Psaume 4

  1. [Au chef des anges, à sa pudeur.] [Avec cordes pincées.]

2. Quand, dans mon âme, frotte la théodicée, parce que la fumée m’empêche soudain d’accéder à la flamme, quand mon identité prend le dessus, quand j’exige, quand j’alerte, je t’en supplie : réponds — réponds je t’en supplie, mords-moi enfin. Quand mes reins sont brisés, suspends-moi à la Croix, enduis-moi du miel de ta pitié. Comprends-moi. Soutiens-moi. Défais mes sens, transforme-moi en chose. Je veux être ton pain.

3. Je suis la vitrification des chairs. On m’expie ! On légifère ! Par terre, je me roule dans la Vérité, dans la farine de la Gloire. Et vous ? Que faites-vous en tétant vos médailles ? Pourquoi parlez-vous à des téléphones ?
[diapsalma]

4. L’Amour m’a nommé. Plus je l’appelle et plus il nomme. Je bénis pour recevoir. Le Verbe me capture. Il lèche mes ulcères. Je suis sa louange, sa faute, sa pierre de sel.

5. Soyez méchants. Exercez son amour, manœuvrez-le dans les pires limbes, dans les pires odeurs… Il y sera encore pur et parfait. Soyez humains pour qu’il soit Dieu. Trouvez-le dans vos draps la nuit, dans vos furoncles psychologiques, au-delà des crêtes du silence… Voyez le serpent de bronze. Soyez l’abîme et, sur lui, faites-vous prêtres, prophètes et rois !
[diapsalma]

6. Découvrez la Justice. La Justice c’est de l’eau dans un jardin. C’est un courant d’air, une tache de soleil sur le mur. C’est dans la structure des choses un déclic à peine audible. C’est un hêtre poussé au milieu d’un étang.

7. Vous êtes nombreux à exiger le bonheur. Vous voulez jouir. Vous avez le droit de jouir. Vous voulez la sécurité, et son degré maximal intitulé “confort”. Vous voulez l’extase. Vous voulez l’indifférenciation. Vous voulez une voiture. Vous voulez une épargne. Vous voulez des médicaments. Vous ne voulez pas souffrir. Vous voulez une salle de sport. Vous voulez une salle de spectacle. Vous voulez un restaurant. Vous voulez un bulletin de vote et un caddie de supermarché. Fixez vos yeux sur le soleil. Pendez-vous à la Croix. Ramassez-vous. Soyez coupables. Tout cela vous l’aurez quand vous n’aurez plus rien !

8. Tu as mis dans mon cœur ce déclic à peine audible. Tu as développé ton hêtre au milieu de l’étang. Tu as plongé tes racines dans ma maremme de boue. Je suis la plus riche des terres. Je suis la plus céleste des choses. Moi, homme, je suis la créature la plus enviable précisément parce que je suis la moins digne. Seul ton amour est loi !

9. J’avais soif, je suis devenu ma soif. Je me replie, je me rassemble, je me concentre vers la Croix. Ton flanc verse de l’eau. Je ne risque plus rien. Je dors, je dormirai longtemps. J’aurai les yeux ouverts.

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Guillaume Sire
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