“Vous serez comme des dieux”. Non pas un dieu, mais plusieurs. Non pas eux, mais comme eux.
L’amour va jusqu’à la liberté, et la liberté à la trahison. Le lien était parfait, et de cette perfection, de cette proximité, naquit le détournement, c’est-à-dire l’inverse de la conversion : traduttore, traditore… Ah, mystère de la théodicée !
“J’ai entendu ta voix dans le Jardin, j’ai pris peur…” L’amour devient la peur, la peur appelle la règle… Bientôt Adam sera pharisien, tout droit perché, tout droit irrité, dans son blanc manteau.
Dieu invente le Temps. L’arbre de vie s’éloigne… Or sans le fruit de l’arbre de vie, celui de l’arbre de la connaissance n’a pas de goût. Et pire, il empoisonne…
La tromperie vient par l’âme. Elle vient par le principe parfait, le principe féminin… Celui-là même qui en Marie rachètera tout. Celui-là même qui en portant la vie du Christ, puis en supportant sa mère, portera Dieu, et supportera pour lui le Monde. Eve, la Vivante, n’est pas condamnée, mais appelée. Elle sera rappelée. Adam sera racheté. Il se rachètera.
Le Temps commence. Le Temps, à chaque seconde, commence. L’Homme, à chaque seconde, tombe et se relève. A chaque seconde, il se détourne. A chaque seconde, il est invité. La conversion est dans chaque instant, une possibilité, une grâce, un murmure transcendant, une échelle, une alerte.