tombe dans la poussière, vint l’homme, l’Homme, le premier échelon administratif ! Dieu lui souffla dans la narine !

Après quoi, tout de suite, il fit un jardin, et des arbres. Les arbres aussi étaient de cette énergie qui monte, eux aussi recevaient ce souffle qui tombe, mais plus lentement, plus calmement, plus infiniment. Les arbres sont une leçon de prière, parce qu’ils se laissent envahir sans cesser de chercher. Chaque arbre est un saint, et chaque saint un arbre. Dieu nous appelle sur terre à être, comme ceux-là, des flammes de chair, des dolmens vivants !

Or, bdellium, pierre d’onyx : Dieu a cligné des yeux sur terre. Parfois ses larmes se solidifiaient.

Puis les fruits, d’autres larmes, d’autres dons d’amour… Sauf un, une larme secrète, un don interdit ; car il n’y a pas de communion, de communication, de lien d’amour, il n’y a pas de liberté parfaite, sans inter-diction… Dieu voulait d’un chagrin qui ne fût qu’à lui ; il l’appela “connaissance”, et c’était la part d’ombre du septième jour. C’était l’autre limite. C’était la condition d’un amour inconditionnel. C’était un faux mystère, celui que seul l’Amour pouvait contempler sans se perdre. Le revers gluant de Logos, une boule de suif dans le brasier.

Dieu inventa ensuite la compagnie : à l’administration de l’Homme, il adjoignit la société des animaux. Il fit l’homme responsable, répondant, maître et possesseur, gardien. Il le nomma berger de l’Être !

Et l’homme nomma. L’homme attrapa le langage en lui, pour désigner les choses. C’est-à-dire que l’homme apprit à les respecter. Désigner, c’est louer. Désigner, c’est traverser sans meurtrir. Désigner, c’est scruter et ouvrir.

Enfin, Dieu fit tomber l’homme dans la torpeur d’amour. Il ouvrit un sexe dans ses entrailles, et en tira la couronne du désir, que l’homme nomma la femme, mais qui en fait était son âme, et qui était en lui, à travers, image de vérité, la première marche du Paradis. Tout à coup l’appel vertical, la rosée sublunaire, cette énergie montant vers Dieu, se répandait autour de l’Homme, horizontalement, vers l’Autre, vers sa chair, vers ses yeux de faon. L’Homme sentait germer en lui la prescience de la croix : aimer les autres, c’est aimer Dieu. Il faudra écarter les bras.

L’homme les écarta. La femme s’y blottit. Ils n’étaient qu’une seule chaire. Ils transmettraient la Vie.

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Guillaume Sire
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